02.11.2020 – Chronique du lundi

2 novembre 2020 § Poster un commentaire

Jean Jaurès et l’automne…

Porca miseria, l’intuition qui m’avait traversée les lobes temporels au moment où j’écrivais ma chronique de lundi dernier était la bonne, nous voilà donc reconfiné·e·s dans toute la France depuis vendredi. La panique s‘étant emparée des hautes sphères du pouvoir comme on dit face à une situation que leurs pauvres cerveaux de tartarins n’arrivent pas à maitriser.

Nous voilà donc dans cet étonnant état d’enfermement quasi volontaire de peur de croiser le chemin d’un virus que notre système collectif de santé pourrait ne pas pouvoir soigner. Et donc de faire face au risque de mourir dans d’atroces souffrances nous fermons les portes. La peste soit de l’avarice et des avaricieux en effet, car oui, soyons clairs, ce n’est pas que notre science de Sapiens ne saurait point faire face à cette énième menace sur notre espèce, c’est juste que depuis des décennies on préfère, sous l’imprécation de milliardaires avéré·e·s ou en devenir tous aussi incultes les unes et les uns que les autres, l’accumulation de richesses égoïste à ce qui a fait la force de notre espèce Sapiens le long des millénaires, depuis près de 300000 ans : l’entraide, la coopération, la contribution, l’empathie, ou encore le soin des autres et du groupe. Bref tout ce qui est banni du vocabulaire actuel des décideurs et décideuses qui ont l’avenir de notre Monde entre leurs mains, et par effet de ruissellement de notre vocabulaire.

Nous le savons toutes et tous, le seul avenir qui nous permettra la survie collective est celui qui est tracé dans les voies de sortie de cette civilisation des énergies fossiles. Un modèle de civilisation mortifère qui puise à outrance et épuise notre écosystème, où malgré les alertes permanentes – dont cette pandémie fait partie -, nous continuons à nous enfoncer à grand coup de médias de masse tous acquis à la société de consommation. La peste donc sont ces décennies de mise à sac des services publics et sociaux sous l’impérieuse férule d’aficionados de l’économie de la croissance triomphante.

Arrivé à ce point de cette chronique du lundi, vous remarquerez comme j’aime à écrire dans ces temps troublés des phrases longues et tarabiscotées. Vous aurez aussi remarqué qu’à l’encontre des prédicateurs du bon goût conservateur du bloc bourgeois de droite et de gauche et pour la sauvegarde de la langue j’utilise un tant soit peu d’écriture dite inclusive…

Surtout arrivé à ce point de cette chronique du lundi il serait temps de sortir de la xième dénonciation de faits et « d’enfonçages » de portes ouvertes. Même si l’imbécilité qui prévaut sur les réseaux comme au café du commerce au même titre qu’aux sommets de l’état me foutent hors de moi et me donnent l’envie d’éructer afin de contaminer le monde de mes aérosols pleins de miasmes que j’espère un minimum éclairés…
Comme par exemple :
« – Figurez-vous Ma’me Michu, pas plus tard qu’hier je vois passer des annonces vengeresses demandant le boycott des produits turcs… »
« – Franchement à part les figues sèches et des kebabs, je ne vois pas ce que je pourrais boycotter ! »
« – Des vêtements de marques que l’on s’arrache de toute façon ou des machines outils peut-être ? »
« – Qui pourrait nous le dire dans ce Monde complexe où l’on n’arrive plus à percevoir les informations essentielles à travers le brouhaha des « fakes officielles » comme des « vrai fakes » ? »
« – Étonnant oxymore franglais que voilà ! »

J’arrête donc mes coups de bélier dans les portes grandes ouvertes, même si l’éructation me fait grand bien dans ma « confinitude ».
En fait, en tant qu’artiste-auteur – artiste plasticien ou artiste visuel pour être précis -, mon seul objet de questionnement est : comment contribuer au raisonnement global et à la mise à disposition d’éléments de réflexions qui permettent de se sortir de ces impasses ordinaires, mais aussi et surtout d’aller plus loin que la seule réactivité face à ces situations.
Petit à petit la réponse que je me vois adopter, et qui s’est construite tout au long de mes récentes insomnies, puise dans mon savoir faire habituel de travailleur comme les autres : pratiquer comme toujours mon métier.

Pratiquer comme toujours, c’est réfléchir, questionner et continuer les recherches en ateliers, à condition de pouvoir m’y rendre, où tout simplement dans l’endroit où je me trouve à l’instant présent. Tout de même fort d’une 1e expérience j’ai gardé en situation d’activation rapide mon petit espace de travail dans mon salon, tout compte fait rien ne m’empêche de rester en activité. Tout comme la plupart de mes collègues qui n’ont comme espace de travail, qui : leur salon, qui : leur chambre, ou encore qui : leur cuisine, pour les plus chanceuse et chanceux, ou tout simplement leur petit studio pour les autres.

Alors oui, les artiste-auteur·e·s allons à nouveau être mises et mis à contribution pour égayer les longues soirées d’automne puis d’hiver de nos concitoyennes et concitoyens, toujours sans moyens et toujours sans beaucoup de considération, de la part du grand public évidemment (mais peut-on en vouloir aux personnes qui ne savent pas), mais aussi des autres filières culturelles.
Le spectacle vivant se meurt certes fort, mais sachez que les artistes visuels peuplent depuis longtemps déjà le cimetière des héros inconnus du champ d’honneur des arts et de la culture française. Et aussi dans ce marasme de la primauté marchande, maintenant avec elles et eux, le peu de structures qui permettaient à cette filière d’exister dans une économie plus que précaire. Mais je sais que nous savons rebondir, individuellement et collectivement. Même s’il serait (sera), à travers nos pratiques singulières et individuelles, préférable de rebondir collectivement. Ce qui est en très bonne voie malgré les chausse-trappes qui parsèment nos quotidiens. Les actions initiées par les artistes elles et eux-même que je vois fleurir autour de moi depuis des mois et des années, au-delà du coup d’accélérateur qu’à été tout compte fait cette crise sanitaire, me réjouissent fort. C’est notre grande force face à l’imbécilité et la bêtise systémique qui nous entoure. À travers la mort qui rôde, je suis foncièrement optimiste…

Nous avons quitté à contre-cœur notre havre de paix Diois et sommes rentré·e·s Thérèse ma compagne, ses enfants et moi à Toulouse pour nous « reconfiner » dans cette bouillie kafkaïenne de non maîtrise publique de la pandémie. Nous continuerons encore longtemps les improbables rencontres de Navatar et Chamanie
Nous sommes lundi 2 novembre 2020, il est 14h15, notre James Bond préféré nous a quitté ce weekend, je regarde à travers la fenêtre ouverte, la ville est silencieuse, je viens de lire le fac-similé de la version non expurgée de la belle lettre aux instituteurs et institutrices de Jean Jaurès, un merle chante gaiement et il fait un beau soleil d’automne !

La suite la semaine prochaine pour une nouvelle « Chronique du lundi »…

PhP

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