23.10.2023 – Chronique du lundi

23 octobre 2023 § Poster un commentaire

Un petit moment de publicité

Mes chères et chers ami·e·s, la pluie a un peu joué ses claquettes en fin de semaine dernière et en début de weekend sur les toits de la capitale occitane. Il fait bien moins chaud et bien moins moite, la fraîcheur est enfin arrivée entre Canal du Midi et Garonne. Ce qui déplait fortement à Louison notre petite chatte du foyer. Les fenêtres lui sont fermées, un chat ça aime la liberté, au moins celle des balcons ! Mais elle ne nous en tient pas rigueur, elle ronronne emmitouflée tout contre ma chère et tendre Thérèse [+] qui dort encore. Seules quelques bourrasques de vent au dehors perturbent cette quiétude matinale. Il est proche de 6h du matin de ce lundi 23 octobre 2023, je commence à rédiger ces lignes dans une douce pénombre d’automne. Et c’est accompagné de cette douceur que je vous souhaite bienvenue dans la présente et nouvelle Chronique du lundi.

La semaine dernière je vous livrais une chronique commémorative qui fêtait les 3 ans de mes billets hebdomadaires que je publie sur le blog de mon site web, et qui parfois mais rarement ont été diffusés sur la Radio FMR [+] de Toulouse et d’autres ondes plus exotiques par rapport à mes pratiques d’artistes. J’espère bien revenir justement et plus régulièrement sur les ondes. Ce qui veut aussi dire que je me dois de resserrer à nouveau le contenu de ces exercices éditoriaux mis en œuvre tous les lundis. Ceci dit si la chronique de ce jour sera très courte c’est plutôt parce que je vais me lever dans peu de temps, me laver, m’habiller, prendre un frugal petit-déjeuner, faire des bises à la maisonnée endormie, prendre ma gamelle pour midi, enfourcher mon vélo, rejoindre un complice de travail : ce formidable artiste aux talents multiples qu’est Romain Quartier [+] et qui est comme moi résident permanent de notre cher Atelier TA [+] dont je vous vantais les vertus la semaine dernière, lui aussi sur sa bicyclette pour finir par nous diriger vers un espace de l’autre côté de la ville où nous allons co-animer un séminaire autour de la scénographie.

Un séminaire qui aura pour public des jeunes gens qui se destinent à quelques métiers créatifs (ou non !) dans la publicité [+]. Je vous dis cela et j’avoue que je sais pas si je peux en être très fier, pas tant que je n’assume pas le fait d’enseigner – entre autres – l’histoire et les rudiments de la scénographie [+], alors que le cœur de ma pratique reste la création plastique [+] « pure », non cela je l’assume pleinement et c’est vraiment chouette de pouvoir le faire. Et après tout j’ai aussi créé et continue de créer des environnements scénographiques tant pour le spectacle vivant que pour des expositions d’art. Mais vous l’aurez compris dans cette occurrence, c’est surtout le type d’école au sein de laquelle je vais pratiquer ce sympathique exercice qui m’a posé problème un moment, avant que je ne finisse par accepter avec plaisir d’y intervenir. Et là aussi pas tant que cette école ne soit en soi pas recommandable, elle est d’une très bonne facture et véhicule un bon esprit. Pas tant non plus qu’elle soit composée de mauvaises et mauvaises bougres, toutes les personnes qui y travaillent et pratiquent leurs enseignements respectifs y sont extrêmement sympathiques et bienveillants. Non ce sont plutôt les carrières professionnelles à quoi elle destine une partie de ses élèves qui ont posé problème à ma conscience, étant donné qu’elle forme aux métiers de la publicité comme je vous en entretenait plus haut.

Alors en soi la publicité n’est effectivement pas répréhensibles c’est (presque !) clair. Ce que l’on appelle publicité, réclame, annonce ou autre peut être en usage dans des secteurs de l’activité humaine qui ne sont forcément liés à la société de consommation et au commerce capitaliste générateur de croissance mortifère. Sauf que dans un monde qui mise sur la croissance et où l’activité humaine a besoin de créer des besoins collectifs pour subvenir aux besoins individuels, la publicité autour d’une production reste un des outils principaux de cette fuite en avant. Sauf aussi que l’on sait qu’il nous faudrait justement combattre cette idée de croissance [+] afin d’assurer la survie de nos enfants, et au-delà de notre espèce même. Alors oui, je ne vais pas me voiler la face : ce type de formations post baccalauréat proposent d’embrasser des carrières professionnelles qui ne se remettent que rarement en question. C’est d’autant plus grave qu’à travers un monde qui roule à vive allure vers un mur, à la fin des fins ce sont ces professions qui participent activement à cette accélération.

Sauf que ce sont des professions professées par des femmes et des hommes qui les mettent en œuvre et en donnent la direction. Des Sapiens aux cerveaux [+] sensiblement comparables au mien. Et que je sais que ce sera à travers l’histoire des pratiques scénographiques [+] et l’histoire de l’art [+] que l’on arrivera à sensibiliser encore plus une jeune génération d’êtres humains autant qu’humaines à ces enjeux de la survie et à l’arrêt de la destruction du vivant par les dérives comportementales collectives de notre espèce.

