14.04.2025 – Chronique du lundi
14 avril 2025 § Poster un commentaire
Au loin s’en vont les nuages…
Chères et chers ami·es, mes lectrices et lecteurs, sur mon site web philippepitet.com auditrices et auditeurs sur la Radio-FMR de Toulouse [+], chères toutes et chers tous, c’est avec beaucoup de joie que j’aborde cette semaine ! Et c’est donc avec la même joie que je m’attaque à la rédaction de cette Chronique du lundi 14 avril 2025, dans laquelle je vous souhaite une chaleureuse bienvenue.
Vous devez vous demander quelle est cette joie qui m’habite alors que de toute part les tensions sont extrêmes, que de toute part nous vivons dans un monde qui vacille sous les coups de dingueries insensées comme pourraient le dire les adorables jeunes ados que sont les enfants de ma chère et tendre Thérèse [+]. Et bien j’avoue qu’en ce moment même où j’écris, nous nous apprêtons Thérèse et moi à rejoindre notre pays Diois qui nous manquait tant depuis des mois.
Pour moi aller à Die [+] est toujours une fête, quelle que soit la saison. Les bords de Drôme à l’ombre de nos chères montagnes, entre Baronnies provençales et Vercors est devenu depuis des années mon havre de paix, un peu comme un pays d’adoption. J’y randonne, j’y dessine, j’y crée, j’y suis loin des fâcheries du monde, je m’y laisse vivre à travers des gens que j’aime. Mais tout cela, si vous suivez assidûment mes éditoriaux du temps qui passe sous mes yeux, vous le savez déjà. Il vous suffit de remonter le cours de leurs publications pour trouver mon amour pour ces montagnes d’où dévale cette tumultueuse eau drômoise afin de vous en faire l’opinion.
Voilà donc, pour quelques jours d’une déjà trop courte villégiature Thérèse et moi sommes dioises autant que diois. Et même si le crachin et la grisaille nuageuse peuvent s’inviter, comme dans tout printemps montagneux, il ne resteront pas assez longtemps pour nous gâcher la fête des retrouvailles. En effet, la vie fait que nous ne sommes pas revenu·es dans la cité Voconces depuis près de six mois, un temps bien trop long loin de cette base de nos vies. Il me paraît si lointain le temps où nous passions près du tiers de l’année à y vivre. Il n’empêche que même loin je m’y sens réellement chez moi plus que partout ailleurs où je me sais aussi être chez moi. Des racines y ont pris souche sûrement car j’ai connu ce petit coin de paradis parce que Thérèse y est née et que c’est son port d’attache au sens quasi charnel du terme.
Tout ceci m’amène donc à parler d’elle, de Thérèse Pitte, et de son formidable travail d’artiste. Ce samedi qui arrive, samedi 19 avril 2025, elle présentera un peu de son superbe labeur photographique dans cette contrée vers les sources de la Drôme, à Die plus exactement à l’Entre-pÔt [+], cet espèce de lieu-boutique extraordinaire que l’on aurait trop vite fait de réduire à un bazar commercial et où l’on trouve de tout à partir du moment où cela reste bizarre, singulier et local dans l’ordre ou le désordre. Un lieu tenu par cet autre formidable artiste qu’est François Lagrange, un artiste qui a commencé une belle collection d’art il y a des décennies et qui soutient beaucoup d’artistes en organisant expositions ou festivals. Vous trouverez sûrement pas mal d’infos sur tout cela dans mes anciens billets hebdomadaires en remontant encore leurs flots sur mon site philippepitet.com. Cette semaine François a invité Thérèse à exposer au sein même de son petit Entre-pÔt dans un dispositif fait en carton, monté comme une grosse boîte de transport pour nos sens.
Alors pour mon édito du jour, je vais laisser de côté les turpitudes du monde, elles ne sont pas près de disparaître et j’aurai le temps d’y revenir encore et encore dans les prochaines semaines. Aujourd’hui je ne vous parlerai que d’art et que de celui de Thérèse Pitte. Dont vous aurez compris depuis longtemps qu’elle est ma compagne dans la vie depuis de nombreuses années d’un merveilleux bonheur non feint. C’est d’ailleurs singulier, quasi prophétique, de voir nos deux patronymes être des anagrammes. Mais là n’est pas le sujet, car ce qui est remarquable est bien que Thérèse soit avant tout une géniale photographe. Je ne dit pas cela uniquement parce que je l’aime, mais bien avec une réelle objectivité que je puise dans ma pratique propre. Alors évidemment, si nous avons décidé de faire coïncider nos vies de deux artistes c’est à coup sûr parce que nos pratiques, nos aspirations et nos travaux artistiques sont compatibles autant que complémentaires, cela va de soi. C’est d’ailleurs ce qui, je pense, me permet de revendiquer la légitimité de faire un court panégyrique de son art ici même.
