28.08.2023 – Chronique du lundi
28 août 2023 § Poster un commentaire
Amour, mémoire et fin du mois…
Le petit matin change de visage, une légère bise bien fraîche s’engouffre dans la chambre où règne une douce pénombre. Le sol du balcon qui donne sur la rue a fini par refroidir tout comme les fortes chaleurs ont fini par abandonner la nuit, la canicule de la semaine dernière est passée et elle n’est qu’un chaud souvenir, on l’espère pour quelque temps, même si cette année il nous reste plusieurs semaines d’été à vivre. Nous le souhaitons plutôt indien !
Les orages du weekend et la pluie ont fort heureusement bien rafraîchi nos atmosphères saturées.
Au moment où je débute la rédaction de ces lignes il est 5h du matin et nous sommes le lundi 28 août 2023.
Entre Canal du Midi et Garonne cet auguste mois s’achève lentement encore un peu moite et légèrement arrosé.
C’est au cœur de cette description littéraire que je vous souhaite bienvenue dans cette Chronique du lundi. Vous l’aurez compris c’est à nouveau au petit matin que j’ai planté le décor du billet de ce jour.
Dans les affres de la fournaise toulousaine qui nous a cueillis la semaine passé alors que nous venions de boucler quelques périples estivaux autant que montagnards entre notre cher Pays Diois, les plateaux du Vercors, les hautes altitudes du Massif des Écrins, les contreforts des Pyrénées et les Corbières, j’ai eu le temps d’apprécier les turpitudes et les imbéciles contorsions d’un monde qui préfère se perdre en polémiques stériles plutôt que de sauver sa peau.
Évidemment le gouvernement français, ses thuriféraires parlementaires, tout comme ses fausses oppositions de droite et d’extrême-droite, ou encore la presse d’information dite mainstream devenue organe de propagande du bloc bourgeois, ne déparent pas dans ce paysage stupide que nous propose l’actualité du temps qui passe sous nos yeux.
De toutes les imbécilités déblatéré par les membres de cet équipage décérébré on ne sait pas à qui donner la palme, peut-être par exemple à cette fausse polémique autour d’un rappeur [+] institué antisémite en chef par une extrême-droite qui mène le jeu sans plus aucun complexe à travers tout un arsenal de mensonges plus grossiers les uns que les autres.
Peut-être aussi à l’inaction totale de nos dirigeants quand il s’agit de sauver notre planète des turpitudes du modèle capitaliste qui fait cuire la planète et ses habitants. Une inaction qui ressemble de plus en plus à la protection des intérêts des plus riches [+].
Ou encore à la sémillante et auto-satisfaite [+] secrétaire d’état chargée de la ville avec sa vision « simplissime » voire simpliste du trafic [+] de la drogue dans les fameux quartiers. Elle nous fait une imparable analyse de comptoir sur le sujet, je cite : « – S’il n’y a pas de consommateurs, il n’y a pas de trafiquants. S’il n’y a pas de trafiquants, il n’y a pas de morts dans nos quartiers ! ». Alors que la politique prohibitionniste est loin d’être la plus efficace [+] en la matière, comme l’histoire humaine l’a toujours démontré [+].
Mais bon, comme j’ai lu quelque part : « Ça va être difficile de faire plus con, comme analyse, mais on sait qu’ils en sont capables. »
Une pensée appuyée et pas sympathique d’ailleurs à cette même membre du gouvernement qui se félicitait de l’expulsion [+] d’un logement social de toute une famille dont un membre avait été condamné dans la cadre des échauffourées et de pillages liés à la révolte qui a grondé suite à l’assassinat du jeune Nahel [+]… Bref si le type expulsé avait d’autres casseroles sur le dos, qui ne sont indiquée nulle part ailleurs que dans les affirmations de la préfecture locale, cela valait-il d’expulser frères, sœurs et parents ? En France les punitions collectives n’existent-elles pourtant pas ? Et c’est là qu’en fouillant autour de cette affaire on s’aperçoit que ce n’est pas la participation aux émeute de la personne incriminée qui a prévalu à l’expulsion mais bien un jugement bien antérieur [+] à l’affaire. Voilà bien un difficile imbroglio et méli-mélo d’une communication prompte à raconter n’importe quoi pourvu que l’on satisfasse au besoin supposé de fermeté dans notre société déliquescente.
