11.11.2024 – Chronique du lundi

11 novembre 2024 § Poster un commentaire

Der Tag, an den Lärm der Stiefel klapperten

Lundi 11 novembre 2024, il est pas loin de 5h du matin, heure à laquelle j’entame la rédaction de ce nouvel épisode de mes chroniques hebdomadaires qui vous narre le temps qui passe sous mes yeux. Je vous y souhaite une bienvenue fraternelle avec toute la douceur bienveillante que je peux déployer malgré toute les incroyables turpitudes qui secouent notre monde et dont on entend au loin le bruit de ces bottes qui me désespère.

Après quelques périples entre Drôme et Tarn, me voici de retour dans mon douillet foyer au cœur de la capitale occitane. Au dehors la ville sommeille en ce jour férié. Un jour férié en France pour commémorer la fin d’une insensée boucherie qui se déroula pendant quatre ans au début du siècle dernier. Comme dans d’innombrables familles européennes, quelques-uns de mes ancêtres y tombèrent fauchés en pleine force de l’âge, dont cet arrière grand-père qui trouva la mort dans le détroit des Dardanelles. La folie des humain·es ne date pas d’aujourd’hui.

Ma chère et tendre Thérèse [+] dort paisiblement à mes côtés alors que je rédige les lignes de cette chronique présente dans la pénombre d’une fin de nuit aux relents quasi tropicaux, même si on sent la fraicheur poindre au tournant. Nous somme en plein cœur d’un automne qui pourtant a tant de mal à naitre. Il devra céder sa place à l’hiver que peut-être n’aura-t-il jamais vécu. Nous assistons clairement à un déréglement [+] important de nos saisonnalités climatiques. La majorité de nos congénères préfèrent ne pas le voir s’abîmant dans les paradis artificiels d’un déni abyssal. On sait bien que seul·es les riches et les puissant·es de ce monde s’en sortiront encore un temps, puis finiront par disparaître après avoir saccagé la planète, n’ayant plus rien pour nourrir l’appétit insatiable du capitalisme. Une incroyable stupidité générale règne sur la Terre comme dans les ondes promues par les enfants gâtés de notre espèce. Ce qui n’est après tout que le résultat de la cause et de l’effet. C’est assez pitoyable il faut l’avouer. Mon optimisme, fort mis à l’épreuve ces derniers temps, me fait vous dire encore et encore que rien n’est perdu, jusqu’à quand ?

Hélas un faux blond peroxydé [+], au menton fuyant qui se prend pourtant pour celui d’un nouveau Mussolini, a repris durement la main de la 1re puissance mondiale… Drill baby, drill !
Mais qu’avait-il face à lui ? Une fade opposition qui ne remet jamais en question les fondements de nos sociétés inégalitaires et écocidaires. Qui ne remet jamais en question l’exploitation des masses laborieuses par le capitalisme prédateur, pour reprendre les termes que l’on avait le droit d’exprimer librement il fut un temps sans être traité immédiatement de « wokiste » à tendance « islmogauchistes » ou vice-versa. Qui ne remet jamais en question le capitalisme extractiviste et consumériste.
Une fade opposition toujours dirigée par celles et ceux qui voudraient que l’on s’accommode coûte que coûte d’une gouvernance où l’accumulation des richesses pécuniaires règne en maitresse. Évidemment on le sait à présent cette opposition, qui tout compte fait n’en est pas, reste le fameux « idiot utile » des blocs bourgeois de par le monde.

Je dis « blocs bourgeois » au pluriel car ils sont partout autour de la planète, seules les différences culturelles, les langues et les pratiques religieuses peuvent les distinguer, mais les ressorts de leur dominations restent identiques où qu’ils se trouvent. Les différences expliquent parfois leurs oppositions voire leurs affrontements, comme cela se passa lors de la boucherie de 14-18. Et comme cela se passe sur l’actuel front de l’Est où deux oligarchies, celle de la Russie et celle de l’Occident, s’affrontent éhontément en jouant la vie de dizaines, voire de centaines, de milliers de malheureuses et malheureux. Ce que l’on voudrait nous faire passer pour des questions de géopolitiques extrêmement sérieuses au profondes racines culturo-ethniques sont uniquement des conflits qui permettent d’équilibrer les forces du capital globalisé au profit des bourses les plus remplies.
En d’autres termes quand le commerce et le marché n’y peut plus rien, que l’on ne peut plus vendre ou acheter à son prix, que l’on ne peut plus exploiter, on fait parler la poudre et le lumpenprolétariat devient de la chair à canon. Facile de l’envoyer au front quand la propagande de masse l’a abruti et lui a inculqué que l’autre, celui ou celle qui n’est pas comme elle ou lui est son ennemi·e. C’est bon pour la Russie, mais c’est aussi bon pour cet Occident qui se targue d’être démocratique. Balayer devant sa port ne ferait pas de mal à celles et ceux qui se prétendent en démocratie. Le capital occidental triomphant ne cache plus son appétence à développer ce processus mortifère. L’élection du candidat fascisant à la tête des USA a fait bondir la richesse [+] des 10 plus grosses fortunes mondiales. Les défaites successives d’un président de la République Française n’a rien modifié dans les orientations politiques de son pays.

