17.02.2025 – Chronique du lundi
17 février 2025 § Poster un commentaire
Un genou, des mensonges et un enterrement
Chères et chers ami·es des ondes FM comme du web, que vous soyez lectrice ou lecteur, que vous soyez auditeur ou encore auditrice, qui que vous soyez et que vous ayez l’habitude ou non de suivre mes Chroniques du lundi, soyez dans tous les cas bienvenu·es sur les lignes et les mots de ce nouveau billet du lundi 17 février 2025.
Aujourd’hui, vous aurez remarqué comme moi qu’en ce milieu du mois de février 2025, depuis quelques semaines les turpitudes qui se déploient sans complexe au cœur de l’actualité de Sapiens se sont accélérées comme jamais.
Ainsi que le faisait remarquer dans une de ses récentes newletters l’excellente coopérative cinématographique « Les Mutins de la Pangée » [+], je cite : « […] Prendre des notes quotidiennes sur l’actualité est devenu un exercice surréaliste qui met les nerfs à rude épreuve car il révèle la folie de ce monde où une information totalement énorme le lundi est oubliée le vendredi […] ». Pour le coup, je ne ferai pas mes choux gras de cette sombre actualité contemporaine aux parfums de mensonges, de « fake news » et de stupidité. Je n’en ai ni le temps , ni l’envie. Puisqu’il est tard dans la journée à l’heure où je commence la rédaction de cette chronique du jour. Peut-être même que mes auditrices et auditeurs ne m’entendront qu’à partir du 18 février sur les ondes de la Radio FMR [+] de Toulouse. La raison en est aussi amère qu’éprouvante : je reviens de l’enterrement d’un ami qui m’était cher.
Vous aurez compris que cette très triste considération personnelle emplit mes pensées et embue mes yeux. Car même si le bonheur de vivre se distingue agréablement dans mon quotidien familial, même si je m’adonne dans un autre bonheur journalier méticuleux autant que joyeux à mes pratiques artistiques sans trop d’entraves, voici maintenant plusieurs mois que de bien accablantes nouvelles personnelles assombrissent l’horizon de mes jours. Et là, encore une fois, un ami est mort… Ce si cher et vieil ami Jean-Paul Gorce [+] s’est éteint le 8 février dernier. Nous lui avons rendu nos derniers hommages ce matin.
Cafardeuse journée au bord des larmes, accablante journée aussi noire que celle où j’ai appris l’infiniment douloureuse nouvelle du son décès, juste après avoir mis en boîte ma chronique du lundi dernier. Un immense chagrin a envahi mon esprit et ma semaine s’est écoulée dans des sanglots intérieurs qui s’échappaient de mes yeux à tout moment. Pour le coup j’avoue avoir beaucoup de mal à me remettre sur les gais chemins de la joie de vivre. D’autant qu’en moins de 6 mois trois des amis qui m’étaient chers à plus d’un titre sont sortis du champs des vivant·es. L’annonce de la mort de Jean Paul, a fait l’effet d’un coup de massue de trop sur ma tête, même si je sais que ces coups de trop s’accélèreront jusqu’au mot « fin » de mon histoire, là est un autre sujet auquel je préfère ne point penser à l’instant.
Beaucoup de belles paroles ont été dites ce matin lors des hommages à Jean-Paul. Il a été un génial, passionnant autant que passionné directeur et conservateur, puis conseiller de la Cinémathèque de Toulouse [+]. Une grande maison, sa famille, qu’il a menée jusqu’aux plus hauts sommets à travers toutes les autres institutions qui accompagnent le 7e art de par le monde. Mais bien au-dessus de cela il reste dans ma mémoire comme un homme d’une gentillesse, d’une discrétion, d’une intelligence et d’une connaissance inégalée autant qu’inégalable. Je l’ai connu au début des années 80 alors que des prémices de compagnonnage s’établissaient entre la Radio FMR et la Cinémathèque de Toulouse, dès la deuxième ou troisième saison radiophonique au cœur de laquelle avec quelques compères je participais parfois à un rendez-vous journalier à l’antenne autour des images, chose bien étonnante à la radio, une émission journalière qui portait le nom de « L’heure de toutes les images ». Encore étudiant en école d’art, j’y parlais d’art contemporain et de BD, mais il y était beaucoup question de cinéma et Jean-Paul fut un compagnon de programme formidable. Un merveilleux passeur de savoir qui a poussé avec bonheur toute une génération à aimer le cinéma, il a suscité des vocations indéniable de cinéphile.
