22.03.2021 – Chronique du lundi

22 mars 2021 § Poster un commentaire

La difficile dilution de l’art et de sa manière

Nous sommes le lundi 22 mars 2021. Vous avez sous les yeux ma nouvelle chronique du lundi. Petite chronique aujourd’hui pour cause de militantisme radical et de pratique non moins radicale.

Chères et chers amis internautes bonjour !

J’aurais quand même pu tout mettre dans l’ordre me semble-t-il. Car je sais que beaucoup me reprochent cet approximation littéraire qui caractérise mon style d’écriture foutraque. Je sais aussi que ces « beaucoup » ne me le reprochent que dans leurs têtes, tellement vous êtes toutes et tous aussi indulgentes qu’indulgents à mon égard. Voire bienveillant·e·s, malgré mon usage de cette écriture inclusive qui en horripile plus d’un·e et qui voudraient voir ce langage épicène écarté à jamais de mes paradigmes éditoriaux.

Donc une nouvelle fois je renouvelle mes sincères remerciements à vous toutes et tous qui me suivez tous les lundis, ou les jours d’après quand le temps de postage se révèle trop court pour moi. Dans tous les cas, je l’ai déjà dit et écrit, cette chronique est toujours rédigée le lundi, son dernier mot y étant couché avant 23h59 « foi d’animal intérêt et principal » !

Merci donc de me suivre malgré mes approximations, imperfections, simplifications et raccourcis parfois autant douteuses que douteux.

La semaine dernière comme dans mes chroniques des deux semaines précédentes, je vous ai expliqué pourquoi je ne rentrais plus dans des considérations politiques de comptoir au cours de mes élucubration éditoriales. Alors même que le combat de terrain s’amplifie face aux impérities bien trop répétées de celles et ceux que nous élisons pour manipuler les manettes de nos vies à travers le jeux d’une démocratie dite représentative. Que ce soit au niveau local comme national, voire international.

Oui c’est vrai je donne l’impression légère de délaisser le combat avec les mots dans ces chroniques. J’écris « délaisser » mais c’est un mot bien fort face à la réalité de mes écrits.
Parce qu’à bien y lire vous aurez vu que j’y reviens tout de même souvent par un biais ou par un autre, bien que ce ne soit plus un objet principal au creux de mes préoccupations et considérations bien plus artistiques qu’autre chose. Sauf que nous l’avons vu avec Joseph Beuys la semaine dernière : l’art est aussi en plein cœur de la vie dans la Cité.
Surtout j’écris « délaisser » car peut-être suis-je de moins en moins le sujet de mon courroux tellement la lassitude face aux turpitudes de nos édiles nationaux comme locaux a fini par épuiser l’encre de ma colère.

En vous écrivant ces derniers mots, comme on écrit à l’une ou l’un de ses ami·e·s, et comme l’on écrit aussi le temps qui passe d’une vie isolée avec l’espoir de retrouver cette personne ami·e au plus vite, je m’aperçois que je ne suis pas plus malin et pas différent de toutes et tous : je m’éloigne de plus en plus de ces choses de la Cité. Débattre des sujets politiques est une passion bien ancrée de notre histoire commune depuis les Lumières, et bien avant quand on connaît l’histoire occitane par exemple sans vouloir faire trop ethnocentré.
À la lumière de la commémoration des 150 ans de la Commune de Paris [+], je sais qu’il y en a eu ailleurs en France et en Europe, on sent clairement de plus en plus un manque d’appétence et de goût pour les combats vers l’émancipation de l’individu, la mise à bas des pouvoirs corrompus et l’émergence d’une société harmonieuse, libre autant pour les unes et les uns que pour tous et toutes

Alors nous le savons, ne plus faire face n’arrêtera pas la vague, mais nous le savons aussi à présent faire face : non plus, tellement les forces s’épuisent. Comme tout le monde, j’ai juste l’envie de savoir nager au mieux à travers tout cela.