L’état de droit se trouve une nouvelle fois bafoué en France et la fameuse « Macronie » fait petit à petit le lit du totalitarisme [+] avec ce type de communication autant dangereuse que délétère.
Le vrai problème est que la misère fait son œuvre et s’abat évidemment depuis toujours sur les plus démuni·e·s et les plus précaires sans que l’on imagine un jour arrêter l’hémorragie, ainsi qu’on peut le lire en suivant ce lien [+], vers un article déjà un peu ancien mais toujours d’actualité sur le média indépendant « Basta! ».
Un peu comme notre fier président de la République Française qui nous annonce une rentrée très « panpan-cucul » pour une nouvelle année scolaire où le dilettantisme et la fainéantise seraient bannis avec une nouvelle donne autour des vacances enfin ramenées à moins de paresse… Ainsi on essaye de nous faire croire qu’avant c’était mieux, peut-être du temps de Pétain et Darlan ?
Tiens tout ceci me donne envie d’écouter les Olivenstein [+] !
Et bien non, les temps des vacances en France na pas augmenté au cours des dernières décennies, en fait ce temps n’a cessé de s’amenuiser [+] au fil des années. Et puis d’ailleurs les vacances d’été sont bien moins longues [+] en France que dans beaucoup d’autres contrées européennes. Heureusement nous allons aussi pouvoir polémiquer à l’infini sur l’habit des jeunes filles à l’école [+], alors qu’il manque dramatiquement pas loin de 1300 postes [+] de professeurs à pourvoir pour la rentrée dans moins d’une semaine, plus personne ne veut faire le « plus beau métier du monde » [+]…
Je parlais de totalitarisme plus amont de cette chronique du jour, il y en a un bien vrai et bien ancré du côté de la Moskova où l’on voit des comédies dignes des plus mauvais « nanars » de l’histoire du cinéma. On en arrive à un délire qui va jusqu’à ce que le président ukrainien se sente obligé de démentir [+] toute implication dans l’affaire. Le spectacle bat son plein, et crache sur la mémoire des prolétaires mort·e·s sous les bombes.
Il est dit que ce totalitarisme russe reçoit l’assentiment d’une majorité de la population de ce vaste pays, tout du moins c’est ce que la « storytelling » [+] planétaire essaye de nous vendre, rien n’est jamais sûr dans les histoires où les médias exacerbent les nationalismes. Car après tout ces champs de batailles sont bien le moteur d’une belle croissance [+] opportune pour les marchés mondiaux qui dirigent le monde, ventes d’armes en tête [+] évidemment.
Bref, je ne sais pas vous, mais tout ceci me fait tout de même bien flipper, et je fuis ces points d’actualité… Peut-être est-ce à cause de ce spleen des nouvelles mondiales dont j’essaye de me débarrasser ou tout simplement l’avantage de l’âge, dans tous les cas c’est avec une drôle (voire inquiétante !) sérénité que je pense en rédigeant ces mots aux morts en rafales qui ont ravagées les rangs des personnages publics proches comme lointains depuis des semaines et des mois. Les hommages qui se succèdent m’amènent à questionner notre incontournable qualité de mortelles et de mortels dans l’échelle du temps qui passe vers une inexorable fin. Je sais la tristesse que cela engendre, une célèbre artiste en a fait il y a une paire d’année une action et une performance [+] un peu misérable voire pathétique à mon goût, mais personnellement cela ne me perturbe pas. Il y a juste toutes ces disparitions dans le monde des arts, de la culture ou du divertissement qui ont fait les titres de la presse nationale, internationale et même locale ces dernier temps et qui interrogent simplement notre relation de mortelles et de mortels à la vie.
C’est peut-être pour cela que l’exploration de la mémoire est un des piliers principaux de mon travail plastique. Tout me rappelle à quel point le temps passé est fragile, il va parfois tristement comme le dit la chanson, mais seule la mémoire reste vivace. Ainsi par exemple je m’en faisais la réflexion il y a peu de mois quand l’acteur Helmut Berger [+] inspirateur de Lucchino Visconti [+] mourrait et qu’à nouveau encore un pan de ma jeunesse s’échappait au loin dans les abîmes du néant. Ludwig, les damnés, ces films qui ont marqué mon jeune ressenti artistique, comme bien d’autres. Ces personnages qui accompagnent notre vie ne trépassent point, ils restent dans la mémoire. La mémoire est peut-être une grande salle de cinéma !
