03.03.2025 – Chronique du lundi

3 mars 2025 § Poster un commentaire

Se regarder enfin collectivement en face

Ce matin je me suis réveillé dans un joyeux tintamarre naturel. Au dehors merles et rossignols se donnant à cœur joie dans une symphonie printanière délurée. Louison la petite chatte de notre foyer m’a réveillé surexcitée à l’idée de sortir rejoindre cette exubérance. Ce chat sait s’exprimer en miaulements assez éloquents qu’il a bien fallu que je lui ouvre la fenêtre du balcon. Et c’est ainsi que je me suis mis à la rédaction de cette présente Chronique du lundi 3 mars 2025. Le jour naissant augure d’un lundi au soleil, comme le chantait un chanteur de variété français dans les années 70, avant de mourir électrocuté dans son bain. Pourquoi donc est-ce que je pense à cela ? Je n’ai jamais aimé la variété française, ni même aimé danser sur ces airs d’une musique emplie de ces intenses vacuités décérébrées. Je dirais que c’est plutôt à cause du soleil qui pointe ses rayons ce matin que je commence ainsi le billet de ce jour, et que je vais bien finir par vous y souhaite la bienvenue. Bienvenue donc à toutes mes chères auditrices et lectrices comme à mes chers lecteurs et auditeurs.

Un éditorial du temps qui passe sous mes yeux et qui sera bien écorné et raccourci vu que je dois me consacrer à quelques activités extrêmement prenantes de gestion de ma très chère Radio FMR [+], celle-là même sur laquelle vous écoutez ces quelques mots. Ce qui est bien cocasse, car voici maintenant plus de 10 ans que j’avais laissé la direction des opérations à d’autres. À l’époque je m’étais dit, avec d’autres vieux croûton·es, qu’il était temps de céder la place à la jeunesse. Et puis pour ma part je finissais par passer plus de temps à parler du boulot des autres que de pratiquer mon taf d’artiste visuel, en produisant moult magazines sur l’art et en supervisant de nombreuses opérations ayant ce dernier pour sujet et même pour objet !
De fait, dans la tête de mes congénères j’étais devenu au fil du temps un producteur, réalisateur ou animateur radio, un critique d’art, un journaliste et souvent bien pire : un technicien du son. J’ai lâché cette rampe étouffante voilà une décennie et suis revenu dans mon atelier afin de me consacrer à mon vrai labeur. Hélas la jeunesse a eu tôt fait de venir me rechercher pour gérer cette radio dont ils n’avaient pas vraiment réussi à maîtriser les arcanes complexes de sa timonerie et donc la direction. Ainsi nous voilà, avec quelques autres vieilles et vieux croûton·es, à relancer la sauce depuis plusieurs saisons, dans le but ultime d’y remettre du sang neuf et durable. Mais en attendant ce monde meilleur, j’ai le nez dans les dossiers entre financements de la radio et gestion des diffusions de ses programmes. C’est aussi et sûrement pourquoi dans une espèce de contre-partie mentale je produis ces Chroniques du lundi, conçues dès le début comme un objet radiophonique, même si elles ne l’ont pas toujours été. Vous pourrez trouver tous les textes et aussi quelques enregistrements de ces chroniques depuis la première du 19 octobre 2020 sur mon site philippepitet.com. Un peu d’autopromotion, ça fait toujours du bien !

Maintenant qu’ont été jetées en pâture à mon public ces balbuties qui n’ont aucun réel intérêt mais qui font du bien à mon égo, je vais continuer à rédiger ces mots après m’être bien amusé avec Louison et avoir préparé le petit déjeuner de la famille à l’aube de cette journée de retour au travail. Les enfants ont pris le chemin du collège et du lycée, ma chère et tendre Thérèse [+] prépare sa journée de travail qu’elle exécutera à la maison mais qui n’en restera pas moins intense. Me voilà à nouveau au cœur de ces lignes. Je sais que je devrais rapidement partir moi aussi vaquer aux obligations dont je vous exposais les raisons il y a quelques mots. Malgré la difficulté du handicap occasioné par un genou gauche dont le ménisque se fait la malle… Petit souvenir d’une jeunesse traumatique durant laquelle je suis souvent passé à travers les gouttes mortelles de mes turbulences !

Aujourd’hui, je suis calmé depuis bien longtemps, même si bout en moi quelques colères irrépressibles face aux turpitudes du monde et à la stupidité insondable des humain·es. Autant vous dire que malgré ce beau soleil qui illumine plus qu’il ne faudrait ces journées d’hiver sur les bords de Garonne depuis des semaines, le temps n’est pas vraiment au beau dans ma tête, même si ma vie privée m’emplit de bonheur. Et je sais que je ne suis pas seul. Les pensées de mes congénères européennes autant qu’européens s’emplissent de ces nuages. Je regarde les nouvelles dans l’actualité, elles ne chantent pas l’air de la joie. La dépression gagne les esprits qui voient arriver à grand pas de lourds orages dans le ciel de notre histoire commune. Mais évidemment, les causes du drame ne seront jamais évoquées clairement. Et dans l’incroyable, mais prévisible retournement de situation en Ukraine – avec un président des États-Unis d’Amérique aux propensions dictatoriales, si proche d’un président déjà dictateur de la Fédération de Russie -, nous allons toujours trouver des raisons liés à des sentiments nationaux et des fiertés patriotiques, alors que le fond du problème reste et restera toujours la prédation capitaliste qui manipule tout à son profit.

