25.03.2024 – Chronique du lundi

25 mars 2024 § Poster un commentaire

Tout doit disparaître !

Chères et chers ami·e·s de mes chroniques hebdomadaires, fidèles ou infidèles, nouvelles, nouveaux comme ancien·ne·s, je vous souhaite bienvenue dans cette chronique du lundi 25 mars 2024, premier billet de ce printemps naissant. Les journées rallongent visiblement à présent et depuis l’équinoxe de la semaine dernière la nuit est plus courte que le jour.

Sur ce moment en suspension, ce matin à l’heure où je pose ces premiers mots, je baigne encore dans la pénombre de la nuit. Au dehors, les rossignols ont entamé une petite chorale timide depuis un moment. Même si la fraicheur de l’aube garde la mémoire du froid et glace encore un peu les os engourdis de sommeil. Le chœur des oiseaux sera à coup sûr interrompu par le bruit des camions poubelles et les premiers départs de moteurs de la ville industrieuse.
J’aime ces fins de nuit où le calme précède la tempête, comme un ultime refuge avant de se plonger dans la folie du monde des hommes et des femmes. Je quitte subrepticement, la chambre où sommeille encore ma chère et tendre Thérèse [+]. Louison notre petite chatte dont je vous narre régulièrement les facéties dans mes chroniques me suit en miaulant gaiement. Pour elle c’est l’heure de jouer, pour moi d’écrire. Je regarde à travers la fenêtre qui se trouve juste au-dessus de mon petit pupitre d’écolier que j’apprécie tant pour ces occupations rédactionnelles.
On aperçoit des ombres sur le chantier du petit immeuble de l’autre côté de la cour. Un immeuble qui grandit d’un étage sans trop d’autorisations nous semble-t-il, étrange affaire immobilière pas très claire ni très propre comme tant d’autres dans cette ville si prompte au clientélisme bien latin.
Mais qu’importe, j’aime ce moment de contemplation. La lumière du jour pointe subrepticement ses photons. Fort heureusement il paraît que le temps doit un peu se gâter en début de cette semaine…

Je m’étonne moi-même de percevoir la fragilité de notre planète qui transpire à travers cette extrême douceur. Une douceur inhabituelle à laquelle nos cerveaux s’habituent bien trop aisément, trop heureuses et heureux que nous sommes d’être à l’abri du froid. Une douceur qui pourtant reste inquiétante et qui règne depuis des semaines voire des mois. Alors que j’observe ce temps qui passe sous mes yeux d’un monde qui concentre son attention sur des guerres et des drames de terreur imbécile, l’hiver qui vient de passer dans l’hémisphère Nord de notre planète Terre a été le plus chaud jamais enregistré [+]. Nous devrions en être terrifié·e·s.
Dans ce que nous promet cet enfer, le territoire européen de la France a a encore battu des records de températures [+]. Ce n’est clairement pas un hiver doux et sympathique qui vient de se terminer, c’est juste la catastrophe climatique qui se joue sous nos yeux. Alors dans ces conditions nous voyons l’éco-anxiété entrer dans nos vies de terrien·ne·s ce terme est même entré dans « Le Robert » en 2023, ainsi que nous le rappelle « Bon Pote » dans ce lien [+]. Mais ce média indépendant qui scrute depuis quelques années le changement climatique évoque la possibilité de remédier à cette éco-anxiété grandissante, vu l’immobilisme des dirigeant·e·s du Monde tout juste bon·ne·s à sauvegarder leurs privilèges ainsi que ceux des oligarchies bourgeoises. Il nous faudrait passer de l’état d’éco-anxieux ou d’éco-anxieuse à celui d’éco-furieuse ou éco-furieux. C’est à dire de passer à l’action, ainsi que l’on fait les militant·e·s « écureuils » de la « Crém’arbre » [+] face au rouleau compresseur des promoteurs de la fameuse A69 entre Toulouse et Castres, pour enfin stopper des mois de mensonges et de délires violents de la part de l’industrie, de l’état et de beaucoup de responsables locaux. C’est une belle victoire à lire ici [+]. On ne peut que féliciter et remercier toutes et tous ces militant·e·s qui se sont battu·e·s au péril de leurs vies.