Dans ma tête des anecdotes vrombissent avec cette malice qu’il affichait si fréquemment. Je me souviens que lors de notre première rencontre, il faisait chaud, je portais un short de type militaire des années 50. Il m’a dit à ce moment là que je ressemblais à Jacques Perrin dans la 317e section [+] réalisé au début des années 60 par le réalisateur Pierre Schoendoerffer. Il rajouta avec son air à l’ambivalence railleuse et bienveillante, que je ressemblait aussi à un collégien qui ne veut pas grandir. Avant de terminer par un : » – Vous me semblez bien comique jeune homme ! ». Il se mit à rigoler.
Par la suite j’ai souvent collaboré avec lui pour des boulots graphiques qu’il m’avait demandé d’imaginer. Comme à l’époque où je créais les éléments visuels et exécutais la mise en forme de la Lettre de la Cinémathèque. Ou encore quand il m’avait fait confiance pour créer des affiches et des illustrations afin d’annoncer quelques événements de cette institution. Il déboulait chez moi à pas d’heure, au grand énervement de ma compagne à l’époque, et sous prétexte de travail nous nous enfermions dans mon atelier pour discuter et refaire le monde de l’art du 1er au 7e, voire plus, l’alcool coulait à flots. Malgré les états d’ébriété il était toujours à l’écoute de mes dires et bien alerte quand nous entamions des sujets sociaux ou culturels. D’ailleurs son regard avait toujours été celui du sociologue de formation qui analysait et expliquait sans les biais hiérarchiques voulus par des raccourcis incultes.
Quelques années plus tard pendant un temps nous avons habité dans ce même immeuble toulousain de la rue Héliot. La fête battait souvent son plein entre nos étages. Et les joyeuses virées en weekend avec une bande d’ami·es étaient fréquentes, des bords de mer qu’il affectionnait aux herbes des champs qu’il détestait, en bon citadin irréductible qu’il était.
Je me souviens encore de ce jour, alors que j’avais fait une performance à base de sons enregistrés à Pékin, une basse, un sampleur, une boîte à rythme, un ordinateur et des boucles sonores, il fut assez enthousiaste pour vouloir me faire composer la musique d’un opéra moderne à base de vie extraterrestre dont il aurait écrit le livret… Il est évident que je n’avais aucune capacité pour réaliser ce projet, mais il était tellement de l’avis contraire qu’il avait déjà prévu de me faire rencontrer tout un orchestre symphonique !
La vie à fait que je me suis éloigné bien souvent de Toulouse, pour vivre d’autres réalités sous d’autres cieux. Et même de retour dans la Cité Mondine, ces dernières années nous nous voyions bien moins, quelques verres ou cafés à l’Esquille avant que ce bar ne ferme définitivement, quelques rigolades à la Cinémathèque avant une séance. Et puis dernièrement des coups de fils pour donner des nouvelles, des lettres de vœux de bonne année, une routine relâchée alors que le temps passe et que l’on en connaît l’inexorable issue. Au-delà de toutes ces anecdotes, je retiendrai de lui tout ce qu’il a pu m’apprendre sur l’écoute des autres. Et bien évidemment, tout ce qu’il a pu m’apprendre sur le cinéma et sur les histoires de cet art en mouvement. Cet art dont il était amoureux au point d’y consacrer sa vie entière de jour comme de nuit. Dire adieu pour l’éternité à Jean-Paul me semble inconcevable. Oui la tristesse serre ma gorge et noue mon cœur.
Alors, donc après cette épreuve, j’ai du mal à commenter les insondables et glaçantes conneries de l’aréopage dictatorial à la tête de l’état le plus puissant du monde. Tout comme l’envie m’est bien lointaine de vous narrer l’ineffable autant qu’inégalable stupidité d’un premier ministre français qui s’enfonce dans le mensonge [+] et dans une incroyable indignité. Tout accompagné qu’il est de sa troupe gouvernementale de décérébré·es placée là par un président narcissique à la solde du bloc bourgeois. Je ne commenterai pas plus le triste pouvoir de nuisance d’un Parti Socialiste [+] français qui n’en finit pas de crever, sans oublier de détruire encore et toujours plus l’espoir de voir partir les fâcheuses et les fâcheux qui squattent depuis bien trop longtemps les institutions de la République Française.
Nous pourrions nous bidonner de rire de tout cela si ce triste spectacle du monde des puissant·es n’était pas si grave pour notre vie de tous les jours, mais surtout pour la survie de notre espèce et bien au-delà pour tout ce qui entre dans le champs du vivant sur notre bonne vieille planète Terre.
