08.07.2024 – Chronique du lundi

8 juillet 2024 § Poster un commentaire

Tout ceci est loin d’être un triomphe ni même une victoire !

Amies lectrices, amis auditeurs, amies auditrices, amis lecteurs, bien le bonjour dans cette nouvelle Chronique du lundi, la chronique du lundi huit juillet deux mil vingt quatre, la chronique du jour d’après.

Hier les électrices et électeurs de la France métropolitaine comme celle d’outre-mer se sont exprimé·e·s pour le second tour des élections législatives qui ont eu lieu suite à la dissolution du parlement par un président bien plus fascisant [+] qu’il en avait l’air et la chanson. Après une semaine où nous étions nombreuses et nombreux à retenir notre souffle ce dernier fut libéré par le grand soulagement que procura le résultat inespéré de ces élections. Cela dit, même s’il n’est pas encore au pouvoir par les voies légales, le parti d’extrême-droite au fascisme à peine larvé en reste le grand gagnant, doublant quasiment le nombre de ses députés·e·s à l’Assemblée. Sur le terrain des riantes campagnes françaises la catastrophe reste palpable. Les signes y sont forts, à titre personnel je ne peux que m’effrayer de voir un candidat facho, que jamais personne n’a vu sur le terrain, à deux cheveux de s’emparer de la circonscription historique de Jaurès. La 2e du Tarn, où le racisme et l’idiotie congénitale ont fini par obtenir près de 49,5 % des suffrages exprimés face à une députée sortante qui avait fait un bon boulot de terrain pendant deux ans. Mais voilà sur l’affiche il y avait Jordan et Marine, et à la télé on a dit que « Mélenchon et ses khmer verts nous empêcheront de tondre nos pelouse le weekend ! »

Malgré cela, j’avoue avoir savouré ces larmes de joie qui ont envahi mes yeux à l’annonce des résultats hier soir. Alors que, dans l’attente d’une catastrophe annoncée, nous nous blottissions Thérèse [+] et moi à travers une bonne centaine de militant·e·s et sympathisant·e·s réuni·e·s à la fameuse Bourse du Travail, siège de la CGT de la Ville rose. Grand soulagement oui, malgré ce goût amer d’un pays en plein délire suicidaire sous un bad trip d’acide qui m’a accompagné tout au long de la semaine passée.

Quoique l’on dise sur ce choc qui vient de percuter nos vies, quelle que soit l’analyse à propos de cette situation politique délétère dans un pays qui se targue d’être la patrie des droits de l’homme, il faudra bien pointer du doigt le système médiatique affligeant qui occupe les canaux de l’information en France et ailleurs. Et pas seulement ceux qui sont dans les mains des magnats de la finance ou de l’industrie. Les médias du service public ont aussi totalement faillit à leur devoir d’information un minimum impartiale. Les mensonges qui égrènent depuis des années, les ondes, les lignes et les fils d’actualité, sont à ce point innombrables qu’un recueil encyclopédique aurait du mal à les recenser.

Des florilèges de mensonges il y en a eu en particulier quand il a fallu s’enquiller cette incroyable « storytelling » qui martelait à tout va l’idée que la gauche réformiste était de nature extrémiste. Tout était bon pour reprendre les éléments de langage du pouvoir au main du bloc bourgeois. Il a fallu attendre les derniers jours de campagne pour que sorte à bas bruit les classifications du Conseil Constitutionnel quand aux dénominations des extrémismes. Et qu’à la fin des fins dans cette campagne électorale seul le RN était un parti de l’extrême. Et puis depuis le 9 juin, comme nous l’explique si bien « Arrêt sur images » [+] aucune minutes ni secondes ne furent consacrées lors des journaux télévisés ou radiodiffusés à propos de l’explosion des actes racistes et homophobes, la presse écrite n’en laissant filtrer que quelques entre-filets. Alors que pendant des semaines et des mois la moindre parole, le moindre acte antisémite était monté en mayonnaise jusqu’à la corde. Et enfin tous ces candidats débiles qui se présentaient sous les couleurs fachos que l’on ne sortaient pas de peur de faire de l’ombre à ce parti d’extrême-droite qui occupe à présent un tiers des sièges de l’Assemblée Nationale Française.