En fait en cet autre anniversaire bien plus triste que celui de la Commune, anniversaire d’une crise sanitaire incroyable dont tout le monde se fait le bilan dans sa tête, nous savons bien que celle-ci aurait pu être bien mieux réglée avec des moyens forts mis à la disposition de la santé publique qui est un bien commun au lieu de la détruire.
Et surtout nous savons bien que quand on dit gouverner une nation, il faut avoir la consciencieuse conscience de toujours savoir prendre soin de tout individu pour prendre soin de la société entière (et inversement).
Qu’il faut dans tous les cas ne jamais diminuer notre capacité collective à soigner, partager, réfléchir. Ne jamais abandonner les biens non marchands que sont la santé, l’éducation, la recherche et la culture, au bénéfice du profit d’une minorité.
Qu’il faut savoir agir et réagir ensemble avec intelligence, et pas servir la soupe à une catégorie infime de la société et brosser le poil dans le bon sens de ses électrices et électeurs appeuré·e·s par un futur incertain.

En gros : augmenter notre capacités hospitalière avec des moyens humains et techniques, appuyer notre recherche en renforçant ses ressources, investir dans les communs, ne pas stigmatiser une part importante de la classe ouvrière en la faisant passer pour la cinquième colonne étrangère, et pour finir ne pas prendre pour des imbéciles une majorité de nos concitoyen·ne·s.
Tout l’inverse à été fait. Quand les médias principaux qui écrasent et orientent le débat public avec l’aplomb de la plus grasse tout autant que la plus grave débilité, la convergence de la cupidité de la classe au pouvoir (la seule force réelle du séparatisme en cours) avec l’imbécilité de l’information qu’elle met en œuvre, on ne s’étonnera pas que l’expérience fascisante soit l’option de sortie dans la tête d’une forte minorité. Forte minorité qui dans la pantomime de démocratie qu’est notre mode électoral majoritaire à deux tours deviendra inéluctablement et de façon systémique une majorité qualifiée.

Alors oui face à cette autre vague, en tant qu’artiste : être dans la lutte c’est être « IRL » : in real life comme on dit.
Ainsi j’ai écrit « délaisser » plus haut comme un effet de style un peu trop cabotin, car vous venez de le lire à travers ces dernières lignes, je suis loin d’avoir délaissé l’essentiel du combat, ni mes camarades qu’elles ou qu’ils soient artistes autant que travailleurs et travailleuses !

Et pour revenir sur une forme de chronique qui vous parlerait d’art, celle d’aujourd’hui revient à l’essence d’un art qui s’engage.
Non pas à travers des messages visuels aux formes frontales, mais à travers les actions que nous menons avec Art En Grève Occitanie [+] en convergence avec d’autres disciplines dans l’occupation des théâtres, des salles et tous les lieux de diffusions de l’art qui accueillent cette saine et salutaire contestation.
Comme le dit un de derniers tracts d’AEGO en tant qu’artiste plasticien·ne·s, travailleuses et travailleurs de l’art, enseignant·e·s et étudiant·e·s en art, nous « vaquons à nos occupations ! ». L’heure est donc à l’action, et partout en Région Occitanie. nombreuses et nombreux nous rejoignons les lieux occupés, à Nîmes, à Alès, à Millau, à Montpellier, à Perpignan, à Toulouse, …
Évidemment pour être reconnu·e·s, aussi pour la réouverture de tous les lieux d’art, mais bien plus encore pour combattre les contreréformes imposées par ce gouvernement et tous leurs relais locaux qui cassent les faibles ressources d’existence des plus précaires : assurance retraite, assurance chômage, sécurité sociale, aides sociales…
Nous exigeons au contraire de les renforcer et de les améliorer, de les rendre accessibles, pour toutes et tous, pour notre avenir solidaire.
Nous exigeons plus de moyens pour les secteurs essentiels : la santé, l’éducation, la recherche, la culture et la création.
Nous exigeons plus de moyens pour nous protéger des prédations mortelles pour notre humanité, des politiques du plus fort, de la compétition et de la croissance dite économique.
Dans ce printemps inexorable nous exigeons la vie !