Voilà pourquoi je suis assez content que cette école ait demandé à Romain et à moi, deux artistes qui ont des pratiques multiples et qui posent leurs visions différentes sur le monde, d’animer ce séminaire. Alors je sais : nous pouvons être grossièrement instrumentalisés. En tant qu’artiste nous le sommes en permanence. Pour le coup je sais que nous ne le serons pas. Je sais aussi que le capitalisme outrancier fait feu de tout bois et consume tout sous son emprise, mais on sait aussi contrecarrer [+] ses ambitions destructrices. Et ne pas essayer d’amener ici un bout de lumière, un point de vue différent, comme je peux déjà le faire depuis longtemps dans d’autres instituts de formation où j’interviens avec plaisir et résultats, aurait été bien plus improductif face à mes intimes convictions que de ne pas le faire.

Ainsi, après vous avoir raconté avec grande vacuité mes états d’âme dans un nombrilisme éhonté tel l’être égocentré que je suis, je ne vais pas rester plus longtemps avec vous car je vais me diriger vers cette joyeuse activité qui fait aussi partie du charme du statut d’artiste-auteur. Être artiste-auteur plasticien [+] m’amène parfois en dehors de ma pratique car j’ai toujours dû trouver des milliers de solutions pour survivre dans un monde qui s’est avéré de plus en plus chaotique. Il y a un temps lointain j’ai d’ailleurs travaillé à créer des illustrations pour la publicité. J’ai même travaillé en milieu industriel pour des industrie chimiques dont je tairai tout de même le nom. Comme quoi l’ambivalence des propos et des actes valent pour tout le monde et donc pour moi-même.

Voilà, tout cela étant posé je vais faire bref pour la fin de cet exercice éditorial du jour car le temps me manque réellement. Alors que l’actualité des femmes et des hommes de notre Terre est horriblement dramatique et que mes Chroniques du lundi sont sensées parler du temps qui passe sous nos yeux, contre toute attente il n’y aura rien ici de cette actualité. Je ne vous parlerai pas de ces tempêtes [+] violentes qui alimentent notre climat jusqu’à nos portes atlantiques. Et je ne vais pas m’étendre non plus à propos de toutes ces éruptions [+] de violences qui secouent le monde [+], ainsi que des réactions politiques imbéciles ou de la crétinerie des médias aux mains du capital qui les accompagnent…

Quoi dire de plus quand on entend que les chancelleries du monde entier attendent qu’une petite dictature du Golfe [+] résolve la crise gazaouite ?
Quoi dire quand dans le pays qui se dit celui des droits de l’homme on voit cette incroyable folie politique et ce dénigrement systémique qui se sont abattus sur une formation politique de gauche [+] au prétexte qu’elle demande l’arrêt des guerres délirantes en cours alors que racisme, antisémitisme, islamophobie et fascisme battent le haut du pavé ?
Quoi dire quand au même moment le gouvernement du même pays contourne la représentation nationale pour gouverner à grands coups d’ordonnances ou plutôt de 49.3 [+] et tente de museler par tous les moyens toute opposition progressiste comme s’il s’imaginait être encore au bon vieux temps du pétainisme ?
Tout est lié par une incommensurable idiotie et finit par des abîmes de stupidité dont on ne sait plus s’il faut en rire ou en pleurer comme cette histoire d’enseigne aux lumières en panne [+]. J’avoue j’en ai plus que marre de tout cela. S’insurger ici ne sert à rien seule l’action sensée, sensible et sans violence physique sur le terrain sont utiles. Ainsi par exemple comme ce qui s’est passé ce week-end pas loin des bords de l’Agout avec cette marche contre un projet inutile et mortifère [+].

L’action sensée et sensible c’est aussi la pratique de l’art qui interroge les limites de la pensée humaine. Il y a bien longtemps que je ne suis plus Charlie qui a sombré dans la mauvaise caricature de lui-même et que je ne lis plus non plus les pages d’un palmipède aux lourdes chaînes qui ont fini par entraîner celui-ci au fond des marigots putrides des pensées de la conservation droitière extrême. Devant tant de stupidité je suis extrêmement triste. Ainsi entre quelques missions de survie alimentaire dont je vous narrais tout de même la teneur en début de ce billet du jour, je préfère m’enfermer dans mon atelier et manier les médiums dont je connais la manipulation pour m’adonner à ma pratique à travers laquelle je m’exprimerai mille fois mieux qu’à travers des mots…

C’était court, je l’espère agréable, mais je suis obligé de vous laisser pour de bon à présent. Et je vous laisse une nouvelle fois avec une image tirée d’une de mes vidéos de mes séries « No Show ». Celle-ci tirée de la vidéo « Le Jeu » a déjà dix ans. Elle fait donc partie d’une série que je ressors petit à petit afin d’en faire un véritable corpus présentable très bientôt je l’espère, peut-être autour des fêtes de fin d’année ou à peine plus tard au moment où je fêterai mon anniversaire. En attendant, je vous souhaite une bonne semaine et vous donne rendez-vous dès lundi prochain. Addisiatz !

Capture d'écran de la vidéo "Le Jeu" du plasticien Philippe Pitet - Vidéo du cycle "No Show" - 2013
Capture d’écran de la vidéo « Le Jeu » – Vidéo du cycle « No Show » – 2013

La suite la semaine prochaine pour une nouvelle « Chronique du lundi »…

PhP

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