Dans cette « novlangue », tout ce qui était reproché à la gauche et essentiellement à LFI était développé sans vergogne par l’extrême-droite, mais aussi par la droite chiottiste ou non et enfin par les forcené·e·s du centre extrême capitaliste du camp présidentiel, le tout couvert par le bruit d’une information au relent de propagande d’un dritte reich, troisième reich en français, la honte absolue pour la presse et l’éditocratie française consanguine jusqu’au bout de ses ongles. Voilà il y a fort heureusement d’autres médias qui ont fait leur boulot avec probité, tous ces médias de l’Huma [+] à Reporterre [+], en passant par les Blast [+], Médiapart [+], Basta! [+], AOC [+], Frustration Magazine [+] et j’en passe tant ils sont nombreux grâce aux outils du Net, en images, en sons ou en textes. Hélas leurs diffusions sont souvent confidentielles par rapport aux rouleaux compresseurs de la « bollorisation » des esprits. Pour vous faire une idée de l’état de l’art en matière de presse française je vous conseille de consulter régulièrement le site d’Acrimed [+] qui observe ces médias avec forte documentation.

Fort heureusement dans la dernière ligne droite de la campagne, beaucoup de stations locales de France 3 ont finalement organisé des débats avec les candidat·e·s en lice montrant ainsi l’idiotie crasse ou la malhonnêteté congénitale de la plupart des candidats de l’extrême-droite quand celles et ceux-ci daignaient s’y rendre. Pour une fois le service public de l’information a fini par bien faire son travail.

Personnellement je dois aussi présenter toutes mes excuses, car dans ce concert de médiocrités et de post vérité, les radios associatives ont souvent brillé par leur absence, voire et surtout par leur vacuité. Des ondes peuplées par des animatrices et des animateurs égocentré·e·s et nombrilistes qui n’ont à proposer qu’une petite musique trop souvent décérébrée. Je suis sévère peut-être mais c’est la triste réalité dont j’ai du mal à m’accommoder en étant avec d’autres aux commandes d’une de ces radios. Fort heureusement quelques petites équipes se sont mises en ordre de marche au sein de cette radio pour offrir tous les matins une vision du monde en prise avec les enjeux du moment.

Voilà il reste tant et tant à faire… Nous en parlions devant cette Bourse du Travail à travers les chants révolutionnaires de rigueur, avec d’autres artistes auteur·ices et des travailleur·euses de l’art réuni·e·s autour de ce maigre espoir de renouveau. Nous devons reprendre le terrain des idées face au rouleau compresseur de l’industrie du divertissement. Je sais, nous disons cela depuis des décennies sans rien y changer. Il serait tout de même temps de s’y mettre vraiment et en masse. Qu’un mot d’ordre : déjouons les pronostiques ! Ça a tout compte fait bien commencé hier soir.

Voilà, dans cette sombre histoire de la France contemporaine, on ne pourra jamais assez remercier la jeunesse des quartiers populaires qui par son vote a sauvé un peu cette démocratie en lambeau. Essayons de ne pas la décevoir une nouvelle fois. Sur cette parole, je vous laisse pour aujourd’hui. À celles et ceux qui sont sur les lignes de mon site, je vous laisse avec un de mes dessins de la série « Slowgangs », qui a égrenée mon travail de production artistique en 2018, un temps qui me paraît déjà bien loin à présent. Pour les auditrices et auditeurs de la radio n’hésitez pas à vous rendre sur mon site web philippepitet.com, vous verrez bien. À lundi prochain, et d’ici là portez-vous bien. Addisiatz amigas e amics !

Image d'un dessin de la série de 52 pièces "Slow Gangs die Symphonie der relativen Utopien" de l'artiste plasticien Philippe Pitet - 2018
23e dessin de la série « Slow Gangs die Symphonie der relativen Utopien ». 20x20cm, technique mixte – 2018

Audio diffusé la semaine du 8 juillet 2024 sur les ondes de Radio FMR -Toulouse :


La suite la semaine prochaine pour une nouvelle « Chronique du lundi »…

PhP

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