Depuis quelques semaines vous devez vous rendre compte en me lisant ou parfois m’écoutant, que je n’ai plus tellement l’appétence pour vous donner mon point de vue sur la politique mondiale, nationale ou locale. Tout me désole, que ce soit les faits eux-même évidemment entre guerres et massacres ainsi que je vous le disais en entame de ce billet, mais aussi leur exposition dans les médias dont le Capital tient les bourses.
Alors je ne reviendrai pas plus que ça sur le génocide colonial [+] perpétré à Gaza, ni sur la guerre an Ukraine et le discours guerrier d’un président français en roue libre [+], mais qui cache bien son jeu [+]. Je ne parle même pas d’un attentat opportuniste qui n’aura pas fini de déclencher son lot d’instrumentalisations [+] d’ici et de là, avec son lot d’escroqueries et de contradictions [+] décomplexées. Par-contre il n’y a pas souvent de mots dans nos actualités dirigées pour parler d’une Afrique qui essaye de sortir des griffes occidentales, pour souvent tomber dans d’autres griffes tout autant délétères, comme nous l’explique très justement cette émission « Décrypter l’Afrique » diffusée sur le « Média », ici en lien [+]. Et puis il y a toujours cette volonté bien libérale de détruire à tout pris le lien social en France et en particulier l’Éducation Nationale qui en reste un des piliers fondamentaux, l’état de certains établissement dans certains départements ouvriers et populaires en est la flagrante preuve [+], sauf qu’aujourd’hui le séparatisme bourgeois est totalement décomplexé [+].

Bon, j’arrête là cette liste de turpitudes… Pour la clore, il me faudra tout de même vous dire, mais vous le savez à coup sûr déjà, que la campagne pour les élections européennes est lancée. Il paraît qu’en France les fascistes sont en tête des sondages. Heureusement il ne faut pas trop croire pas aux sondages auto prophétiques ainsi que nous le dit cette vidéo [+] de « Blast », mais tout de même tout ceci est bien symptomatique d’une époque qui tremble de peur [+]. Et puis il y a tous des faux nez à gauche [+] qui ne sont évidemment rien d’autre que les alliés objectifs du bloc bourgeois et de la société capitaliste, financière, consumériste et extractiviste qu’il promeut dans une grande propagande mondialisée. Tristesse de voir tant de gens que j’aime tomber dans ce grossier panneau. Hélas il est impossible de les rendre à la raison, je ne le cherche même plus. Bref, pour ma part, même si je n’ai aucun goût à ces simulacres de démocratie, c’est pour des raisons de dynamique objective que je voterai en faveur de la liste Manon Aubry [+] sans hésiter une seule seconde, point à la ligne !
Peut-être aussi parce qu’ainsi que beaucoup de ses collègues dans son camp, elle met de l’intelligence et de la sincérité dans ses discours et ses leurs actes.

En parlant d’intelligence, à ce moment de ma chronique du jour, je n’oublie pas que le cerveau fut un temps une des bases de mon labeur plastique, même si j’interrogeais plutôt la mémoire. Sauf que j’aimais bien poser la question de la plasticité de cet organe sans lequel notre conscience serait dans le néant. Je reste par ailleurs toujours fasciné par l’étude du cerveau humain y compris à travers son histoire [+]. Sauf que le sujet présent dont je souhaite vous entretenir ne se situe pas dans cette plongée historique, mais bien dans ce qui se passe aujourd’hui. En effet il y a peu je me posais la question de ce qui était caché derrière le fameux diagnostic « HPI » [+]. Un diagnostic qui semblerait être au service de la domination de classe et qui cache à peine une instrumentalisation au bénéfice des idéologies basiques du séparatisme bourgeois dont je vous narrais les méfaits il y a quelques mots. Du coup en me documentant sur ce fameux concept de haut potentiel intellectuel, je suis arrivé sur cette vidéo du jeune « Youtubeur » Gregoire Simpson, qui à mon avis donne une très claire explication de la chose, entre analyse documentée et expérience personnelle. Une vidéo dont vous pourrez prendre connaissance en suivant ce lien [+]. Comme quoi en cherchant on peut trouver de bon truc sur ces sites aux mains des GAFAM.

