20.12.2021 – Chronique du lundi

20 décembre 2021 § Poster un commentaire

Comme un vieux dépassement de mémoire tampon

Nous sommes le lundi 20 décembre 2021, comme à l’habitude je commence à écrire cette chronique tôt dans le petit matin il n’est pas loin de 5h. Dans la fenêtre de la cuisine une Lune, qui fut pleine la veille, se fraie un chemin au cœur d’un ciel que l’on sent nuageux dans la pénombre de cette nuit finissante et glacée, la dernière avant celle qui sera la plus longue de l’année pour le solstice d’hiver.
Je vous souhaite la bienvenue sur ma 61e Chronique du lundi, je suis heureux de vous y retrouver à travers ces quelques mots improvisés qui prendront sens rapidement je l’espère, malgré les brumes qui débordent du ciel pour envahir mon cerveau.

Dans la continuité de la semaine dernière, j’ai un peu de mal à prendre ma plume, ou plutôt en l’occurrence aujourd’hui : mon clavier. En effet beaucoup de sujet encombrent les recoins de mon lobe pariétal supérieur ou les profondeurs de mon hippocampe, mais j’ai réellement du mal à les organiser en texte éditorial. Du coup, à parler du cerveau, des neurosciences, de l’imagerie numérique de nos synapses et autres biais cognitifs, comme j’ai commencé à vous en entretenir la semaine dernière, je vous laisse lire un article complet et qui me paraît bien à propos en ce début de chronique du jour. Un article déjà ancien au sujet de la cartographie du cerveau et du langage. Article scientifique très complet, toujours intéressant et pertinent qui faisait le point sur vingt ans d’imagerie fonctionnelle dans la Revue française de linguistique appliquée sous la plume de Jean-François Démonet [+] & Samuel Planton [+], et que l’on peut retrouver sur le portail scientifique Cairn.Infos, dont vous en trouverez le lien ici [+] sur le blog de mon site.

Je commence dur avec des éléments très scientifiques pour la préhension du monde qui nous entoure, car nonobstant le fait que j’ai du mal à parler des sujet du moment, le fonctionnement de notre organe central qui pilote entre-autres notre conscience me passionne depuis toujours et mon travail plastique en a fait une part de ses champs d’explorations depuis des décennies. Je vous en ai déjà beaucoup dit la semaine dernière. Essentiellement en ce qui concerne la perception et le fonctionnement de la mémoire, mémoire dont je vous laisse aussi prendre connaissance un petit exposé scientifique [+], mais surtout je vous dirai bien de parcourir mon site en ce qui concerne mes boulots autour de ces fameuses mémoires. N’hésitez pas.

Ce qui est clair c’est que beaucoup d’artistes plasticiens et plasticiens se sont emparé du sujet mémoriel, c’est même un sujet central dans l’art et particulièrement dans l’art contemporain.
Il y a déjà près de 20 ans au Musée Fabre de Montpellier [+], j’avais rencontré des œuvres de l’artiste italien Claudio Parmiggiani [+], un des piliers de l’Arte Povera [+] dont le travail questionne la puissance historique de la mémoire collective et des souvenirs en utilisant dans ses pièces, des matériaux comme la poussière ou les cendres et en convoquant des motifs comme les ombres, la glace, le feu et surtout des espaces vides ou interstitiels. L’idée de l’ombre et de l’absence dans un travail plastique interrogeant la mémoire m’avait fortement impressionné, j’avais beaucoup apprécié et m’étais plongé dans l’exploration de son labeur que je conseille.

Dans ma propre mémoire le travail de Parmiggiani fait écho à celui du plus que regretté Christian Boltanski [+] disparu cet été en juillet, dont je vous avais narré à cette triste occasion tout ce que cet artiste m’avait apporté à travers son labeur. Je vous donne en lien pour écoute une émission des matins de France-Culture où Boltanski était invité et parlait d’art et de mémoire [+]. Ainsi que la lecture d’un article de Valentina Hribar Sorčan, professeure d’éthique de l’esthétique à l’université de Lubljana en Slovénie. Article intitulé « La mémoire personnelle et collective dans l’art » qui convoque le « cas Boltanski », mais aussi Mušič et Kiefer, que vous pouvez lire en suivant ce lien [+]. Petite aparté pour les auditrices et auditeurs, n’hésitez pas à vous rendre sur mon site afin d’accéder à ces liens.
Il est effectivement évident que l’on ne peut pas parler d’art et de mémoire sans aborder l’œuvre Anselm Kiefer [+] qui allait jusqu’à interroger la mémoire propre aux matériaux utilisés. Je vous laisse aussi ici en lien [+] un article sur e-cours-arts-plastiques qui vous en dira plus et bien mieux que moi à ce sujet.

