09.03.2026 – Chronique du lundi

9 mars 2026 § Poster un commentaire

On ne dit jamais le bon dernier mot !

Chères et chers ami·es, c’est dans la pénombre de la nuit finissante et devant mon clavier avec cette angoisse du syndrome de la page blanche que je commence la rédaction de ce présent éditorial du temps qui passe sous mes yeux. Tout d’abord, lectrices et lecteurs de mon blog sur mon site web philippepitet.com ou auditrices et auditeurs de la Radio FMR [+] de Toulouse, je vous dis bien le bonjour et vous souhaite bienvenue dans cette Chronique du lundi 9 mars 2026,

Alors, oui l’angoisse de la page blanche m’a pris dès le début de la rédaction de ces mots dans lesquels je vous embarque avec moi. Une angoisse assez incongrue tant l’actualité du monde de Sapiens est dense et les turpitudes de nos congénères qui en sont aux manettes sont profuses. C’est peut-être parce qu’il y a trop à dire, que je ne sais pas par où commencer. Peut-être aussi que j’en ai marre de commenter l’actualité depuis ma position d’artiste plasticien vieillissant. Je me dis surtout qu’il me faut suivre un plan. Mais hélas, cela pourrait nuire à la tradition de désinvolture approximative et négligée qui a toujours prévalu dans mes billets hebdomadaires. Bref je n’ai pas de bon mot pour dire ce qui me traverse à l’instant. Et ce n’est pas faute d’avoir pris des notes tout au long de la semaine passée.

Bon, je me jette et me dis qu’il me suffit tout simplement de commenter l’actualité politique prévisible d’une France à la dérive autant qu’en roue libre. À quelques jours d’élections cruciales pour la démocratie représentative locale, nous voilà donc plongé·es en plein dans les grosses ficelles d’une belle manipulation de masse. Comme le bloc bourgeois sait bien fabriquer. La meute contre LFI est lancée sans honte, sans remords, ni aucun scrupule. L’inversion des charges mise en scène par une caste aux abois est dramatique pour l’intelligence humaine. Mais qu’importe : c’est gros, c’est lourd et ça doit passer dans la tête d’une plèbe nourrie, autant que pourrie, depuis des décennies par un opium du peuple médiatique qui fabrique du temps de cerveau disponible. La presse consanguine d’accompagnement, qui gangrène même les colonnes éditoriales de « Médiapart » [+], se donne à cœur joie dans un concert assourdissant de conneries monstrueuses, alimentées par des mensonges éhontés et des contre-vérités avérées. Nous subissons un matraquage digne des cerveaux malades d’apprentis doktor Goebels. Plutôt que de s’indigner épidermiquement, cela appelle à plus de profondeur dans la réflexion au sujet des médias de masse et de leurs manipulations et je ne peux que vous renvoyer à la lecture de cet article sur le média indépendant « Mr Mondialisation » [+], paru en septembre 2025 et intitulé : « Médias de masse : leurs 5 techniques pour vous influencer » [+].

Tout ce cirque n’aurait que peu de conséquences si l’extrême-droite n’était pas aux porte d’un pouvoir déjà acquis au fascisme, car dernier rempart de la sauvegarde des privilèges des oligarchies bourgeoises, ici en France, comme de par le monde entier.
Toutes les révélations jusqu’à ces derniers jours qui ont suivi la mise en scène obscène autour de la mort d’un jeune fasciste dans une rixe de rue provoquée par ses propres petit·es camarades de jeux, a été clairement ce moment où la France a basculé dans l’abjection que beaucoup ne voulait voir venir, ainsi que je vous le disais déjà dans mon avant dernier billet sur ces même canaux. Et comme le narre « Arrêt sur Images » [+], un média qui décrypte les médias, dans un article intitulé : « Mort de Quentin Deranque : le néofascisme qui ne dit pas son nom » [+]. Nous sommes donc entré·es dans ce moment où tous ces soi-disant démocrates français, par pur calcul politique, ont préféré taper sur la tête de celles et ceux qui dans leurs combats antifascites sont notre honneur d’êtres humain·es, et faire silence officiel pour une idéologie qui finira de toute façon par les détruire. Cela nous ramène à une réplique culte d’un film du cinéma populaire français bien connu autant qu’iconique, due à la plume de Michel Audiard : « les cons ça ose tout, c’est à ça qu’on les reconnaît ! ».

