29.11.2021 – Chronique du lundi

29 novembre 2021 § Poster un commentaire

Il faudrait toujours mettre la philo avant les bœufs

Lundi matin d’automne, annoncé comme gris, un peu sombre et humide. Un temps où l’on a envie de rester au lit sous la couette car cette humidité renforce la sensation de froid. En fait en regardant à travers la fenêtre, les étoiles brillent dans le ciel noir au-dessus du palmier de la cour. Il fait froid tout de même dehors et on sent bien que les nuages arrivent. Heureusement il y a la douce et tendre chaleur de ce foyer qu’est notre nid toulousain avec Thérèse [+] et ses enfants. L’immeuble, la rue, le quartier sont calmes. Il est très tôt, le monde dort paisiblement et recharge ses batteries nécessaires pour affronter les rugosités de la semaine à venir.
Amies et amis internautes, auditrices ou auditeurs, lecteurs ou lectrices, je vous souhaite la bienvenue dans ma 59e chronique du lundi 29 novembre 2021.

Et bien oui, soyons clair : je n’aime pas vraiment ces temps de fin d’automne toulousains. Quand ils n’ont rien de bien majestueux, très humide et du coup, même si l’on ne peut pas dire qu’il fait un froid terrible, la sensation d’être glacé jusqu’aux os est fortement désagréable. Oh, pour sûr, il n’a pas fait si moche ce week-end passé. Le soleil s’est même bien invité dans un ciel très souvent bleu, bien plus qu’une paire d’heures, au-dessus des eaux vertes du Canal du Midi, comme chantait un certain chanteur connu il fut un temps avec son toulousain accent. Nous n’allons pas nous plaindre. Même là au dehors ce n’est pas tant catastrophique. Il neige dans les Pyrénées mais pas dans les plaines.

Tout ceci me fait penser à une discussion que j’ai eue jeudi dernier avec Benoît Grimalt [+] génial artiste, non moins génial réalisateur de « Retour à Genoa City » [+] et encore non moins génial créateur touche à tout mais qui le touche avec excellence. Une discussion sur la pluie et le beau temps, car Benoît était invité par la Fondation Écureuil [+] à Toulouse dans le cadre de Graphéïne [+]. Et donc nous disions que dans le Sud en général, lui encore plus étant originaire de Nice, dès la moindre allusion au gel, au vents glacés ou pire à la neige, c’est toute une population en PLS sous sa couette !
Et puis là, attendez… Vous êtes en train de vous dire que je ne vous parle que de la pluie et du beau temps, ou encore de chanson désuète, alors que le monde agonise sous les coups de boutoir de tant de bêtises. « N’a-t-il rien d’autre à dire ? » Vous dites-vous sûrement !

N’ai-je donc rien à dire ?
Alors que la 5e vague nous arrive en pleine figure avec un nouveau très méchant variant, que rien n’est toujours fait pour renforcer l’hôpital, au contraire, et que nous allons encore détourner à notre profit des doses d’une 3e injection plutôt que de vacciner les pays déshérités.
Alors que les Antilles françaises sont à feu et à sang à cause de la misère que l’on a laissé prospérer sur ce sol de la République rongé par un néocolonialisme rampant.
Alors que des migrants se noient par dizaines dans la Manche jetés et rejetés par les gouvernements ainsi que les nervis des pays les plus riches du Monde.
Alors que l’extrême droite impunie tabasse des concitoyennes et concitoyens pour qui la justice dans l’égalité, la liberté et la fraternité/sororité restent les fondations du vivre ensemble dans notre République.
Alors que des chasseurs, soutenus par un fort lobby ayant l’oreille du pouvoir, détruisent à tout-va des ourses et des ours, des promeneuses ou des conducteurs, des joggeuses ou des passants et même jusqu’à leurs propres (ou sales) acolytes.
Alors qu’après l’avoir porté aux nues, la presse s’empresse d’activer la chute d’un « polémiste » peut-être candidat à l’élection présidentielle française, on se demande encore à quoi a pu servir cette création nauséeuse.
Alors que…

Bon j’en finis avec la litanie de l’horreur. En fait je trouve que je fais bien mon internaute, mon auditrice ou mon auditeur indigné·e, n’est-ce pas ?
Enfin plus l’internaute lect·eurs·rices que celles et ceux qui m’écoutent, car elle ou lui ou plutôt « iel » (hahaha !) voit bien que j’use et j’abuse de l’inclusif dans mes écrits. Pour les audit·eurs·rices c’est plus difficile à percevoir. Pour exemple et que ce soit clair, la version sonore de cette dernière phrase fait : « pour les auditrices et les auditeurs c’est plus difficile à percevoir », alors que la version écrite ferait littéralement : « Pour les audit point eurs point rices c’est plus difficile à percevoir ». J’espère ainsi que vous comprendrez l’essai de subtilité dans mon présent propos, ainsi que cette dernière démonstration.