En ce 11 novembre il est évident que, dans un élan de nationalisme exacerbé, ce que l’on a appelé : la Grande Guerre, est le parfait exemple de ces saloperies fomentées [+] par le bloc bourgeois afin de se gaver encore et encore. Il me semble que j’en ai déjà parlé dans un de mes lointains et précédents billet, mais j’aime répéter que cette guerre n’était ni plus ni moins qu’une guerre entre le bloc bourgeois atlantique ancré en France, au Royaume-Unis et aux USA, qui se gavait déjà à travers un pillage colonial éhontée, et un bloc bourgeois germanique ancré dans l’Europe centrale qui avait besoin de débouchés à sa puissante industrie.
La guerre fut la meilleure aubaine pour faire taire un mouvement ouvrier socialiste, au contour anarcho-syndicaliste, internationaliste et solidaire qui visait à remplacer le modèle capitaliste par un monde meilleur et qui prenait une ampleur semblant irrésistible. Jean Jaurès [+] dans les derniers mois de sa vie faillit renverser la vapeur et faire capoter le plan des promoteurs de ce conflit armé en montant une riposte ouvrière et solidaire des deux côtés du Rhin. Il fut assassiné et la guerre pu déployer sans réserve ses odieuses horreurs. Même si l’arrêt des combats sur son front de l’Ouest fut signifié le 11 novembre 1918, cette guerre prolongera ses tentacules les décennies suivantes jusqu’à engendrer l’horreur innommable que fut le nazisme. Il est vrai que l’histoire ne se répète pas à l’identique, mais il serait totalement débile de ne pas y puiser des leçons pour notre vie présente et le futur de nos enfants.

Hélas et encore hélas dans un contexte qui nous dépasse où tout ce déréglement climatique dont je vous entretenais en début de la présente chronique finit par rendre épiphénoménaux les exactions des Sapiens contre elles et eux mêmes, les affres de la politique du plus fort ne sont rien et finiront par être caduques fautes de combattant·es. Mais tout de même qui relève dans la presse du capital que les citoyennes et citoyens de Valence, 3e ville d’Espagne meurtrie par une catastrophe dite naturelle mais générée par l’humain·e, commencent à se révolter [+] contre le gouvernement de droite et d’extrême-droite au pouvoir à la solde des intérêts du bloc bourgeois dans cette autonomie de la Péninsule ibérique ? Intérêts qui ont précipités cette catastrophe il y a moins de trois semaines et dont la bêtise crasse de l’idéologie fascisante a fini par provoquer la mort de centaines de personnes. En effet après son élection il y a un an, le premier acte de ce gouvernement local issu de la droite catholique le PPE alliée au parti de l’extrême-droite Vox, un gouvernement qui en Espagne a infiniment plus de pouvoir qu’un conseil régional français, a été de supprimer l’instance de surveillance et de secours [+] « l’Unité de Réponse aux Urgences de Valence » qui aurait permis de prévenir au mieux la catastrophe.

Dans le registre de la fascisation imbécile du monde opérant jusque dans des esprits qui auraient dû en être totalement exempts, c’est avec une infinie tristesse que j’ai vu passer ce dramatique chant d’avant match des supporters d’extrême-droite, masculinistes et racistes du Macabi Tel-Aviv contre l’autre club de football de cette même ville au tendances plutôt à gauche : « Vous êtes les putes des arabes. Nous vous baiserons. Nous boirons votre sang. Sur la place de la ville. Nous boirons votre sang sur la place de la ville. Nous pendrons tous les communistes qui viennent. Nous prendrons vos filles qui aiment faire la fête. Quand nous les violerons, nous crierons : aujourd’hui c’est la mort d’Hapoel ! », Hapoel étant le nom de cet autre club de football.
Ces fameux supporter que la presse française totalement imbécile [+] vient d’ériger en martyres après des échauffourées qu’ils avaient eux-mêmes provoqués à Amsterdam lors d’un match international. Se faisant passer pour des victimes de l’antisémitisme, ils avaient en fait méchamment agressé et tabassé des supporter de l’équipe adverse, arraché des drapeaux palestiniens sur des façades de particuliers agressant les citoyens locaux, chantant des chants clairement racistes, génocidaires, homophobes et tout ce qui va avec [+]. Lors du match ils ont sifflé bruyamment tout le long de la minute de silence en hommage aux victimes des inondations en Espagne. Des gens sans foi ni loi [+] qui crachent à la gueule du monde se faisant passer pour des victimes alors que ce ne sont que des gros salauds qui, tout compte fait, ne font que renforcer l’antisémitisme.