J’entendais hier une émission sur France Culture aux doctes paroles à propos de relations internationales. Et là je me suis aperçu à quel point tous ces analystes noyaient le poisson en n’éclairant le monde qu’à partir du point de vue du pouvoir des nations, alors que la réalité est juste un jeu de connivences et de compétitions entre oligarchies au niveau mondial. Comme à l’habitude : la fabrique des romans nationaux bat son plein afin de masquer la réalité d’un bloc bourgeois qui partout s’empiffre sur le dos du lumpenprolétariat. Le monde vit dans une aberration générale quand les décisionnaires s’attaquent aux symptômes plutôt qu’aux racines du mal, jusqu’au moment où les coutures craqueront de toutes part. Mais j’ai l’impression que nous en encore sommes loin. Il y a fort à parier qu’un nouveau sentiment européen va se forger sur la peur des autres et le développement d’un discours guerrier, il sera soutenu par une industrie de l’armement qui a une autoroute devant elle. Alors que voilà des décennies, nous aurions pu imaginer des relations apaisées entre les peuples à travers la création artistique, le savoir scientifique et les échanges culturels.

Fort heureusement les consciences fonctionnent un peu face à ce rouleau compresseur de la stupidité instrumentalisée. On arrive parfois à dire des vérités historiques qui mettent à mal ces discours dominants qui ont fait prendre les vessies pour des lanternes à des générations de citoyen·nes. Et oui, le colonialisme a été précurseur et à ouvert la voie au nazisme. Et oui, les villages brulés, les pillages sanglants, les massacres des populations perpétrés durant des siècles par les forces coloniales européennes, au sein desquelles la France était dans le peloton de tête, ont profité au capitalisme occidental. Ce même capitalisme qui n’a pas hésité à soutenir le nazisme et ses méthodes brutales héritées du colonialisme, comme une boucle sans fin. Nous devrions toutes et tous prendre conscience comment ce colonialisme européen a inventé le racisme systémique.

À propos de ce sujet je vous conseille vivement de vous propulser vers ce média indépendant sur le web « Histoires Crépues » [+] qui produit des vidéos en ligne dont l’objet très bien et objectivement documenté nous parle de l’histoire coloniale. Et surtout de consulter cette série de vidéos produites par ce média intitulées : « Une histoire du racisme » [+] ou encore « Comment la science a légitimé le racisme : de la colonisation au nazisme » [+], que l’on retrouve sur les plateformes habituelles de vidéos en ligne. Évidemment ces vérités historiques ne vont pas plaire à tout le monde, vu les réactions offusqués d’une bonne partie de nos congénères lorsqu’un éditorialiste des médias du bloc bourgeois a juste fait remarquer un fait historique indéniable dans un débat télévisé. Et rappelé que les fameuses enfumades [+] lors de la conquête coloniale de l’Algérie par la France n’avaient rien à envier au massacre d’Oradour-Sur-Glanes perpétré par les nazis en 1944. Il serait temps que l’on puisse regarder en face une histoire pas aussi jolie-jolie que nos manuels scolaires veulent relater.

Fort heureusement, à travers cet incroyable « storytelling » qui plonge l’intelligence collective de Sapiens dans un marasme insondable, il y a des victoires qui donnent l’impression que le vent change de bord, et que la raison peu refaire surface, même si ce ne sont que des petites gouttes d’espoir dans un océan de larmes. Ainsi cette petite série de bonnes nouvelles, comme la victoire obtenue en faveur de l’arrêt du chantier de cette autoroute inutile qu’est l’A69 [+]. Ou encore la condamnation de la France par la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) pour violation du « droit à la vie » [+], lors de l’assassinat du jeune militant écologiste Rémy Fraisse par des forces de l’ordre françaises qui n’ont jamais assumé cet acte monstrueux. Ou aussi la jeunesse allemande qui a voté pour l’idée d’une gauche de rupture [+], même si tout ceci reste faible. Et puis il y a la fin de la diffusion de C8 [+] sur les réseaux de la TNT française, à modérer car les nouvelles chaînes proposées sur ce canal de diffusion, comme celles appartenant au milliardaire Daniel Kretinsky pourront s’avérer pires [+].