Ainsi vous voyez comment de la pluie et du beau temps, on passe à un autre sujet. Un sujet qui n’a aucun intérêt à s’y attarder tellement c’est l’évidence. Mais dont les imbéciles campé·e·s sur les certitudes de la société patriarcale et blanche en font un fromage de tous les diables, alors que le monde se meurt, avec elles et eux (je n’ai pas utilisé iel) soit dit en passant, sous les coups de boutoir du monde capitaliste de la croissance éternelle, des catastrophes écologiques et de la misère sociale. Continuons à nous indigner pour rien sans agir. Du coup rien n’avancera, je crois bien vous en avoir dit quelque mots dans une chronique récente. Continuons donc à nous indigner pour des billevesées, et laissons faire les fous qui orientent nos savoirs, nos pensées et nos comportements, ainsi va la vie intellectuelle du moment.
Du coup pour moi acter et faire en tant qu’artiste plasticien reste la production de formes qui interrogent ce monde, mais pas de submerger les médias sociaux de photos des premières neiges.

Suite à cette subtile transition, assez tirée par les cheveux je l’avoue, et en parlant de pensées orientées ou de comportements irrationnels, voilà plusieurs semaines que je voulais justement revenir sur les soubresauts du monde des plateformes de réseaux sociaux et autres micros-blogging, même du monde numérique en général. En effet nous avons toutes et tous bien vu passer l’info de la création de Meta la nouvelle société dirigée par le jeune Zuck, une firme qui englobe Facebook, Instagram, WhatsApp et tout son empire.
Avant d’aller plus loin sur le sujet, je vous laisse en lien une interview vidéo [+] de Fabrice Epelboin enseignant et spécialiste des médias sociaux sur la chaîne Youtube de Élucid [+] média qui paraît indépendant d’après mes recherches. Cet entretien d’une heure et demie nous explique la manipulation de l’opinion publique par l’usage des réseaux sociaux appelée « astroturfing », ou comment les réseaux sociaux ont tendance à détruire les démocraties occidentales.

L’entreprise Facebook, pas la plateforme qui garde le nom, a donc changé de nom pour s’appeler Meta, Ce terme est dores et déjà déposé dans le monde entier. Ce qui a le don de mettre en rogne notre ami Varoufakis et son Think Tank Meta [+], une info à lire en entier et en anglais (désolé), sur le média en ligne Commondreams [+]. Il a raison. Mais il n’y a pas que lui et ses amis qui sont inquiets de ces privatisations de noms communs, en effet meta est mot commun grec, le privatiser aux mains d’un GAFAM pourrait devenir une norme problématique…
Car loin des théories du complot, comme l’explique bien cet article du média indépendant Les Crises que je vous laisse en lien ici sur mon site [+], il n’y a pas besoin d’aller très loin pour connaitre les motivations de ces sociétés. Il n’existe pas beaucoup d’autre chose que l’appât du gain toujours plus grand et donc pas d’autre objectif sous cette nouvelle appellation que de gagner encore plus sur le dos des usagers des plateformes dont ils sont les titulaires. Et pourquoi pas racketter les usagers du terme lui-même.

De toute façon pour notre jeune Zuck et consorts Incultes, meta vient de ce nouveau vocable « Metavers » qui en fait n’est pas si nouveau quand on connait un peu de littérature de science-fiction, un terme qui nous amène dans des univers parallèles ou la réalité n’est plus la même et où donc la vérité de la vie courante se met facilement à l’heure de la post vérité du web. On peut retrouver un peu de l’univers parallèle des Metavers pour essayer de les appréhender, à défaut de les comprendre, dans cette émission de la « Méthode Scientifique » sur France Culture [+], mais aussi sur cet article intéressant de Cybercriminalité [+], qui nous explique comment le patron de FB (Meta à présent) parie sur un futur connecté et immersif, rien de moins.
Moi je dis que tout cela peut faire très peu peur quand on sait Facebook, (je répète : maintenant Meta !) ne sait plus maîtriser ses algorithmes [+].