Parce qu’il marque un large public, le cinéma est aussi un art de la mémoire malgré la fragilité de son support pelliculé. Ainsi par exemple quand Kenneth Anger [+], grand magicien du cinéma expérimental et underground d’après guerre est mort [+] en mai dernier je me suis mis à revoir avidement quelques uns de ses chef-d’œuvres souvent oubliés.
Les films nous accompagnent et restent à nos côtés comme le disait Jacques Rozier [+], dernier réalisateur de la Nouvelle Vague, disparu lui aussi en mai dernier. C’est d’autant plus vrai que les technologies modernes nous en donnent l’accès facilement à condition de bien le vouloir.
Il en va du cinéma comme de tous les arts, et cet été la mort de Jamie Reid [+] m’a rappelé à quel point les influences artistiques sont importantes, et comme je l’ai déjà dit sur le fameux réseau social au pouce en l’air : « -S’il y a eu des influences dans ma vie d’artiste, la sienne fut singulièrement majeure ! »
Surtout Reid fut un artiste comme je les aime, qui ne faisait aucune concession aux impasses imposées par le marché de l’art contemporain. En 2009, l’artiste contemporain bien connu Damien Hirst [+], membre de la non moins fameuse YBAs [+] (Young British Artists) durant les années 90, s’apprêtait à poursuivre un étudiant [+] pour violation de droits d’auteur, Reid l’a qualifié de « brute hypocrite et cupide de l’art » et a produit une pièce visuelle [+] intitulée « For the Love of Disruptive Strategies and Utopian Visions in Contemporary Art and Culture », en français « Pour l’amour des stratégies perturbatrices et des visions utopiques dans l’art et la culture contemporains », un auto-pastiche remplaçant le « God Save The Queen » de son image iconique créée pour les Sex Pistols [+] par un beau « God Save Damien Hirst ».
Bon je vais arrêter là pour aujourd’hui et clore cette sorte d’élégie même si ma prose est loin d’être un poème. Il est tard dans la journée. Commencé très tôt, j’ai trainé à composer ce présent exercice éditorial que je boucle ainsi afin de retrouver ma chère et tendre Thérèse [+] et toute ma petite famille reconstituée pour une douce soirée de fin de vacances pleine de vent de lumière et de joie.
Je parle de souvenirs, de mémoire et de temps passé aujourd’hui, alors c’est peut-être une bonne occasion d’extraire des archives. Parce que le weekend dernier je suis allé fouiller dans le fond de mon atelier perdu du Tarn dans lequel il ne reste que quelques reliques d’une époque révolue, j’ai retrouvé des images d’un temps où j’avais exposé quelques boulots de jeune fraichement et sans conviction diplômé dans une exposition intitulée « Les irradiés de Tchernobyl ». Une grande et loufoque exposition qui se tint fin 1986 et que je partageais avec mon vieil ami Bernard Amade [+], génial intellectuel philanthrope autant que philosophe touche tout, dans ces Nouvelles Galeries Atomium [+] de Toulouse. Les NGA que nous essayions en compagnie d’un aréopage dilettante d’animer avec entrain mais intermittences depuis quelques deux ans à l’époque. Voici la photo d’une des toiles faites pour l’occasion, à travers les installations et autres dessins de ma production toute aussi féconde qu’approximative du moment qui y étaient exposés.
Il faut noter – parenthèse mémorielle – que dans ce siècle passé où je signais « Kinou » bêtement et directement sur le devant comme pour marquer un territoire qui était pourtant le mien sans conteste, je découvrais les marqueurs japonais « Posca » [+]. Sur cette publicité qui n’en est pas une, je vous souhaite une belle semaine et je vous donne rendez-vous comme à l’habitude dès lundi prochain. Adissiatz e portatz plan !

La suite la semaine prochaine pour une nouvelle « Chronique du lundi »…
PhP

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