Sinon à naviguer sur cette fameuse plateforme de diffusion vidéographique, qui pollue le monde plus qu’à son tour, je vous conseille de visionner cet échange ici en lien [+] entre François Bégaudeau [+] et Nicolas Framont [+], pour la sortie du numéro annuel de l’excellente revue Frustration Magazine [+]. Une chouette rencontre de deux (réellement !) brillants intellectuels. Un dialogue qui même long est à voir avec délectation tant ils nous permet de resituer clairement la bourgeoisie et le monde capitaliste que cette dernière porte à bout de bras pour le pire de l’humanité.

Dans ce dialogue dont je viens de vous narrer l’intérêt il est question de bourgeoisie et des différentes catégories au sein de cette dernière. Dans ces catégories bourgeoises il y en a une dont il est un peu question et qui est la fameuse petite bourgeoisie de province. Ce qui m’a fait penser à celle qui tient le haut du pavé à Toulouse, dont la fortune tient souvent sa source dans l’immobilier. Des événements récents réchauffent ce sujet, ainsi alors que la spéculation immobilière bat son plein à dans la Ville rose des bâtisses s’effondrent, un peu à la manière d’un château de carte. Peut-être l’entretien nécessaire à la bonne vie de ces bâtiments vieux parfois de plusieurs siècles n’est-elle pas réellement à la hauteur des enjeux de salubrité publique [+], car ainsi est la loi du profit érigée en quasi religion par le capitalisme.
Que ce soit dans les très vieux quartiers du centre-ville à deux pas de la place du Capitole [+], où certains immeubles dates du XIIe siècle [+], ou encore rive-gauche du côté de la Patte d’Oie, rue des Braves [+], à l’ombre de ce nouveau quartier extrêmement moderne construit autour des Halles de la Cartoucherie [+].

Ce mur qui s’effondre dans la rue des Braves me fait remonter à la mémoire cet ancien atelier d’artistes qui s’y trouvait. C’était un temps l’atelier entre autres de deux très chers et regrettés amis peintres-plasticiens dont l’un venait du Nord, de Picardie, l’autre du grand Sud européen, du Ribatejo plus exactement, aujourd’hui l’un et l’autre décédés dans la force de l’âge et dont il faudrait parfois raviver la mémoire, histoire de montrer qu’il y a toujours eu une histoire de l’art à Toulouse. Nous avions posés nos pots de peintures et nos pinceaux quelques jours au tournant des années 80 et 90 avec mes complices de la « BAO Comix Group » [+] pour y peintre une toile monumentale, dont je ne me souviens plus vraiment le sujet. Tout s’effondre y compris ma mémoire !

Les murs de la capitale occitane s’effacent un peu comme disparaît Mix’Art Myrys [+] cet acteur majeur de l’histoire des arts dans la Cité Mondine en question, une histoire pas si rose tout de même et c’est avec tristesse que l’on voit cette formidable expérience autogérée vieille de plusieurs décennies succomber sans aucune autre forme de procès sous la pression aussi violente qu’insensée d’édiles locaux bien en phase avec la bourgeoisie boursoufflée et provinciale que ces derniers représentent. Une grande et dernière fête [+] aura lieu dans un magnifique baroud d’honneur dimanche prochain 31 mars, un jour de Pâques. Alors peut-être est-ce un présage pour qu’un jour le phœnix renaisse de ses cendres ? Sait-on jamais ?

