09.11.2020 – Chronique du lundi

9 novembre 2020 § Poster un commentaire

Penser à la Critique de la faculté de juger à travers ma fenêtre…

Hors donc nous y sommes après ce grand cirque médiatique qui a fait les choux gras des mass-medias et des réseaux de la galaxie des discussions de comptoirs mondialisée : « habemus papam ! ».
Et comme je l’écrivais justement dans un de ces canaux de la galaxie sus-citée : quoiqu’il arrive ce nouvel homme fort de la planète Terre est un vieil homme blanc et riche. Mais avouons tout de-même que les cases du formulaire de la fiche marketing pour le bon casting politique ont été bien cochées, ne gâchons pas notre plaisir, la vice présidente élue est une femme pas trop âgée et issue des minorités ethniques visibles. Jubilons, et sachons que pour la France fille aînée de l’église ça paraît être de la science-fiction. Dans tous les cas l’aile progressiste du bloc bourgeois paraît satisfaite, c’est déjà ça…

Bizarrement tous ces éditorialistes de la télévision, que l’on dirait toutes et tous acquises et acquis à la dialectique du racisme et de l’exclusion, n’était ni content, ni à la fête sous les sunlights des plateaux. À défaut d’avoir un œil et une oreille sur ces médias il faut lire cet article édifiant de Télérama « Des experts plus trumpistes que les trumpistes » : clic[+]
Je me suis souvent posé cette question : pourquoi tous ces fabuleux penseurs et ces fabuleuses penseuses de l’éditorialisme de masse tiennent ces discours proches de l’apologie du racisme ?
Et je m’entends me répondre à chaque fois, qu’à part ou en plus de leurs bêtises crasses immanentes pour plusieurs, ce ne sont que des positions marketing pour vendre encore plus de temps de cerveaux disponibles. Il doivent imaginer ainsi brosser les classes populaires de la toujours fille aînée de l’église dans le bon sens du poil. Classes populaires qu’ils fantasment bien plus qu’autre chose ayant fait de la sociologie, par l’intermédiaire des instituts de sondages un outil de propagande pour le bloc bourgeois plutôt qu’un outil tout court, ou un outil de compréhension de notre société que nous donnent les chercheurs, chercheuses, penseuses, penseurs et universitaires honnêtes.

Tout ceci questionne évidemment les inégalités face à la compréhension des images, face aux rhétoriques et aux discours de l’image, où tout simplement face à l’image, encore et encore. Comme on dit : rien de nouveau sous le soleil des manipulations crapuleuses.
Dans tous les cas penser communication aujourd’hui c’est un peu penser propagande décomplexée chez les gourous de ce secteur. L’image est un des vecteurs principaux de la communication – même son vecteur central – de cet emballement morbide. Sa maîtrise est le moteur du combat bien inégal qui se joue ici bas. D’un côté les pouvoirs aux mains du bloc bourgeois (soyons honnête : bloc de plus en plus réduit du fait de la concentration des richesses) et de l’autre les classes éreintées par les catastrophes qui émaillent de plus en plus le quotidien de la planète. Comme avec les élections américaines que nous venons de voir, comme avec les élections présidentielles qui se préparent en terre hexagonale : les pouvoirs à disposition du bloc bourgeois, qu’il soient le pouvoir libéral de droite (Biden, Macron, …) ou le pouvoir de droite extrême (Le Pen, Trump, …), sont totalement enracinés dans toutes les modalités pour penser le futur dans la mono forme (bien décrite par Peter Watkins dans son ouvrage Media Crisis) et de la Société du Spectacle (revenons aussi à Debord).
Un peu de lecture du « Diplo » en passant ne fera de mal à personne : clic[+]
On peut le voir avec la récente mise en place d’un cadre strict sur la diffusion des images des forces de l’ordre en action en France, le pouvoir bourgeois qu’il soit libéral ou qu’il soit autoritaire use des mêmes outils coercitifs pour faire taire toute opposition.
Encore une petite lecture, sur « Reporterre » : clic[+]

