09.02.2026 – Chronique du lundi
9 février 2026 § Poster un commentaire
Que d’eau, que d’eau !
Chères et chers ami·es, au moment de mon continuum espace-temps dans lequel je compose les premiers mots de cette nouvelle Chronique du lundi, nous voilà donc déjà en cette aube du deuxième lundi de ce mois de février 2026…
Alors, que vous me lisiez sur le blog de mon site web philippepitet.com, ou que vous m’écoutiez sur les ondes de ma très chère Radio FMR [+] de Toulouse, c’est à travers la noirceur dans laquelle je suis plongé ce matin juste avant l’aurore, que se situent ces mots dans le temps et dans l’espace. Un temps qui est à l’instant précis de l’écriture de cette phrase le 9 février 2026, 6h38 CET, et c’est donc depuis cette date et heure précise que je vous souhaite bienvenue dans cette Chronique du lundi 9 février 2026 !
Après un weekend où j’ai très peu dormi, j’ai fait la prouesse de commencer cet éditorial du temps qui passe sous mes yeux assez tôt afin d’espérer finir sa rédaction vers 11h maximum, toujours dans ce même continuum espace temps dont je vous narrais la position il y a quelques phrases. Et donc vous aurez compris que les minutes et les heures se sont déjà égrenées depuis peu, depuis le début de la rédaction de ce billet du jour jusqu’à ce présent mot. Tout cela est aussi embrouillé que mon cerveau est embrumé ! Ces minutes qui s’écoulent doivent aussi se traduire dans la restitution de ces dits mots, que ce soit dans votre lecture, tout comme dans votre écoute radiophonique. Où dans ce dernier cas je me suis fixé de ne point dépasser les 6 minutes toutes mouillées (enfin, là aussi je l’espère !). Alors trêve de digression, il serait temps de rentrer dans le vif du sujet, après cette très brouillonne introduction…
Hier dimanche c’était le 105e anniversaire de la mort de Pierre Kropotkine [+], scientifique russe, géographe, anthropologue et sociologue à cheval sur la fin du XIXe et le début XXe siècle , mais surtout immense théoricien de l’anarchisme et du communisme libertaire. Et hier, aussi, en fin d’après-midi, au volant d’une voiture qui nous ramenait de la montagne, en compagnie de ma chère et tendre Thérèse [+], ainsi que d’un très cher ami, mes pensées vagabondes m’ont amené sur les rives libertaires et je me suis dit à quel point la lecture des ouvrages de Kropotkine, comme : « La conquête du pain » [+], ou « L’entraide, un facteur de l’évolution » [+], ont marqué mon attachement aux théories libertaires. Au même titre que les ouvrages d’Élisée Reclus [+], un autre géographe anarchiste, dont « Histoire d’un ruisseau » [+] guida longtemps mon travail plastique de « Cartographie sensible de l’eau ». Mais il y a toutes et tous ces théoricien·nes de l’anarchie qui ont ouvert la voie de mes pensées avec des ouvrages comme Emma Goldman [+] et son essai intitulé : « Le patriotisme, une menace contre la liberté » [+], que j’avais dévoré bien jeune, ou encore Louise Michel [+] avec « La Commune »[+]. La liste pourrait être bien longue et roborative, je ne vais pas m’étaler comme de la confiture, mais je ne sais pas pourquoi j’avais envie de vous narrer mes convictions libertaires ce matin, peut-être à cause de ce grand cirque politique qui affiche sans complexe ses penchants autoritaires et extrême-droitistes sur nos écrans quotidiens. Oui c’est vrai j’avais envie aujourd’hui de parler d’anarchisme et de pensée libertaire. À ne pas confondre évidemment avec les affreuses théories libertariennes aujourd’hui portées par les parangon d’un capitalisme que sont les géants de la tech mondiale.
Et en ce qui concerne l’anarchie et le socialisme ou le communisme libertaire, à la lecture de quelques articles récents et donc à la réflexion du moment, dans ce monde qui brûle tout autant qu’il ne s’abîme dans les tempêtes, il se pourrait que l’anarchisme soit le rempart moral et salutaire qui permet de faire front à tout cet autoritarisme déployé par les blocs bourgeois et les oligarchies de par le monde, ainsi que l’écrit le journaliste Vincent Luchesse [+] sur le média indépendant Reporterre [+] dans un article intitulé : « L’anarchisme, ultime espoir écologiste face à la violence d’état » [+].
Cela dit, même s’il me semble que la pensée libertaire est bien plus compatible avec les réflexions sur l’écologie que la pensée marxiste pure et dure, tout de même un point de vue marxiste sur l’écologie est toujours bon à prendre avec le média très engagé « Positions Revue » [+] dans un article entretien avec Clément Sénéchal [+] intitulé : « Une chose est sûre : l’avenir de l’écologie ne passe pas par l’environnementalisme, mais par la lutte des classes » [+], dont il me semble m’en être déjà fait l’écho il y a quelques mois dans une de mes Chroniques du lundi, mais en ces jours de confusion généralisée il n’y a pas de mal à se répéter !