Dans ce domaine des médias dominants qui se posent en victime on retiendra les attaques verbales incroyablement violentes des hordes fascisantes sur le web. Ainsi lorsque l’historien du journalisme et des médias Alexis Lévrier [+] tente d’expliquer que : « le régime de sanction appliqué à C8 [+] aurait dû s’appliquer également à CNews », il est obligé de fermer ses comptes sur les réseaux sociaux afin de se protéger de la haine, ainsi que nous le révèle « L’Humanité » [+] dans son article : « Alexis Lévrier, le spécialiste de l’histoire du journalisme ciblé par l’extrême droite après avoir estimé que CNews aurait dû connaître le même sort que C8 » [+]. Les attaque actuelles contre Wikipédia [+] organisées par des journaux à la ligne éditoriale proche de l’extrême-droite comme « Le Point » en sont un autre exemple, toujours à lire sur l’Huma dans cet autre article intitulé : « Wikipédia n’a jamais été autant en danger : derrière l’offensive du magazine Le Point, la bataille idéologique fait rage » [+].

Pour clore cet édito du 3 mars 2025, qui n’aura pas parlé d’art, j’en suis confus mais le temps me manque, j’avais envie de mettre à jour certaines méthodes mafieuses qui sont pratiquées par les forces de la réaction dans ces batailles idéologiques qui font rage actuellement et dont cette chronique est, je l’espère, une munition de notre camp.
En effet dans le grand public personne ne connait un certain Pierre Édouard Sterin. C’est bien dommage car c’est un homme d’affaire, un hyper-riche promoteur du capitalisme mortifère, qui veut mettre l’extrême-droite à la tête de la France et qui s’appuie sur une stratégie d’aide aux entreprises ainsi qu’aux initiatives dites innovantes. Des entreprises et des innovations qu’il noyaute avec son projet Périclès. Vous pourrez prendre connaissance de ces activités mortifères à lire sur le média indépendant « La Relève et la Peste » [+] dans un article intitulé : « Pierre-Edouard Stérin, le milliardaire français qui veut mettre l’extrême droite au pouvoir » [+].
J’ai découvert les agissements de ce triste sire et de son organisation à travers une mésaventure que m’ont relatée mes camarades de jeux médiateur·ices de Combustible Numérique [+] qui partagent nos expériences au sein de l’Atelier TA [+]. Et dont le formidable travail de médiation numérique éthique autant que responsable devrait être récompensée à millions. En effet ils ont été contactés par une organisation de joyeux et joyeuses entrepreneur·es qui est une espèce de bourse à la création de projets innovants bien ancrée dans un monde où le capital ne sera jamais remis en cause. Mais puisque les budgets sont en berne quand il s’agit des deniers en provenance de l’état et des collectivités, le mécénat d’entreprise devient une source de financement obligatoire, que ce soit dans le domaine scientifique et technique comme dans la création artistique. Bref ils se sont vu inscrire dans un programme qui rapidement leur a demandé de supprimer toute écriture inclusive dans leurs documents de présentation… Ce qui leur a mis la puce à l’oreille. Ils ont fini par s’apercevoir que ce programme entrait dans le fameux projet Périclès. Ils ont pu se dégager du piège fort heureusement. L’humour et la résilience sauvent l’honneur et permettent une forte résistance à ces valeurs tout aussi nauséabondes que délétères. Des valeurs qui s’infiltrent insidieusement sans honte ni remord partout dans la société. D’ailleurs pour faire changer de camps la dynanymique du progrès, je profite de ces mots pour vous dire que si vous voulez soutenir l’action de Combustible Numérique, n’hésitez pas à les aider en adhérant à leur projet sur la rubrique « dons et adhésion » [+] de leur site web : https://combustible-numerique.fr/

Voilà j’arrive enfin à la fin de cette première Chronique du lundi de ce mois de mars 2025. Et en parlant de numérique j’ai retrouvé au fond de mes rangements de disques durs antiques une image datant de 1995. Une image faite toute sur un ordinateur, chose bien compliquée à l’époque. En cette année là je bossais déjà sur ces outils depuis près de dix ans. Fort heureusement ils n’ont jamais remplacé mes autres outils de prédilection, qui vont du crayon à la scie circulaire en passant par les caméras. C’est aussi cela la force de l’art. Si vous allez sur mon site web philippepitet.com, ou si vous y êtes déjà vous pourrez voir cette image aux couleurs jaune et bleue fort à propos de nos jours. Je vous souhaite une belle semaine et vous donne rendez-vous dès lundi prochain. Addisiatz amigas e amics !

No War Today - Dessin numérique de l'artiste plasticien Philippe Pitet - Avril 1995
« No War Day Today » – Dessin numérique / Digital Drawing – 1995

Audio diffusé la semaine du 3 mars 2025 sur les ondes de Radio FMR -Toulouse :


La suite la semaine prochaine pour une nouvelle « Chronique du lundi »…

PhP

Voir les autres chroniques du lundi

Tagué :,

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Qu’est-ce que ceci ?

Vous lisez actuellement 03.03.2025 – Chronique du lundi à Philippe Pitet.

Méta