Et donc dans cette exposition intitulée « La boîte à nuages », Thérèse montrera une partie de son travail sur un de ses sujets au long cours que sont les formations nébuleuses au-dessus de nos têtes ou qui s’accrochent sur les sommets de ses montagnes chéries.
Comme elle aime s’attarder, sur les flancs de ces dites montagnes, à butiner les plantes qui nous guérissent, elle aime cueillir les images. Qu’importe le support, qu’il soit sur une pellicule argentique si longtemps privilégié, ou des supports numériques sans fioritures. Elle s’attarde avec bonheur à cadrer le clair obscur de la blancheur neigeuse aux volutes du ciel, tout comme elle capte avec force les entrefilets de la vie courante. À travers ses photos, elle pose son regard sur l’infiniment précis d’une situation parfois confuse, sans autre délimitation, sans autre retouche que son cadrage et son travail de laboratoire qui ne fait intervenir que le recadrage sans fioritures techniques, toujours dans une joie irrépressible comme la lumière d’un sourire. Thérèse est simplement brillante autant qu’humaine son art est à son image. Ses nuages ont la douceur d’une ouate qui pansent la douleur d’un monde et pensent notre rapport à ce même monde. Les photos de Thérèse Pitte se parent d’atours graphiques dans lesquels je sens, de l’intérieur, mon regards se perdre avec gourmandise dans une profusion d’abstractions. Elles sont simplement parfaites !
Mais au-delà des rendus qui me paraissent toujours enchanteurs, surtout quand il s’agit de ses volutes nuageuses, le travail de Thérèse Pitte est un vrai travail de plasticienne dans le sens où il suit un processus de recherche précis, autour justement du cadrage, du recadrage et de l’intention. Que le processus soit argentique ou qu’il soit numérique, peu importe, ce travail ne nous montre pas un simple rendu esthétique, mais tout cheminement acharné qui fait qu’une œuvre devient singulière. Les nuages que Thérèse montre, ou plutôt montrera à partir de samedi prochain 19 avril 2025, dans sa boîte à nuages à l’Entre-pÔt de Die, ne sont plus de simples nuages captés à travers l’objectif d’un appareil photographique ou d’une caméra, mais un véritable nuancier d’une ode à la vie, un nuancier qui nous révèle la fragilité d’un monde que les sapiens s’acharnent à détruire dans leur stupidité crasse. Heureusement que le regard puis le travail d’artistes comme Thérèse nous ramènent à la véritable valeur de notre courte existence. Comme je l’ai déjà dit et cité dans ces Chroniques du lundi je m’en remet à une célèbre phrase de Robert Filiou [+], qui résonne plus que jamais dans le travail de Thérèse : « l’art c’est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art » !
Voilà, je termine ici ma chronique d’aujourd’hui, car ainsi que l’avait écrit le poète de la Rome antique Quintus Horatius Flaccus, Horace en français, dans une locution devenue classique : « Carpe diem, quam minimum credula postero »… « Cueille le jour sans te soucier du lendemain », où plutôt littéralement : « Cueille le jour, étant la moins crédule possible en ce qui concerne l’avenir ». Je cueille donc ce jour et vous laisse à vos occupations, quand à moi je vais prendre la route pour celles que j’aime tant, en premier lieu la contemplation du Glandasse ou de Justin, à travers le clocher d’une cathédrale posée sur une Place de la République ! Ceci dit il me vaudra bien trouver un endroit pour enregistrer, monter et produire cette Chronique du 14 avril 2025 afin de pouvoir la diffuser sur la Radio FMR [+]. Si vous m’écoutez, c’est bien que j’y serais arrivé.
Avant de partir si vous êtes sur le texte de cette chronique dans mon site web philippepitet.com (toujours des « si » !), je vous quitte en compagnie d’une image extraite d’un de mes boulots vidéo, lui aussi au long cours et donc toujours en cours, qui explore les confins de nos représentations du monde sauvage, et dont j’ai réalisé une partie avec ma chère et tendre Thérèse Pitte. Je pars comme les nuages s’enfuient sous la puissance du vent. C’est peut-être aussi pour cela que j’ai bien aimé citer Aki Kaurismäki [+] en titre de cette présente chronique. Bonne semaine, à lundi prochain. Addisiatz amigas e amics !

Audio diffusé la semaine du 14 avril 2025 sur les ondes de Radio FMR -Toulouse :
La suite la semaine prochaine pour une nouvelle « Chronique du lundi »…
PhP

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