26.08.2024 – Chronique du lundi

26 août 2024 § Poster un commentaire

Un peu comme les embrouilles de fin de bal

Très chères et très chers auditrices autant qu’auditeurs, lectrices ou lecteurs, car je n’oublie pas les nombreuses personnes qui lisent mes Chroniques du lundi sur le blog de mon site web, alors même que parfois elles ne sont pas diffusées sur les ondes de la Radio FMR [+] à Toulouse, ondes hertziennes ou numériques voire les deux à la fois tellement le monde connecté a évolué ces dernières années, très chères et chers ami·es donc bienvenue dans cette Chronique du lundi 26 août 2024. Dernière chronique d’un mois d’août comme une kermesse qui s’achève lentement pour nous laisser dans les pattes de quelques lendemains qui pourraient bien déchanter.

Et bien oui le temps des villégiatures estivales prend doucement congé de nos actualités. La fête est terminée, comme la dernière boum d’une éternelle adolescence qui n’était pas si éternelle. Quelques coquards dans les yeux et des côtes froissées, le peuple des classes moyennes, après tant d’aventures sportives délétères, ouvre les rideaux sur un monde qui brûle de partout, l’orchestre de la joie en trompe l’œil ayant épuisé la dernière chanson de son répertoire, la dernière note est jouée.
La fin de l’été, dès le 15 août et jusqu’à mi septembre, est souvent le moment des grands bals qui concluent les moissons et les vendanges dans les campagnes européennes selon leurs latitudes.
Peut-être à présent ces fameuses classes moyennes voient le volcan général sur lequel elles ont trop dansé trop longtemps. La planète perdure dans sa surchauffe globale, les phénomènes climatiques catastrophiques pour le vivant et donc pour Sapiens qui en sont les conséquences s’accélèrent [+], le tout évidemment dans le grand déni du capitalisme consumériste et extractiviste.

Pour notre part Thérèse [+] et moi avons quitté nos montagnes des bords de la Drôme. Nous sommes retourné·es dans la Capitale occitane, la chaleur n’y est pas si insupportable. Les orages ont fraîchi les nuits. La ville en cette fin d’été est agréable à vivre, les gens y sont aimable tout compte fait. Si vous suivez assidûment mes Chroniques du lundi vous aurez remarqué que ces derniers temps j’ai tendance à fustiger durement cette ville qui m’a pourtant vu naître. Peut-être parce que je l’ai souvent quitté de très longues périodes pour de lointains ou proches ailleurs. J’y suis revenu plusieurs fois pour d’autres moments de villégiature, comme si cette ville fut un temps en quelque sorte mon port d’attache. À présent voilà sûrement trop longtemps que je m’y trouve échoué. Et je sais mon nouveau port d’attache loin des quais de la Garonne.

La Cité Mondine m’énerve peut-être aussi parce que la politique locale y est affligeante. Une politique générale comme culturelle qui n’est ni fait ni à faire, uniquement guidée par l’appât du gain immobilier depuis des décennies sur le dos des classes populaires. Voilà qui est bien triste en ces temps de commémoration des 80 ans de la libération [+] du joug nazi, il ne faut pas oublier que ce combat fut particulièrement mené sur les bords de la Garonne au nom des principes sociaux et solidaires du programme du Conseil National de la Résistance, si joliment nommé « Les jours heureux » [+]. Il ne faut pas oublier non plus que ce fut une des grandes villes dites de province libérée par les FTP-MOI, Maquis Espagnols, les Corps Francs de la résistance juive et autres FFI aux couleurs tirant vers le rouge, …, et non par les armées alliées. Et que longtemps ce coin d’Occitanie fut nommé « République Rouge de Toulouse » [+] pour qualifier ces temps de délivrance. Une petite réalité certes, mais une forte exagération à charge de la part du bloc bourgeois de l’époque, et longtemps après guerre, qui n’avait de cesse que de dénigrer toute avancée du prolétariat vers l’émancipation. Un bloc bourgeois qui n’avait pas supporté que les mesures sociales des Jours Heureux aient été mises en œuvre dans les industries et entreprises locales, municipalisées immédiatement dès les premiers jours après la fin du régime de Vichy et le départ des nazis. Des mesures telles que la formation des conseils souverains d’ouvriers et d’ouvrières en comités dans le cadre des prises de décisions pour la gestion de leur entreprise. Sans compter aussi cette Armée de Libération issue des maquis locaux qui souhaitait substituer la « formule périmée de l’armée traditionnelle » par une armée réellement populaire peuplée aussi de comités de soldats. Bref peu de choses bien présentables dans l’ordre bourgeois de l’histoire et du roman national français.