Du coup, je n’avais pas encore parlé d’art au cœur de cette déferlante de considérations numériques dans la chronique d’aujourd’hui. Mais nous y voilà avec ce que toutes ces pratiques induisent avec un hyper consumérisme culturel qui gagne du terrain à travers cette émergence des musées « instagrammables » [+], une nouvelle tendance décérébrée mais qui je pense a de l’avenir devant elle, comme beaucoup d’autres expériences menées au nom du « up to grade » digital. À l’exemple de cette expérience autour des NFT au musée de l’Hermitage de St Petersbourgh que l’on peut retrouver en lien sur le site d’Euronews [+]. Expériences si on le remarque entre bien dans les visions de futur du jeune Zuck. D’ailleurs je vous avais annoncé qu’avec l’Atelier TA [+] nous tentions l’expérience des NFT, j’avoue que nous restons encore dans une expectative mitigée, le débat bat son plein. Il est évident que nous tiendrons le monde au courant (ou non !) de nos tribulations. Peut-être qu’à terme nous nous en tiendrons à une prochaine expérience de Gifs animés. Ce sera plus classe.
Heureusement à travers toutes ces fausses pistes fossoyeuses de l’intelligence, quelques expériences numériques tiennent le choc et ont du sens du point de vue artistique, par exemple avec celle-ci de l’Institut Français qui reprend un travail de l’artiste plasticienne Jeanne Susplugas[+], « Quand je dormirai, je serai mort » [+], que vous pourrez approcher en cliquant sur le lien donné dans cette chronique…

Heureusement aussi notre réalité reste bien ancrée dans notre vie réelle, même si ce sont des tristesses contemporaines qui nous le rappellent. Avec les applications de rencontre, le monde numérique montre son vrai visage, pas si loin du ce qui se passe IRL, acronyme de In Real Life, dans la vie réelle en français. Je vous laisse lire des témoignages dans cet article du journal Slate [+].
La question est de savoir si l’IA (Intelligence Artificielle) est une intelligence propre ou si elle n’est tout simplement pas ce qu’elle sera toujours une intelligence imaginée par l’esprit humain et qui du coup peut aussi être une Imbécilité Artificielle. Je vous laisse en douter en suivant ce lien [+] sur ce magazine scientifique Futura Science.
Pour donner un exemple de cette imbécilité à venir on pourrait dire : « à chaque réseau son cimetière » [+], les plateformes de réseaux sociaux et de micros-blogging sont emplies d’avatars de mort·e·s, il y en aura bientôt plus que des vivants !

Mais en fait dans tout cela, est-ce que l’on n’essayerait pas de nous vendre de nouveaux paradis artificiels [+]. Est-ce que toutes cette virtualité ne serait pas un nouvel opium du peuple ? La question reste ouverte.
En tout cas, je vous l’assure : j’ai bien aimé parler de pluie ou de beau temps en début de cette chronique. D’ailleurs quand j’ai fini par sortir de sous ma douillette couette le gris avait fini par envahir le ciel. Putain de ciel gris, putain de froideur humide, dans un monde virtuel la réalité serait sûrement toute autre. Non je rigole !

Passées toutes ces considérations de vies fantasmées, je vais tout de même être obligé de vous laisser car, pour tout vous dire, du travail, du vrai, du pas virtuel, m’attend. Je vous en ai écrit (et lu) des lignes la semaine dernière, vous le savez, je travaille à fond comme chargé de production pour la formidable structure Combustible – Le laboratoire des intrépides [+], une structure de tutorat d’artistes et d’entrepreneu·rs·ses culturels ou artistiques. Une structure qui soutient merveilleusement mon travail d’artiste. Et vous avez dû le voir passer, je présente mon projet « Aiga – La cartographie sensible de l’eau » à Lieu-Commun – Toulouse [+] ce jeudi 2 décembre 2021.
Et en plus nous organisons avec TA et d’autres ateliers d’artistes du Faubourg Bonnefoy à Toulouse un Marché de Noël que nous souhaitons heureux et festif… Donc du pain sur la planche, mais je vous reparlerai de tout cela dès lundi prochain.

En attendant je vous laisse avec une petite vidéo de la série « No Show », qui n’a rien à voir avec l’histoire d’aujoud’hui si ce n’est qu’il y a des noms de philosophes dans le titre mais pas de bovidés, je vous laisse savoir pourquoi. Dans tous les cas, je vous souhaite une bonne semaine et vous dis à lundi prochain.

Image extraite de la vidéo de Philippe Pitet : "De Kant à Dagonet" - 2012
Image extraite de la vidéo : / Pic from the video: « De Kant à Dagognet » – 2012

La suite la semaine prochaine pour une nouvelle « Chronique du lundi »…

PhP

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