Je crois que tout ceci reflète bien l’incroyable quintessence de la stupidité humaine dans un seul groupe humain. Un groupe au sein duquel on peut voir converger le manque crasse de culture et la fierté d’être con. Je vous narre cette affaire car son traitement médiatique est extrêmement problématique. Au prétexte d’avoir affaire à des supporters israéliens impliqués dans de violentes rixes sur le sol européen personne dans les médias que l’on nomme « mainstream » ne s’est posé la question légitime des faits rien que des faits. La journaliste Camille Stineau [+], elle, est revenue sur cette histoire et a bien décrit le processus biaisé autant que délétère en œuvre dans la presse française de plus en plus partiale. Si vous cherchez bien vous pourrez lire son analyse pertinente de l’affaire en retrouvant le post du média indépendant et militant « Cerveau Non Disponible » [+] sur Instagram qui relate cette analyse. Dans le cas peut-être probable où vous ne parvenez pas à trouver cette publication sur ce réseau social de l’image instantanée, il vous suffira, à moins que vous n’y soyez déjà, de vous rendre sur le texte de ce présent billet dans mon site philippepitet.com pour en trouver le lien.

La semaine qui vient de passer a vu la disparition de l’artiste Daniel Spoerri [+], autre source de tristesse que de voir la disparition d’un artiste. Surtout d’un artiste aussi prolixe et dont le travail fut si important dans l’histoire récente de l’art. Dire que j’ai bien aimé l’œuvre d’un des fondateurs du « Nouveau Réalisme » serait un euphémisme. Son labeur fut tellement immense, même s’il est trop souvent réduit à quelques miettes des restes d’un repas figé sur une table. Il est difficile de le résumer en quelques mots. Mais ce qui est sûr c’est bien la profusion incroyable de son boulot et les profondes interrogations qui ont accompagné ce labeur pendant toutes les décennies où il pratiqua son art. Dans cette durée Spoerri nous démontre que le travail des artistes, qui sont des auteur·rices avant tout, se construit sur la somme d’une multitude de productions, qu’elles soient matérielles comme intellectuelles, dans le long terme. Ce n’est pas du spectacle, ni de l’événementiel, c’est en cela que les formes de l’art contemporain ont du mal à rentrer dans les canons de la doxa actuelle des industries du divertissement et c’est tant mieux autant qu’heureux.

Sur ces derniers mots je vais vous laisser. Il va me falloir passer voir les studios de ma chère Radio FMR [+] qui viennent d’être inondés par un retour d’égout peu ragoûtant. Fort heureusement une petite équipe aussi courageuse qu’efficace a pu faire face à cet épisode cocasse mais dramatique pour les équipements électroniques de la station. Peut-être devrais-je enregistrer tout ce que je viens d’écrire avec quelques moyens du bord dont j’ai après tout l’habitude.

En attendant si vous m’écoutez c’est que j’aurais réussi à le faire, pour les autres qui me lisez sur mon site phillppepitet.com, vous savez déjà que je vous quitte toujours avec une attention visuelle, celle de ce jour est issue d’un de mes vieux boulots retrouvé dans des cartons de la vieille maison de famille tarnaise la semaine dernière, de la peinture au pochoir sur papier tout en sobriété typographique intitulé « La Force Du Noir », qui me semble fort à propos pour clore cette Chronique du lundi 11 novembre 2024.

Et c’est ainsi que je vous donne rendez-vous lundi prochain en espérant reveire pas jamai lo jorn ont s’a ausit lo bruch de las bòtas, addisiatz amigas e amics !

Photo d'un travail au pochoir de l'artiste plasticien Philippe Pitet "La Force Du Noir". Peinture sur papier - 1984
« La Force Du Noir »
Peinture au pochoir sur papier // Cut-out stencil technique on paper // 24×30 cm – 1984

Audio diffusé la semaine du 11 novembre 2024 sur les ondes de Radio FMR -Toulouse :


La suite la semaine prochaine pour une nouvelle « Chronique du lundi »…

PhP

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