À part une brève interruption de quelques temps, brouillonne mais assez remarquable, marquée à gauche entre 2008 et 2014, depuis le début des années 70 à l’avènement de la fameuse dynastie Baudis, véritable fossoyeuse des aspirations latines de cette capitale occitane, la bourgeoisie provinciale boursouflée est à la tête de la ville qui est loin d’être rose. Pour ainsi dire l’idiotie y règne en maître.
Mais bon je n’ai pas envie de régler mes comptes plus que cela avec des imbéciles qui ne valent pas la peine de polémiquer, tellement leur bêtise est abyssale. Je tiens juste à rappeler encore et encore que ces tristes sires préfèreront comme toujours gouverner avec les idées les plus rances de l’extrême-droite que de laisser entrer la moindre mesure qui porterait atteinte au capitalisme mortifère qu’ils défendent becs et ongles.

C’est ainsi que va la vie dans ces provinces décérébrées au totalitarisme soft où l’on a l’impression qu’il n’existe aucun sens critique face à cette société du spectacle et de la consommation qui nous plonge dans la fameuse sentence : « du pain et des jeux ». Les médias ont toujours éludé les enjeux de la gouvernance locale au profit de la politique nationale, alors que les décisions courantes les plus concrètes dans nos vies de citoyennes et citoyens se prennent à l’échelon essentiellement municipal. Hélas quand il s’agit de parler du local la presse s’en tient à des faits divers imbéciles qui permettent d’orienter le débat public vers l’acceptation de mesures des plus réactionnaires et conservatrices. À l’image de celui qui a voulu nous faire croire qu’à Toulouse, justement, un squatteur devenu tétraplégique à la suite d’un plongeon dans une piscine qu’il occupait indûment, avait porté plainte contre la copropriété. Tout est faux évidemment mais toute la presse du bloc bourgeois s’est emparée de cette affaire pour la monter en épingle suivie dans la foulée par toute la fachosphère [+]. Car attention, on le sait bien, la province française est peuplée de squatteurs étrangers qui en veulent à nos piscines l’été, d’ailleurs que fait la police ?

En bon esprit chagrin, nous pourrions rétorquer que la police est bien trop occupée à criminaliser [+], éborgner et mutiler les militantes et militants qui se battent pour un avenir encore possible à toutes et tous sur notre Terre… Comme lorsqu’il s’agit, toujours à Toulouse et ses alentours, de se battre contre la construction de cette autoroute A69 [+] inutile autant qu’hors proportion. Une France bien rance où la séquence politique que nous y vivons depuis des mois devient claire. Nous y voilà, donc, dans la dictature qui ne veut pas dire son nom. Dans ce totalitarisme auquel mène le capitalisme triomphant. La parole des peuples n’a aucune valeur, seul compte le profit du bloc bourgeois et la destruction de la planète. Dans nos yeux incrédules, le déni de démocratie au cœur du Pays des droits de l’Homme, vient de nous sauter à la figure.
À force d’éléments de discours dignes d’une « Novlangue orwellienne » où toutes les valeurs sont inversées [+] à escient, le piège semble bien vouloir se refermer sur nos têtes. C’était prévisible, jamais le pouvoir n’a fléchi dans sa volonté d’en donner toujours plus aux plus riches, malgré la contestation de la majorité de la société, les forces de l’ordre sont devenues surpuissantes, la presse en ordre de marche permanente contre toute opposition, la répression féroce. Le coup de force actuel du Président de la République Française en exercice au moment où je rédige cet éditorial d’aujourd’hui est symptomatique.
Les masques tombent un à un, les attaques sans relâches contre une partie de la gauche française, les tentatives pour provoquer la scission de cette gauche en distribuant des bons et des mauvais points soutenues par les idiots utiles de la gauche de droite, les menaces de censures immédiates si des ministres Insoumis·es participaient à un gouvernement du Nouveau Front Populaire, la proposition généreuse de ce principal parti de gauche de soutenir le programme mais de rester en dehors d’un gouvernement qui serait mis en œuvre par Lucie Castets [+], suivi immédiatement par le rejet épidermique des poulains politiques du bloc bourgeois, oui tous les masques tombent dans la chaleur de cette fin d’été.
On sait bien à présent que l’histoire était écrite d’avance. On sait bien que le lit de l’extrême-droite était tout préparé par l’extrême-centre forcené en place, permettant ainsi de faire perdurer une politique antisociale aux antipodes des aspirations des « Jours heureux ». En juin, les électrices et électeurs ont fait dérailler légèrement le train, mais ne soyons pas dupes les puissances en présence sauront le remettre bien vite sur rails, nous devons nous y opposer vivement.