Face à cela l’organisation de la riposte salutaire tarde à s’organiser correctement ainsi que nous le dit Thomas Wagner de « Bon Pote » [+] dans cet article intitulé « À l’intention de la gauche » [+]. En France cette ère de la post-vérité décomplexée laisse libre court au mensonge et la corruption de la tête au pieds de l’état, ce pays dégringole dans le classement des pays vertueux, à lire sur le site de « Transparency International » [+] sous le titre de « La France dégringole dans l’Indice de Perception de la Corruption 2024 : une alerte démocratique inédite » [+]. Et pour couronner le tout ce pauvre pays qui se dit être celui des « droits de l’homme » voit la mise sur la sellette d’un fasciste élu député de l’année [+] sur la Chaîne Parlementaire, qui est tout de même un service public. Alors que toujours dans ce monde des médias acquis aux idées les plus fétides on ne perçoit qu’à posteriori, parce que c’était un peu trop gros, l’horreur d’un débat sur la possibilité de construire une Riviera à Gaza par un spécialiste du tourisme, ainsi que le décrypte Clément Viktorovitch sur sa vidéo Youtube intitulée : « France Info : la séquence de la honte – Clément Viktorovitch » [+].
Pour finir on voit que cela ne choque même plus qu’en plein cœur de Paris un gang d’une dizaine de fascistes aient poignardé [+] en toute impunité un militant de la CGT lors de la projection d’un film antifasciste organisée par une association Kurde.
Cela ne choque personne que sur trois attentats hautement meurtrières en Europe, la seule mise en avant soit celle perpétrée par un afghan aux sombres motivations religieuses indépendantes de toute connivence avec une organisation islamique, alors qu’à Wasquehal près de Lille personne ne parle de cet élève policier recalé qui a foncé avec sa voiture sur une terrasse de café ainsi qu’on peut le lire sur « Contre-attaque » [+] dans cet article nommé : « Voiture bélier : un flic bourré fonce sur une terrasse après s’être fait recaler » [+]
Pour le coup je repense à Jean-Paul qui détestait cette actualité faite de stupidité plus grosses les unes que les autres, et je me dis qu’à ce sujet je serai toujours à 100 % d’accord avec lui.
Avant de vous quitter et puisque cet éditorial du temps qui passe sous mes yeux et dans mes oreilles est tout de même le miroir de cette actualité mortifère qu’elle me soit lointaine comme proche, je vais vous donner une information importante au sujet de la lutte contre l’actuel chantier d’un autre age que constitue l’autoroute A69. Un rendez-vous et donné ce mardi 18 février à 8h du matin, je sais c’est tôt ! Ce rendez-vous se fera sur le parvis [+] de la gare Matabiau de Toulouse pour soutenir l’arrêt des travaux de ce projet écocide et antisocial, dont je le rappelle la Rapporteuse Publique [+] a préconisé cet immédiat arrêt.
Ce mardi 18, toujours dans la Ville rose, si vous actez dans la culture où si vous ne voulez tout simplement pas laisser faire la casse de la culture artistique à grande échelle, vous pourrez venir vous réunir à la Bourse du Travail, Place Saint Sernin dès 18h afin de participer à une grande Assemblée générale sur le sujet. À noter que pour les plasticien·nes, graphistes, artistes visuel·les, tous et toutes les travailleur·euses de l’art nous nous retrouverons au même endroit jeudi 20 février à partir de 18h30 pour une autre Assemblée Générale de lutte avec les « Travaileureusesdelart31 » [+].
Et puis bien plus réjouissant tout de même, si vous êtes à Toulouse en fin de cette semaine propulsez-vous au Salon Reçoit [+] le 22 février pour rencontrer le temps d’une soirée l’excellent travail plastique et graphique de la non moins excellente artiste Marlène Cotelette [+]. N’hésitez vraiment pas à vous y rendre, en tout cas Thérèse [+] et moi, nous y serons.
Pour celles et ceux qui se trouvent sur mon site philippepitet.com en lecture du texte de cette chronique du jour et pour les autres qui vont y venir sans doute, je vous laisse avec une l’image d’une affiche que j’avais dessinée et composée pour la Cinémathèque de Toulouse. Une affiche que m’avait commandée Jean-Paul Gorce au début des années 90, à la grande époque des dinosaures… À présent je vous laisse pour de bon, et pour ne pas laisser de doutes à propos du titre de cette Chronique du lundi 17 février 2025, je vais me soigner un genou défectueux avant de reprendre la route. Je vous souhaite une jolie semaine de février, vous donne rendez-vous lundi prochain, même canal de communication. Addisiatz amigas e amics !

Audio diffusé la semaine du 17 février 2025 sur les ondes de Radio FMR -Toulouse :
La suite la semaine prochaine pour une nouvelle « Chronique du lundi »…
PhP

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