D’art et de mémoire on peut aussi citer l’artiste britannique d’origine sud-africaine : Bruce Clarke [+] qui travaille qui interroge inlassablement la mémoire de l’Afrique. Il initia il y a plus de vingt ans ce projet de « Jardin de la mémoire » devenu une œuvre collective [+] autour du génocide au Rwanda.
Pour rester sur le continent de nos origines humaines on peut aussi citer l’artiste congolais Sammy Baloji [+] qui tente de réactiver la mémoire de l’art africain [+] et dont on a pu voir une exposition cet été aux Beaux-arts de Paris [+].
Parce que ce qui est intéressant c’est aussi de réfléchir au processus inverse de l’interaction de l’art et de la mémoire. C’est à dire à se poser la question de ce que l’art fait à notre mémoire. J’aime me laisser imaginer ces effets d’allers et retours entre art et mémoire. On sait que chaque fois que nous sortons un souvenir de notre hippocampe pour l’amener vers notre perception de la réalité nous le modifions et ce souvenir n’est plus stocké sous la même forme après sa convocation. Je vous laisse encore en lien ici [+], un très bon article, sous la plume de la philosophe Patricia Touboul [+], paru en 2014 dans la Nouvelle revue d’esthétique. Article que j’ai retrouvé en accès libre sur Cairn.Info qui nous parle de ces interactions et des aspects de la construction du souvenir par l’image artistique.

Et puis plus près de moi quand je suis résident toulousain, ces dernières années l’art et la mémoire fut l’objet d’expositions et de colloques, comme ces rencontres il y a déjà trois ans en 2018 au sein de l’Université Jean Jaurès à Toulouse [+] intitulées :  « L’art de la mémoire, la mémoire en art – plasticité de la mémoire à l’œuvre », dont on peu retrouver des fragments sur le site de Julie Martin [+], commissaire d’exposition, critique, docteure en arts et sciences de l’art. Ces journées d’études avait pour but de réfléchir à la forme plastique que « la mémoire pourrait prendre au sein de chaque expérience personnelle de l’art, entre rémanence et réminiscence, résonances, nuances, ricochets ».
Je tenais à noter que Julie Martin est une personne dont j’apprécie beaucoup la pertinence du propos et qui est à l’origine de Trois‿a [+], en compagnie de plusieurs et différents travailleu·ses·rs de l’art et artistes, d’un autre atelier engagé où se pense l’art d’aujourd’hui au cœur du Faubourg Bonnefoy de Toulouse. Atelier dont il me semble bien vous avoir déjà compté (ou conté !) l’existence dans plusieurs textes éditoriaux précédents.

En Occitanie, cette même année 2018 il y eut aussi du côté d’Albi cette belle initiative du Centre d’Art Le LAIT [+] intitulée « De Clou à Clou ». Un corpus d’œuvres de l’Artothèque départementale du collège Jean Jaurès d’Albi circulait, œuvre par œuvre, dans plusieurs établissements scolaires du département du Tarn, pour y être explorées et échangées, enrichies du travail des élèves. Cette opération a donné un mémoire (c’est le cas de le dire !) écrit par Anna Dos Santos, Professeure chargée de mission au LAIT, que vous pourrez lire en lien [+], ici même toujours sur mon site, si vous y êtes déjà.

Et à parler de mémoire, je vais sortir des paradigmes des arts visuels et plastiques, pour revenir dans la vie qui passe sous nos yeux. Vous le savez à force de me lire, j’ai une obsession en ce qui concerne les imbécilités journalistiques. Et là, maintenant que les émotions comme un beau soufflet sont retombées, dans la case fait divers qui en dit long sur le traitement de l’information à géométrie variable, je vous en avais succinctement parlé il y a déjà près de trois mois, un tueur en série policier a provoqué de dures contorsions de la presse, juste pour éviter de dire que ce triste individu était un flic [+]. Même quand on lit Le Parisien [+], on ne sait quasiment pas que ce criminel qui a fini par se suicider 40 ans après les faits était gendarme et policier, pire syndiqué à un syndicat policier bien connu pour ses positions extrêmes droitières. Les choses n’ont que l’importance qu’on leur donne, mais il y a des faits qui ne peuvent être ignorés par la mémoire collective.

