05.05.2025 – Chronique du lundi
5 Mai 2025 § Poster un commentaire
Entre deux gouttes de pluie, derrière ma fenêtre
Voilà donc le joli mois de mai, ainsi qu’aiment dire les poètes autant que les poétesses. Un mois qui voit fleurir partout les promesses de la belle saison. Ce mois de mai n’a donc que quelques jours au compteur qu’il s’annonce déjà tumultueux en tous sens. Au dehors après les orages d’hier soir le sombre bleu du ciel d’une nuit finissante se bat contre la grisaille et les nuages qui s’accrochent aux lampadaires pour nous délivrer de grosses gouttes d’une pluie lourde, entrecoupée par des rafales d’un vent à décorner les bœufs, une espèce de mini tempête du matin. Me voilà devant mon petit bureau d’écolier sur lequel j’adore travailler face à la grande fenêtre sur cour de notre si doux appartement toulousain que nous louons dans le chouette quartier des Chalets. Alors, j’avoue que même si je rédige ces mots tôt le matin, j’avais déjà préparé pas mal de notes hier dimanche. Quoi qu’il en soit, dans le continuum espace-temps de cette 238e Chronique du lundi, au moment précis où j’en commence la rédaction il est 5h18 du matin le 5 mai 2025.
Le temps de te souhaiter bienvenue, toi la lectrice ou toi le lecteur sur mon site web philippepitet.com, ou bien encore toi l’auditeur comme toi l’auditrice sur les ondes et les électrons de la Radio FMR [+] de Toulouse, qui que tu sois, sois dans tous les cas bienvenu·e à travers ces mots, ces phrases et ces pensées qui composent ce nouvel éditorial présent du temps qui passe sous mes yeux. Un éditorial toujours aussi approximatif et négligé, sans vouloir paraphraser à outrance l’artiste Igor Boyer [+], qui me semble-t-il avait inventé ce terme lors d’un Salon Reçoit [+] il y a un temps.
À parler d’artistes et d’art visuel, à travers mes notes éparses de la veille et pensées embrumées du réveil, me voilà à réfléchir les mots qui me permettraient d’exprimer la puissance des images dans le village global où nous sommes plongé·es depuis des décennies. Ce village planétaire théorisé par le philosophe de la communication Marshall McLuhan [+], où la vie est pour grande partie faite d’images que l’on reçoit et de commentaires sans recul, imposés par les narratifs d’une presse dominante qui a choisi le camp du profit et des idées faciles d’accès.
Une de ces images récentes est cette photographie, faite pour marquer les esprits de nos congénères, prise lors des funérailles du pape la semaine précédente. Une photo façon paparazzi où l’on voit mis en scène le président ukrainien et son homologue états-unien sur des chaises rouges isolés au cœur d’une immense pièce d’un bâtiment romain, donnant à penser qu’un lieu que l’on dit saint ne pourrait qu’apaiser les peines du monde.
Les mauvaises langues d’extrême-droite, ont laissé fuiter l’info [+] que cette photo fut prise quelques instants après que le président blond décoloré américain ait écarté le président jupitérien français alors que ce dernier tentait de s’incruster sur cette dite photo. Voilà qui en dit long sur la foi et la loi de tous ces fâcheux et ces fâcheuses dans ce cirque médiatique pendant que des centaines de personnes meurent sous les bombes.
Et puis quelques jours plus tard une autre image choc, celle-ci créée grâce à une IA, par l’intéressé lui-même (ou un·e de ses sbires !) et postée sur sa propre plateforme de réseau social, montre le même président des États-Unis d’Amérique déguisé en pape. Comme à chaque fois toutes ces diversions picturales et tous les commentaires qui s’y agglomèrent nous éloignent du sujet principal, qui reste ici cette guerre sur les flancs de l’Europe entre la Russie et l’Ukraine et qui est loin d’être terminée, malgré les fanfaronnades Outre-Atlantique du président milliardaire . En fait avec les nouveaux accords miniers [+] entre les USA et l’Ukraine, l’oligarchie du capitalisme extractiviste US vient de mettre la main sur une partie des ressources minières ukrainiennes, alors que l’autre partie sera bien évidemment captée par l’oligarchie du capitalisme russe, son président dictateur et néanmoins lui aussi milliardaire en tête. On ne dira jamais assez que pour le capitalisme, d’où qu’il se situe, la guerre est une manne incontournable. Et le nationalisme est le terreau de cette servitude volontaire des peuples.
Le temps passe et je sais qu’il faut que je laisse un instant la rédaction de ce présent billet pour préparer les déjeuners des enfants qui commenceront, bien trop tôt comme à l’habitude, une nouvelle semaine de collège et de lycée. Mais j’ai quelques petits moments de répit pour quelques minutes de repos au creux du lit. Je reviendrai dans mes lignes après le petit-déjeuner.