En tant qu’artiste dit visuel, je pense que le combat pour la maîtrise de l’image est un point central de questionnements dans la pratique des arts plastiques en général. Je l’ai déjà écrit autrement ailleurs, mais j’aime bien me répéter.
Je sais bien que les institutions, les grands collectionneurs, les décideurs aimeraient ne voir dans les artistes que de charmantes personnes qui ne questionnent que les portes ouvertes, ou que l’art lui-même, ou même que leurs propres personnes, dans un grand tout consensuel. Comment le leur reprocher, nager dans les mêmes eaux qu’eux revient à nager dans un océan infesté par les archétypes du bloc bourgeois. Je sais bien d’autre part qu’il est vain de dénoncer, le pinceau ou tout autre outil levé comme le poing vengeur, sans autre discours visuel qu’une esthétique frontale dans un « underground » tout aussi fantasmé que romantique. Je sais aussi la difficulté pour les artistes de travailler, de diffuser, voire d’exister à travers tout cela. Dans l’histoire de l’art les exemples pullulent et dans l’histoire récente les artiste de l’école de New-York en sont un exemple : des artistes qui, à la base, dénoncent les travers d’une société de consommation et qui se retrouvent instrumentalisés par le soft power US, certes ils ont diffusé leur boulot, mais il n’est toujours pas compris ou on feint de vouloir le comprendre jusqu’à ce qu’il y ait prescription. Je sais enfin la subtilité à manier un langage visuel et plastique, ce langage est tellement plus compliqué à mettre en œuvre que le langage écrit, musical ou les formes scéniques.

Mais voilà nous ne faisons ni de l’ »entertainment », ni de la psychanalyse, ni de la thérapie de groupe, ni de la propagande. Nous sommes des artistes-auteur·e·s, plasticiennes et plasticiens, pour la plupart dans les bataillons d’inconnu·e·s, qui souhaitent être des ouvrières et ouvriers honnêtes, travailleurs et travailleuses comme les autres, et qui doivent sereinement exercer leurs pratiques dans les meilleures conditions, hors de la tyrannie des marchés du fameux bloc bourgeois, déjà mainte fois vilipendé dans cette chronique.
Et puis zut, ça y est, vous l’aurez remarqué, j’ai replongé dans l’inclusif. C’est un peu comme l’islamo-gauchisme, l’écriture inclusive : quand ça vous prend, c’est comme la drogue !!! Qu’importe si ça déplaît au bon goût ou si j’en entends pousser connement des gloussements, voilà une lecture pour faire peut-être comprendre mon addiction : clic[+]

Pour être franc, je fais partie de celles et ceux qui ne veulent pas mettre à bas les institutions, qu’elles soient publiques comme privées, mais nous pensons qu’il faut plutôt les sauvegarder et les sortir des mains du bloc bourgeois. Il y a des travailleuses et des travailleurs de grande qualité dans ces institutions. Il y a des grandes ordures et des petits nervis à la solde des dominant·e·s, ils et elles sont peu nombreux et nombreuses et peuvent être déboulonné·e·s. Nous ne devons ni céder et ni abandonner le terrain quoiqu’il arrive.
Dans cette bataille de re appropriation de l’image nous sommes à coup sûr les mieux placé·e·s pour le combat. Le combat n’est pas de prendre position pour Banksy ou pour JR, le combat n’est même pas de savoir si nous préférons soutenir l’Art Conceptuel, l’Art Urbain ou le Pseudoréalisme – que sais-je ? – contre le Street Art, mais de faire valoir que des milliers d’autres boulots que ceux des artistes proches du show-business sont, non seulement bien plus intéressants, mais surtout bien plus essentiels à l’esprit humain dans leurs pluralités et leurs singularités. Le combat est d’appuyer l’enseignement des arts visuels et plastiques à tous les niveaux de l’enseignement scolaire, de la maternelle au lycée même dans les filières scientifiques, soyons fous… C’est constitutif, avec d’autres réflexions, de mon engagement au sein d’Art En Grève Occitanie.

Dans un monde où nous sommes noyé·e·s dans les images, apprendre ou se re approprier l’esprit critique (il paraît que c’est le nouveau combat de l’Éducation Nationale !), le faire sans apprendre la critique de l’image est imbécile. Mais on sait bien ce que veut dire l’esprit critique dans la tête de notre gouvernement et sa clique : les séparatismes sont plus le fait des cultures hexogènes que de la pensée nauséeuse d’extrême-droite. Restent les initiatives locales que nous devons soutenir et auxquelles nous participons souvent avec joie et enthousiasme comme à Toulouse : « Le doigt dans l’œil » dans la « webtv » LCTV de l’Artist-run Space Lieu-Commun.

Sur ce, je reviens à mes crayons vengeurs, et encore une fois répétons haut et fort : « Plus d’Écoles d’Art, moins d’écoles de commerce », ce qui risque de devenir le slogan récurrent de cette chronique !

Photos du dessin dyptique de Philippe Pitet : "What The Fuck - Are You Kidding ?" - octobre 2019

Dessin diptyque, crayon sur papier – Octobre 2019

Voici donc le premier ouvrage de la rubrique que Thérèse Pitte et moi-même réalisons et animons dans « Le doigt dans l’œil » pour LCTV : « Des travailleurs et des travailleuses comme les autres »

Retrouver tout LCTV sur Youtube clic[+]

La suite la semaine prochaine pour une nouvelle « Chronique du lundi »…

PhP

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