Tant que j’y suis à parler de marxisme face au monde libertaire, il me fallait parler du distinguo à faire entre ces deux branches de la pensée qui souhaitent l’avènement d’un monde communiste, dont intellectuellement je me sens bien plus proche de l’anarcho-syndicalisme, de l’autogestion et d’un monde sans hiérarchie que de la dictature du prolétariat.
Mais nous avons ce sempiternel argument trotskistes qui consiste à dire que, je cite : « le fait de ne pas vouloir prendre le pouvoir car on est contre tout pouvoir renferme une condamnation de l’anarchisme en tant que doctrine complètement contre-révolutionnaire. Renoncer à la conquête du pouvoir, c’est le laisser volontairement à ceux qui l’ont, aux exploiteurs. Le fond de toute révolution a consisté et consiste à porter une nouvelle classe au pouvoir et à lui donner ainsi toutes possibilités de réaliser son programme. Impossible de faire la guerre sans désirer la victoire ». Argument biaisé, tendancieux, autant que fallacieux qui a entretenu la confusions sur le fait que les mouvements qui portaient l’anarchie comme système de gouvernance du monde n’étaient pas révolutionnaires. Oubliant toute les expériences de communisme révolutionnaire allant de la Commune à la Makhnovchtchina [+] en passant par des expériences d’autogestions [+] heureuses autant que réussies en Espagne dans les années 30 du siècle dernier. Et les expériences révolutionnaires de ce type ont continué à travers le temps jusqu’à nos jours portées par de nouvelles théories anarchistes comme celle du Municipalisme libertaire [+] de Murray Bookchin [+], qui s’est en partie incarné récemment dans l’expérience du Rojava [+]. Comme l’écrivait en son temps Emma Goldman : « Léon Trotsky affirmera certainement que toute critique de son rôle durant la tragédie de Cronstadt ne fait que renforcer et encourager son ennemi mortel : Staline. Mais c’est parce que Trotsky ne peut concevoir que quelqu’un puisse détester le sauvage qui règne au Kremlin et le cruel régime qu’il dirige, tout en refusant d’exonérer Léon Trotsky pour le crime qu’il a commis contre les marins de Cronstadt. À mon avis, aucune différence fondamentale ne sépare les deux protagonistes de ce généreux système dictatorial, à part le fait que Léon Trotsky ne se trouve plus au pouvoir pour en prodiguer les bienfaits, ce qui n’est pas le cas de Staline », c’est un texte qu’Emma Goldman avait écrit en 1938, intitulé : « Trostky proteste beaucoup trop » [+], que vous pourrez retrouver sur la version française du site web de documentation libertaire « Bibliothèque Anarchiste » [+].
Alors qu’il est évident aujourd’hui, que face au capitalisme mortifère qui a entrepris une destruction systémique du monde, nous devons enterrer la hache de guerre quelles que soient les horreurs perpétrées par les marxiste, les trotskystes et autre communistes centralisateur·ices à l’encontre des anarchistes. Pour approfondir le gap qui existe entre ces deux voies révolutionnaire où « les marxistes privilégient les élections et la politique parlementaire, les anarchistes insistent sur la lutte des classes dans la perspective d’une auto-organisation », vous pourrez consulter cet article intitulé : « L’anarchisme contre le marxisme » [+], sur le site zones-subversives.com [+], ou encore comme sur le réseau reddit.com [+] en suivant quelques fils de discussions intitulés : « How is anarchism different from marxism » [+], entre-autres.
Mais voilà je viens de le dire, le capitalisme meurtrier ne vit que des divisions de ses adversaires, le combattre c’est aussi accepter des alliances qui peuvent paraître contre-natures. Tout comme avoir des comportements politiques nouveaux. C’est pour cela que personnellement, sans avoir le sentiment de trahir mes convictions, je me suis inscrit sur les listes électorales à Toulouse et je voterai. Car il est clair que je ne peux pas laisser passer les turpitudes d’un maire sortant affairiste en roue libre qui tracte des saletés [+] essentialisant les populations des quartiers populaires dans une posture raciste et paternaliste dont il a le secret, afin de s’attaquer à l’ennemi tant redouté qu’est la liste « Demain Toulouse » [+] menée par Agathe Roby [+] et François Piquemal [+] de LFI [+]. La France Insoumise qui fait réellement trembler peur le bloc bourgeois, au point de se retrouver sous le feu nourri d’attaques ad nauseam contre ses candidats qui se présentent aux municipales partout en France, à l’image de ce qui est fait à l’encontre de Sébastien Delogu [+] à Marseille, ou encore quand le Ministre de l’intérieur aux accents fascisant, classe ce mouvement politique avec l’étiquette d’extrême-gauche, allant contre des décisions du Conseil d’État qui le classait simplement à gauche, encore une grosse manipulation d’un ministre de l’intérieur qui lui aussi navigue en roue libre et qui mène un combat en faveur de la confusion générale et de l’inversion des valeurs.