Pour paraphraser un fameux titre « bourdieusien » qui affirmait avec juste raison que la sociologie était un sport de combat, les arts visuels et plastiques sont aussi des combats permanents.

Dans cette chronique du 22 mars 2021, la première de ce printemps naissant, chronique qui va arriver à sa fin, l’idée du combat permanent de l’artiste restera son fil jusqu’à la conclusion.
En effet pour continuer dans la ligne éditoriale de ce dernier mois qui vous donne à comprendre mon panthéon artistique, ou tout du moins qui me donne à expliquer les choix esthétiques, émotionnels, formels et intellectuels qui ont guidé ma vie d’artistes, je terminerai par quelques lignes plus dans l’émotion d’un combat d’une vie que de l’approche formelle d’une œuvre.

Je vous l’écrivais la semaine dernière, la vision familiale des arts visuels et plastique dans mon enfance était loin d’être élaborée ou audacieuse. Tout baignait dans un certain classicisme formel de « bon aloi » et bien bourgeois.
Mais à côté y régnait un léger progressisme qui donnait une plus belle part de l’histoire aux femmes et particulièrement à leurs peintures et sculptures que chez les camarades de mon âge.
Du coup à travers des cousins antiquaires et amateurs d’art proches de ma mère et de ma grand-mère, j’ai eu l’occasion d’entendre l’histoire des combats de ces femmes du dix-neuvième siècle qui se faisaient difficilement une place à travers ce monde très masculin de l’art.

Et c’est grâce à ces histoires ouïes gamin ainsi que des lectures de livres et de revues d’art narrant l’opiniâtreté et la force d’artistes femmes au cours des siècles comme Adélaïde Labille-Guiard [+], Louise Élisabeth Vigée Le Brun [+], Mary Cassatt [+] ou encore, par exemple, Camille Claudel [+], que j’ai compris le sens des combats contre les injustices. Ce qui est étrange c’est que je ne prêtait pas trop attention aux formes mais bien plus à ces histoires de combattantes qu’elles avaient écrites pour arriver à la lumière. Dans ces histoires il m’est resté plus particulièrement celle des sœurs Morisot, Edma [+] et surtout Berthe bien évidemment.
Pour tout avouer, c’est à travers la peinture de Berthe Morisot [+] que j’ai commencé à m’intéresser aux couleurs… Qui sait si sans le combat et la persévérance de ces deux sœurs pour sortir des carcans qui leurs étaient imposés par des Corot ou des Manet, j’aurais « impressionné » mes profs de dessin – à l’époque on ne disait pas art plastique – et continué coûte que coûte dans cette voie sinueuse et difficile.
Oui ,quoiqu’il arrive, je persiste et signe : l’art et sa pratique est un combat !

En parlant de combat Thérèse [+] et moi, après un petit passage d’agrément et de repérages au Pays Basque dont je vous en narrerai plus très bientôt, seront cette semaine avec nos camarades d’AEGO au Théâtre de la Cité [+] de Toulouse occupé, pour nous diluer (ou non !) dans la lutte.

Je vous laisse avec un petit dessin, qui rappellera un travail effectué Il y a un an loin de mon atelier en plein confinement strict. Ayant perdu expos et éditions prévues pour 2020 et même en 2021, je me suis mis à dessiner loin de mes pratiques habituelles, comme faisant des gammes à la mine de graphite et à la gomme sur plan de travail improvisé dans notre salon, et inventant une histoire de « Super héros et héroïnes immortelles autant qu’immortels » qui s’est terminée en auto-édition…
Portez vous bien et à la semaine prochaine.

Dessin d'anniversaire du Grand Confinement

Dessin d’anniversaire du « Grand Confinement » dans la perspective de « Nos super-héros (héroïnes) du peuple (ou presque) sont immortels tout autant qu’immortelles » – Mars 2021

La suite la semaine prochaine pour une nouvelle « Chronique du lundi »…

PhP

Voir les autres chroniques du lundi

Tagué :,

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Qu’est-ce que ceci ?

Vous lisez actuellement 22.03.2021 – Chronique du lundi à Philippe Pitet.

Méta