Suite à cette interruption d’écriture me voilà de retour derrière les mots de la chronique du jour. La semaine passée je feuilletais le feuilleton des actualités du côté des faits divers montés dans l’épingle des faits de société, et j’y ai remarqué les 20 interpellations dans l’affaire des attaques des prisons [+] en France, tout cela n’a pas trop fait de bruit dans la propagande générale de mise au cœur des médias du bloc bourgeois. Une affaire qui aurait pu faire trembler la populace et qui aurait pu avoir une couleur politique propice au dénigrement des forces d’opposition au capitalisme. Hélas pour le « storytelling » de la peur politique, contrairement à ce qui avait été dit au début de l’affaire par les éditorialistes français, aucun suspect ne semble appartenir à un quelconque réseau de cette ultragauche fantasmée. C’est juste un truc de grand banditisme sans trop de foi ni de loi, avec des gamins appâtés par le gain [+] qui se sont faits piéger par des gros bonnets incarcérés, à travers des réseaux sociaux non modérés, alliés et fondement même du capitalisme consumériste. Une banale affaire liée au narcotrafic, qui n’existe que parce que la prohibition existe aussi fortement que la demande. Une grande tristesse du monde moderne entretenue tout de même afin de perpétuer le narratif moraliste dominant.
Il sera dit que la rédaction de mon édito du temps qui passe sous mes yeux de ce premier lundi de mai sera compliquée et entrecoupée vu mon emploi du temps aujourd’hui. En effet je dois dans quelques minutes rejoindre mon excellent ami et super artiste Alex Less [+] afin de parler de notre condition d’artistes-auteur·ices et des très grandes précarités au sein filières dans le secteur des arts plastiques et visuels sur l’antenne d’une autre radio que ma très chère Radio FMR [+]. Comme je suis sympa et pas du tout sectaire, je peux vous dire qu’il s’agit de Radio Occitania [+].
Je vous parle souvent des conditions d’extrême précarité que nous subissons en tant qu’artistes plasticien·nes depuis toujours. Et si vous suivez mes Chroniques du lundi vous devez savoir que nous essayons de nous organiser afin d’améliorer nos conditions. Il y a un mois, le 4 avril 2025, nous avons organisé un plateau radio sur FMR ce coup-ci, d’une heure et demie à propos de tout cela, que vous pourrez écouter et retrouver sur le site de la radio dans un article intitulé: « Le 4 avril 2025 : Plateau Spécial – Travailleur·euses de l’art 31 » [+].
Dans ce billet actuel j’ai vraiment l’impression de faire un peu de gonzo journalisme à vous narrer mes allers et retours du jour. Me voilà donc revenu de mes interventions au micro d’une autre radio avec d’autres artistes pour le collectif Culture en lutte 31 [+], revenu une nouvelle fois derrière ma plume, ou plutôt pour être honnête : derrière mon clavier !
Aujourd’hui donc pour moi dans le temps de ma composition de la chronique actuelle, nous sommes le 5 mai 2025, à peine 4 jours après le 1er mai, et comme tous les ans au 1er mai, s’appuyant sur quelques boulangers ignares de l’histoire et qui ne voient pas plus loin que le bout de leur flute, la droite a attaqué ce jour chômé et vomi toute sa haine des luttes ouvrières pour la conquête du droit au repos, comme la journée des 8 heures gagnée après la boucherie de la Première Guerre mondiale.
Toujours dans le narratif d’un bloc bourgeois décomplexé : on ne pourrait pas avoir la jouissance de notre baguette quotidienne le jour où l’on célèbre la journée internationale des travailleuses et des travailleurs. Qu’ils se rassurent, lorsqu’avec Thérèse [+], nous avons rejoint le joyeux cortège des Travailleur·euses De l’Art 31 [+] dans la manifestation toulousaine, entre chez nous et le départ de la manifestation, soit environ 4km de parcours en centre-ville et un peu plus de 10mn de marche, nous avons vu cinq boulangeries ouvertes.