Le problème, est que dans cette tourmente médiatique, basée sur l’argumentation crapuleuse et l’inversion de la charge, tout juste provoquée pour désigner un seul coupable, c’est à dire l’unique force de gauche susceptible de remporter des scrutins locaux comme nationaux par un vote d’adhésion clairement populaire, le bloc bourgeois à travers la puissance de son éditocratie a fini par réellement désigner des cibles aux yeux des pires détraqué·es de nos campagnes et de nos villes. Et depuis plus de deux semaines, à bas bruit ce sont des dizaines d’agressions dont sont victimes les candidat·es, les militant·es et même jusqu’aux sympathisant·es du mouvement de la France Insoumise.
Tout cela sous le regard d’une presse qui continue à relativiser le moindre fait d’agression à base de « selon » ou autres guillemets. Et encore une fois, ainsi que le scande H-Tône – le fameux rappeur-journaliste de Blast – [+], dans la vidéo de son post sur le sujet en ligne dans le réseau social Instagram du dimanche 8 mars 2025 [+], je cite avec bien moins de talent : « LFI ce n’est pas ma came, j’en suis relativement critique, à mes risques et périls. Et le carriérisme politique ne m’inspire aucune confiance. D’autre part : les élections, la 5e, la représentativité, tout ça là, il n’y a absolument rien là-dedans pour apporter le moindre changement que j’estime être indispensable. Mais ceci étant dit, j’ai bien compris qu’il y avait là-dedans un bulletin de vote qui avait le pouvoir de bien faire chier les racelards. Et crois-moi, je ne vais pas me gêner ! »
Objectivement, je dirais : pareil pour moi !
Et puis ce qui rassure, c’est qu’heureusement il paraît que ce mouvement a reçu plus d’adhésions [+] en deux semaines que n’importe quelle autre formation de gauche traditionnelle. Formations qui, elles, voient leurs rang se clairsemer.

Alors oui, on comprendra que le Parti Socialiste Français ait une peur panique de perdre tout ce qui lui reste de sa superbe. C’est à dire ses ancrages territoriaux et ses élu·es dans les collectivités locales, en premier lieu dans les communes françaises. Et donc sa prégnance au cœur du pouvoir bourgeois et de la chambre haute du parlement qu’est le sénat. Sans ses grands électeurs qui font de lui le deuxième groupe de sénateurs il aura fini de sombrer dans l’oubli. C’est bien fait pour lui, il a été maintenu en vie grâce à des électrices et des électeurs qui le croyaient à gauche, alors qu’il n’est plus qu’une carpette du bloc bourgeois. Désolé de dire cela mais sa disparition, en tout cas dans la forme telle qu’il se présente aujourd’hui, restera la meilleure chose pour que la gauche française puisse enfin respirer.
Ainsi que le dit fort justement Frédéric Lordon [+] dans cette très courte vidéo mise en ligne il y a quelques mois par la chaine Youtube « À Gauche » [+], sous le nom : « Il faut la mort du parti socialiste – Frédéric Lordon » [+] extraite d’un plus long entretien avec ce chercheur du Centre de Sociologie Européenne [+] sur le média « Élucid » [+].
C’est d’autant plus dramatique d’en arriver là que, franchement, je connais et sais beaucoup de militant·es et sympathisant·es sincères au niveau local, même quelques élu·es intègres. Les manœuvres politiques d’un autre âge qui mettent en péril nos libertés et notre République sont inadmissibles. Jaurès doit se retourner dans sa tombe… tristesse !

Ce qui nous mène à l’endroit d’où je vous entretiens et qui est la fameuse ville dite rose, dont la couleur réelle est bien plus rouge que fuchsia et que j’aime souvent nommer Cité Mondine, en référence à la fameuse dynastie des comtes Raimon [+]. Une dynastie qui dans les siècles d’une Europe médiévale essayèrent de tenir tête au rouleau compresseur français mené par les capétiens. Un rouleau compresseur qui finit par détruire notre culture occitane. Je cite cette dynastie car tant d’édiles locaux à travers l’histoire ont ridiculement essayé de s’en réclamer, sans jamais savoir ce dont ils parlaient.
Mais là n’est pas la question. Pour la 1re fois depuis longtemps, je vais déroger à cette règle qui prévaut dans ma tête et dans la réalité des faits, tant que l’ordre bourgeois règne. En effet, je vais voter, je vais voter à Toulouse avec un espoir non dissimulé de voir l’équipe municipale actuelle se faire éjecter de son indéboulonnable mandat.
Avec les Travailleur·euses de l’art 31 [+], nous faisons ce triste constat qu’en 10 ans plus de 15 structures de diffusion et de production en art visuel ont disparu dans ce qui est donné pour devenir la 3e ville de France. La dernière disparition en date est celle du BBB [+]. Tout un symbole dont je parlerai plus longuement plus tard, ainsi que je l’ai promis à celle qui avait formidablement impulsé le projet au tournant des années 90 du siècle dernier !
15 structures au minimum ont donc disparu. Et celles restantes voient leurs locaux menacés et surtout de graves difficultés budgétaires. Comme il est dit dans un communiqué publié hier [+] : « […] Chaque situation est particulière, mais reflète un écosystème des arts visuels et de l’art contemporain grandement fragilisé par l’inaction des pouvoirs public […] ».
Des atermoiements, des destructions, des reprises en mains idéologiques, l’équipe des édiles de la majorité municipale sortante en est la championne toutes catégories. Ce qui est vrai pour les arts visuels est aussi vrai pour les autres pratiques artistiques.
Mais c’est aussi vrai pour toutes les actions sociales et associatives menées par les bonnes volontés des citoyen·nes de la ville, ainsi que nous la révélé le mois dernier la Ligue des Droits de l’Homme dans son « Rapport sur les entraves aux libertés associatives à Toulouse » [+], que l’on peut trouver, consulter et télécharger sur son site : http://ldh-midi-pyrenees.org [+].