J’arrête là et vais finir de parler de la terrible et anxiogène marche du monde dans ce billet du jour. Non sans avoir évoqué l’attaque, ce weekend passé, contre une synagogue sur le territoire occitan, dans l’Hérault. Cette attentat débile convoque Frantz Fanon [+] dans ma mémoire et fait écho à ma Chronique du lundi précédente où j’évoquais racisme et xénophobie. Frantz Fanon, ce formidable penseur et militant anticolonial [+], expliquait il y a déjà plus de 70 ans que l’antisémitisme n’était pas compatible avec l’anticolonialisme, il disait, je cite : « Quand vous entendez parler du mal des juifs, dressez l’oreille on parle de vous ! ».
Il avait raison tant l’idée du bouc émissaire est ancré dans la culture du pouvoir en Europe. Ce pouvoir qui est assis sur cette triste notion de racisme, comme je vous le narrais la semaine dernière. Pour en savoir plus et sortir des « storytellings » habituelles, n’hésitez pas à vous diriger vers des médias indépendants [+] plutôt que de rester campé sur cette sphère médiatique qui nous inonde d’informations hors-sols et abreuve les haines. Un jour peut-être on saura faire la part des choses entre une politique génocidaire d’un gouvernement israélien en pleine dérive extrême droitière et la légitime aspiration de personnes désirant pratiquer leur croyance millénaire. Je l’ai affirmé la semaine dernière : je suis athée jusqu’au plus profond de ma conscience, mais la vrai défense de la laïcité en France est bien d’affirmer que chacune et chacun sur le territoire de la République a le droit de croire et de pratiquer sa religion en toute sécurité, et plus particulièrement que l’on soit de confession musulmane ou juive.

Voilà je vous quitte ainsi, le bal est clos et je ne vous ai pas parlé d’art tellement la lourdeur de cette rentrée me pèse. Comme toujours si vous vous dirigez vers mon site web philippepitet.com, sur le texte de cette chronique, ou si vous y êtes déjà, je vous laisse avec les derniers croquis de mon carnet de notes dessinées de la Drôme et de ses affluents, il me tarde de me mettre derrière mes pinceaux pour en faire quelques gouaches ou encres. Je vous souhaite une bonne dernière semaine d’août et vous donne rendez-vous dès lundi prochain. Addisiatz amigas e amics !

Photo d'un carnet de croquis de l'artiste plasticien Philippe Pitet - Croquis des bords de la Drôme et de ses affluents - 2024
Extrait d’un carnet de prises de notes dessinées des bords de la Drôme et de ses affluents – 2024

Audio diffusé la semaine du 26 août 2024 sur les ondes de Radio FMR -Toulouse :


La suite la semaine prochaine pour une nouvelle « Chronique du lundi »…

PhP

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