Un autre truc bien lourd du moment qui confirme que cette mémoire est bien volatile. En effet, je vois passer de-ci, de-là sur les plateformes du web dit social, des messages enflammés en faveur d’une candidature de l’ancienne Garde des Sceaux des gouvernements Ayrault et Valls, une ministre qui fut aussi députée de la Guyane. L’idée d’une femme d’expérience, cultivée et foncièrement intègre, qui plus est non blanche, à la tête de la République Française est extrêmement séduisante et fait rêver. Même si tout ceci sent les manœuvres dilatoires du Bloc bourgeois pour pilonner encore et toujours la moindre lueur d’espoir d’un front populaire. Sans compter que si jamais elle se présentait, il y a fort à parier que son programme de centre gauche aura les bons relents du déjà vu dans la perspective de la casse sociale et de la primauté économique.

Pour moi, sa candidature fait seulement rêver à un « ailleurs meilleur » et c’est tout simplement une fausse bonne idée. Ainsi, je ne peux que reprendre à mon compte un court texte de Jean-Paul Makengo, ancien adjoint au maire emblématique de la Cité Mondine avant qu’elle ne sombre dans les griffes de la promotion immobilière de la droite dure, je le cite :
« Elle [Christine Taubira] a toutes les qualités pour la fonction…. mais, le timing n’est pas bon du tout ! La solliciter pour redresser un navire déjà englouti à 80%, c’est un peu ingrat et hypocrite, au vu de sa stature. Ce n’est pas à elle de jouer le palliatif, pour une gauche qui n’a ni envie de gagner, ni envie d’être unie. Et, elle n’est en rien responsable du Fiasco !!! Il y a des combats qui ne valent pas la peine d’être menés ».

Il y a déjà 20 ans en 2002, on se souvient des 2,32 % de Christine Taubira (PRG) et des 3,37 % de Robert Hue (PCF) qui manquèrent au candidat Lionel Jospin (PS) pour virer en tête du second tour, il fut éliminé dès le premier tour. L’extrême droite s’est ainsi ancrée totalement dans ce processus électoral mortifère que sont les élections présidentielles en France. Les politiques libérales ininterrompues depuis 1983, s’étant accélérées à partir de cette funeste élection de 2002, qu’elles soient de centre-droite comme de centre-gauche, ayant fait le reste. L’ancienne ministre, pas encore candidate, en a pris sa part à plusieurs titres, malgré ses brillantes réformes non contestables du point de vue du fonctionnement de la justice et des droits humains en hexagone. Il est évident que rien ne doit être effacé de nos mémoires. Mémoires qui en terme politique peuvent être instrumentalisées à souhait.

Voilà je termine ici cette courte chronique de ce jour, sur cette considération de politique de comptoir, car la journée va être longue ce lundi, et je n’aurai pas le temps d’y revenir comme à mon habitude tout au long de celle-ci. La semaine dernière, je vous avais promis une chronique plus étoffée, hélas beaucoup de travail m’attend aujourd’hui dans la Ville rose avant de partir demain au plus tôt et pour quelques temps vers les sources de la Drôme en avec ma chère et tendre Thérèse [+] et reprendre le cours de nos travaux et nos projets entre nuages [+] et eau, aux frontières d’un monde sauvage qui n’en est pas vraiment un, malgré les apparences qu’offre cette nature exubérante. Mais cela sera évidemment un autre sujet.

Tout de même avant de vous quitter je ne résiste pas à vous dire mon immense joie de voir cette victoire électorale dans les élections présidentielles au Chili d’un jeune homme de 35 ans, issu d’une gauche que l’on nommerait vite radicale en France, face à une extrême-droite droite nostalgique de Pinochet, dans un pays qui depuis cette époque dictatoriale est le laboratoire des pires politiques du libéralisme économique mondial. Ainsi, nous pouvons le constater, malgré les assauts nauséeux des chantres du révisionnisme le plus hideux : rien n’est inéluctable [+].

Enfin, comme une mise en abîme dans cette histoire de mémoires et d’art, je vous laisse avec une photo qui a déjà plus de six ans où l’on me voit, cheveux courts et avant que je n’arrête de fumer du tabac, en train d’installer une partie de mon installation « Fragile ! » dans le cadre du festival « [Et + si affinités] » à l’automne 2015. Ainsi les temps changent comme le physique, la mémoire reste presque intacte quand elle est consignée sur des supports durables !

Allez, il est vraiment temps de vous quitter pour aujourd’hui. Même si je suis le pire des mécréants je vous souhaite une belle semaine de Noël et vous donne rendez-vous lundi prochain pour une dernière chronique de cette satanée année 2021.

Installation "Fragile !" - Philippe Pitet 2015
Installation « Fragile ! », technique mixte // Mixed media– 2015

La suite la semaine prochaine pour une nouvelle « Chronique du lundi »…

PhP

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