Fort heureusement l’art continue à écrire son histoire à Toulouse malgré les bâtons qui lui sont mis dans ses roues par un environnement général bien trop timoré voire hostile pour lui permettre de vivre une vie normale. Et fort heureusement aussi des aventures se créent et naissent parce que l’énergie et le terreau artistique y existent et persistent. C’est ainsi que nous avons vu la naissance d’un nouvel espace de travail créé par de jeunes artistes, en plein milieu du quartier Bonnefoy. Bonnefoy qui reste un cœur battant toulousain des arts plastiques et visuel. Cet atelier s’appelle l’Atelier Gravière, il reste niché dans un recoin de la rue Béteille caché par les travaux de la nouvelle ligne de métro qui traverse le quartier. Nous y avons vu une très belle exposition collective intitulée « Sentier » [+] il y a quelques jours. Et j’aurai à coup sûr l’occasion réjouissante de vous reparler prochainement de ce nouveau lieu d’artistes.

Sur ces dernière notes entre désespoir et espoir je vais bientôt vous quitter, j’ai beaucoup parlé de Toulouse et peu d’autres endroits de ma vie, en particulier de ce cher Pays Diois aux limites des terres d’Oc qui donna une des grandes poétesse de notre culture occitane au XIIe siècle Beatriz de Dia [+]. Mais juste pour dire à toutes et tous mes ami·e·s qui seront cette semaine dans les parages de cette merveilleuse petite ville de Die, que l’archéologue Elsa Roux [+] – spécialiste en architecture et décors en marbre antique – donnera une conférence gratuite intitulée « Lever le mystère pierre par pierre » le 27 mars 2024, 18h30 dans la salle des mariages de la mairie de Die à propos de ses récentes fouilles à Luc-en-Diois. Une conférence organisée par le très beau et attachant Musée de Die et du Diois [+].

Et puis je reviens sur les rives de la Garonne, plutôt d’ailleurs sur les bords du Canal du Midi et encore à Bonnefoy (décidément !), pour vous dire aussi que le 28 mars à Toulouse aura lieu le vernissage de l’exposition « Avant la Fame » [+], une exposition des étudiants de 4e et 5e années de l’isdaT [+] du module volume / installation, accompagnés des artistes enseignants Éléonore False [+] et Serge Provost [+], chez les ami·e·s de Lieu-Commun, Artist Run Space [+].

Pour finir à vous annoncer des événements chouettes entre Canal du Midi et Garonne, à l’Annexe 46 [+] – un café-restaurant culturel du quartier des Sept Deniers de la capitale occitane – samedi soir prochain 30 mars 2024, vous pourrez y retrouver la formidable Julie Pichavant [+] avec qui j’ai eu le plaisir de travailler un temps à travers sa Zart-Compagnie [+]. Julie y présentera ce que j’appelle un « objet scénique performatif », forme qu’elle maitrise plus qu’à la perfection. Samedi ce sera son formidable « Syndrome Marylin » [+], n’hésitez pas à vous y propulser. Il faut réserver d’après ce que je sais.

Après ces informations à propos de patrimoine et d’art contemporain, qui des fois se croisent et s’entrecroisent, et à me remémorer la Zart-Compagnie [+], je vous laisse pour aujourd’hui. Je vous quitte en compagnie de la photo d’une de mes installations. Une installation composée d’une échelle métallique ornée de dessins à l’encre de Chine, intitulée « Eisenstein On The Road » (« Эйзенштейн в дороге ») et créée en 2018. Pour info cette installation reste disponible à la vente… Je dis ça je dis rien, mais n’hésitez pas à me contacter si affinité !
Sur cette belle et assumée auto-promotion commerciale mais autant nécessaire que sincère, je vous souhaite une belle semaine de printemps et vous donne rendez-vous dès lundi prochain. Addisiatz !

Photo de l'installation "Einsenstein On The Road", de Philippe Pitet - artiste plasticien - dans le cadre de la soirée "Sers moi dans une coupe cassée" du 18 janvier 2018 au Ring à Toulouse avec Zart Compagnie
Installation « Eisenstein On The Road » – 18 janvier 2018 (Le Ring – Toulouse, avec Zart Compagnie)

La suite la semaine prochaine pour une nouvelle « Chronique du lundi »…

PhP

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