Dans la Cité Mondine, à l’inverse de la violence de l’an passé, la manifestation fut paisible et les forces de l’ordre assez effacées. Ce qui ne fut pas le cas pour d’autres villes de France. Évidemment on peut revenir sur la manifestation parisienne où le Parti Socialiste a été accueilli dans le cortège par le slogan : « Tout le monde déteste le PS », lancé par certain·es manifestant·es sûrement ulcéré·es par les trahisons successives de ce parti qui ne sait même pas qu’il fut marxiste un jour. Du coup comme le disait les ami·es de la coopérative cinématographique « Les Mutins de la Pangé » [+] à propos de tout cela, je cite (deux points ouvrez les guillemets !) : « […] L’affaire Jerôme Guedj agressé en manifestation est la nouvelle polémique qui occulte toutes les autres. Lors du défilé du Premier mai à Paris, le socialiste a été traité de « traitre » mais aussi de « sioniste » par des manifestants habillés de noirs et brandissant des drapeaux antifas et il a été encouragé vivement à se casser (ce qu’il a fait). Le PS a porté plainte, mais Jérôme Guedj et Olivier Faure se déchirent sur X (le premier reprochant au deuxième de ne pas l’avoir défendu) alors que les éditorialistes français accusent déjà LFI (qui n’avait pas de représentant dans la rixe) plus ou moins d’antisémitisme, car ça ne mange pas de pain et c’est toujours ça de pris. Quelles seront les nouvelles polémiques du week-end ? […] » (fermez les guillemets !), je ne pourrais pas dire mieux moi-même
En fait, si, je pourrais peut-être rappeler à nos camarades socialistes qui se victimisent à outrance, que ce PS a trahi le prolétariat qu’il était sensé représenter en offrant 100 milliard d’Euros au capital avec le pacte de stabilité sous le quinquennat Hollande. Et dans ce même quinquennat : qu’il a fait passer la loi travail, qu’il a provoqué la mort d’un jeune militant écologiste dans le Tarn, qu’avec son aile droite il a sur-armé la police pour mieux réprimer les manifestations, imposé l’état d’urgence comme l’état naturel de l’état. Puis il a fini par porter au nues le pire des présidents de la république, président aujourd’hui au pouvoir qui dézingue tout ce qui fait lien et commun en France… Tout cela en se réclamant de Jaurès et de Blum ! Si ce n’est pas de la trahison, on se demande ce que c’est.
Et là, encore une fois, vous ne vous en êtes pas aperçu, mais j’ai fait un nouveau break dans l’écriture de cet éditorial du temps qui passe sous mes yeux. J’ai pris du temps pour déjeuner, et je reviens à l’écriture que je pense abréger rapidement, car il va me falloir l’enregistrer puis la monter afin d’en faire un prêt à diffuser sur les ondes ainsi que dans les câbles. Ces oscillations entre mes diverses activités de la journée et l’écriture de ce billet deviennent dommageable à son serein développement. Et en plus le temps revient au Soleil, ce qui n’a rien a voir avec cela, mais qui fait du bien de le dire.
Je vais donc vous quitter, je ne vous ai parlé d’art que par le biais de nos luttes. Il me semble tout de même que c’est très légitime. Comme je le disais à l’antenne de Radio Occitania ce matin, si vous suivez bien mes pérégrinations depuis le début de cette Chronique du lundi 5 mai 2025, nous nous devons d’être solidaires. Je sais que malgré tout ce qui a pu être dit sur l’élitisme et le nombrilisme dans l’art contemporain, au sein des arts visuels et plastiques, il n’en est rien. Et la grande majorité des artistes que je côtoie sont solidaires entre elles et eux, mais aussi avec tous les autres secteurs de l’activité humaine.
En parlant de solidarité, avant de vous quitter pour aujourd’hui, je vais juste dire quelques mots pour conspuer cet acte de vandalisme débile et masculiniste qui a violemment dégradé l’expo de l’artiste photographe engagée Kamille Lévêque Jego [+] à la galerie NegPos [+] de Nîmes. Une fois n’est pas coutume, je vous laisse prendre connaissance de l’affaire dans le Midi Libre, en lisant un article que vous pourrez retrouver en ligne sous le titre : « L’étroitesse d’esprit du délinquant qui a commis ce forfait, et, surtout de son imbécillité. Les politiques condamnent la dégradation de l’exposition féministe à la galerie NegPos à Nîmes » [+].
Aujourd’hui sur mon site philippepitet.com en accompagnement du texte de cette chronique, je vous laisse avec la photo d’un travail ancien, une installation faite à base d’impressions sur feuilles d’acétates transparentes trivialement appelées rhodoïds sur des châssis tout de verre et de néons. Une installation intitulée « Dels pès e de las mans », présentée il y a presque 30 ans dans une exposition collective du côté de Düsseldorf. Je vous souhaite une chouette semaine de mai et vous donne rendez-vous dès lundi prochain pour une nouvelle chronique. Addisiatz amigas e amics !

Audio diffusé la semaine du 5 mai 2025 sur les ondes de Radio FMR -Toulouse :
La suite la semaine prochaine pour une nouvelle « Chronique du lundi »…
PhP

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