Cette droite décomplexée qui endosse les éléments de langage de l’extrême-droite n’en finit pas de nous étouffer part ses outrances, telle cette ancienne adjointe au maire et députée de la Ville rose, responsable locale LR, condamnée [+] pour « recel de dénonciation calomnieuse, violation du secret professionnel et prise illégale d’intérêt », qui nous dit sans sourcilier que si elle avait été de gauche la justice aurait été bien plus clémente [+], le fameux fantasme des juges rouges. On dira cela aux juges qui ont relaxé les policiers qui avait fait usage de faux et fait emprisonner des innocents pendant des années, ici même en France, à lire sur le site d’information autonome « contre-attaque.net » [+] dans un article intitulé : « Affaire Viry-Châtillon : les magistrats organisent l’impunité générale pour les policiers menteurs » [+]. Voilà pourquoi dès l’échelon municipal nous devons organiser la riposte institutionnelle, à travers ces prochaines élections. Même si je n’y crois pas plus que cela à court terme, et que nous devrons mener la guerre culturelle pour arriver à hisser bien plus haut le pavillon des vertus d’une autogestion libertaire du monde, il faut bien un début à tout.
Avant de vous quitter et de clore cette Chronique du lundi 9 février 2026, je voulais juste revenir sur cette polémique qui remet l’action artistique et l’art contemporain dans la saine contestation de l’ordre mondial voulu par le capital, consumériste, extractiviste, nationaliste, belliqueux, et j’en passe. En effet je résume l’affaire pour celles et ceux qui n’en avait pas eu vent : des jeunes étudiants de la Hear (Haute école des arts du Rhin) à Mulhouse en Alsace ont présenté, lors de l’exposition Tranche de Quai 46, le 29 janvier dernier, une performance sous forme de piñata représentant un véhicule de police [+], ce véhicule au fur et à mesure de sa destruction symbolique laissait s’échapper des bouts d’articles à propos des violences policières de par le monde. Évidemment tout ce qui compte de thuriféraires des représentant des forces de l’ordre sont monté·es au créneau dénonçant une geste inadmissible à l’encontre de nos sémillants défenseurs de la tranquillité du capital. Je ne peux être que solidaire de ces étudiant·es dont, en plus, le boulot ne portait pas sur les exactions policières à proprement parler, mais questionnait les violences systémiques à travers le prisme du carnaval et de la fête populaire, et relevait d’une recherche artistique critique. Bref aucun propos, ni geste n’incitait à la haine ou à la violence et aucun individu n’était visé dans cette œuvre. Je vous laisse prendre connaissance de l’affaire à travers le blog du SNÉAD, le Syndicat National des Écoles d’Art et de Design – CGT, à l’adresse sneadcgtblog.wordpress.com [+], dans le communiqué du 31 janvier 2026 intitulé : « Face aux attaques de l’extrême droite visant les étudiantxs de la HEAR, faisons bloc ! ».
Sinon avant de finir la rédaction de ce présent éditorial du temps qui passe sous mes yeux, et de partir l’enregistrer pour qu’il passe sur les ondes et les électrons de la Radio FMR [+] de Toulouse et de vous quitter en attendant la semaine prochaine. Je voulais juste vous relater un chouette projet qui a été mis en œuvre et réalisé du côté de notre si chère ville de Die sur les rives de la Dôme. Une action sonore et plastique intitulée « Récit des eaux et des rives » [+], des récits conçus à partir d’une enquête de terrain menée auprès d’habitants, d’élus, de chercheurs et de professionnels en lien avec l’eau, ces récits sonores ont été réalisés par Caroline Fontana [+], réalisatrice sonore. Je suis heureux de savoir que les projets artistiques autour de l’eau, surtout dans le Diois, commencent à couler à flot, cela fait écho mon travail « Aiga – La cartographie sensible de l’eau », dont je viens de vous parler en début de cette chronique à propos de mes références autour d’Élisée Reclus en particulier, en effet j’ai arpenté pendant des années les cours d’eaux, les torrents, les ruisseau et les rivières autour des sources de la Drôme et dans le Diois pour en composer des dizaines de carnets de dessins qui seront sûrement bientôt visibles dans leur totalité. En ce qui concerne ces « Récits des eaux et des rives », vous pouvez suivre l’ensemble de ces témoignages sur le site labandesonore.fr [+] en cliquant sur l’icône correspondante à ce projet autour de l’eau [+].
Voilà je vous laisse ici avec plus de deux heures de retard sur mon planning, et en parlant de son, en fond si vous m’écoutez à la radio ou sur le web, vous aurez quelques compositions et bruits d’eau créés et liés à mon travail autour de ce sujet. Sinon pour celles et ceux qui me lisent je vous laisse avec une image de ce fameux travail plastique de cartographie sensible de l’eau que j’ai effectué pendant plus de 15 ans. Cela dit vous pouvez m’écouter et aussi me lire. D’ailleurs, je le répète à mes auditrices et auditeurs que vous trouverez tous les liens utiles afin de surfer vers mes sources documentaires. Je vous souhaite une bonne semaine de février et vous dis : a diluns venent, addisiatz amigas e amics !

Audio diffusé la semaine du 09 février 2026 sur les ondes de Radio FMR -Toulouse :
La suite la semaine prochaine pour une nouvelle « Chronique du lundi »…
PhP