Et donc à travers toute cette réflexion vous aurez compris que le seul bulletin que je mettrai dans cette urne maudite, infâme objet de ma servitude au libéralisme bourgeois, sera celui de la liste Demain Toulouse [+] dirigée par François Piquemal [+] et Agathe Roby [+]. En souhaitant sans détour qu’elle se place en tête des listes qui se présentent à gauche contre le maire sortant et sa clique. Juste histoire d’être sûr de ne pas retomber dans le syndrome de la fameuse gauche cassoulet, complice d’une droite qui se rapproche de plus en plus de son extrême et qui pollue notre espace public depuis des décennies. Dans cette campagne pour ces municipales en France, n’oublions jamais que plus d’un tiers des affaires de corruption politique concernent des élu·es de collectivités locales comme nous le dit le média indépendant français « La Relève et la Peste » [+], dans son article : « Plus d’un tiers des affaires de corruption concernent des maires et des élus locaux en France » [+]. Alors je n’ai qu’un mot à dire, à Toulouse comme ailleurs : votez bien et votez fort… Si vous votez évidemment !

Voilà je vais en finir avec l’actualité de mes congénères sapiens. J’aurais pu parler de la monstrueuse guerre coloniale en cours menée par Israël et les USA dans un délire inimaginable qui embrase tout le Levant et le Moyen-Orient [+]. J’y reviendrai sûrement, mais il me faut abréger mes souffrances rédactionnelles. Tout comme j’aurais aussi pu parler du droits des femmes sans cesse en régression dans ce monde où la marchandise vaut plus que l’humain, après cette dernière journée fort réussie de mobilisations partout dans notre pays hier dimanche 8 mars. Je m’en acquitterai avec une punchline pleine d’humour décalé vu sur la photo d’une vitrine : « Le féminisme est une théorie extrémiste qui considère les femmes comme des êtres humains » [+] !

Mais juste avant de vous quitter, je viens d’apprendre par l’intermédiaire du syndicat d’artistes-auteur·ices dans lequel j’essaye de m’activer pour nos droits de travailleur·euses de l’art, qu’une nouvelle étape de la criminalisation de l’art vient d’être atteinte à Tarbes au cœur même de son école d’art ÉSAD Pyrénées [+]. En effet si vous suivez mes Chroniques du lundi, vous êtes au courant de l’affaire de la « Piñata policière » qui à secoué récemment la « Haute École des Arts du Rhin – HEAR » [+], le 29 janvier dernier sur son site de Mulhouse. Mais si vous avez loupé cette étape, vous pouvez remonter le cours de mes Chroniques du lundi ou vous rendre directement sur le média indépendant en ligne « Contre-Attaque » [+] et prendre connaissance de l’article paru le 11 février dernier et intitulé : « La fachosphère se défoule sur une piñata contre les violences policières » [+].
Évidemment après tout un barouf, mené comme à l’habitude par l’ensemble de tout ce qui fait rance en France, les solidarités se sont mise en œuvre à travers les écoles de Beaux-Arts du pays. Je vais vous donner ici une partie du communiqué publié à l’instant par le syndicat des écoles d’art Snéad-CGT [+], que le STAA CNT-SO [+] cosignera vraisemblablement :
« […] En solidarité avec les étudiant·es de la HEAR, des étudiant·es de nombreuses écoles d’art et design ont réalisé d’autres performances artistiques dénonçant les violences policières et soutenant la liberté de création. Dans ce cadre, des étudiant·es de l’ÉSAD Pyrénées, sur le site de Tarbes ont réalisé une performance en forme de carnaval et publié sur Instagram une version vidéo de cette création artistique.
En réponse, le préfet des Hautes-Pyrénées a déposé une plainte contre X pour « apologie de la violence par voie électronique » — sur signalement du syndicat de police UN1TÉ 65. Une enquête judiciaire est ouverte. Des noms d’étudiant·es et d’enseignant·es ont été communiqués aux enquêteurs par la direction de l’ÉSAD. Au moment où l’institution devrait protéger ses membres sans ambiguïté et défendre la liberté de création artistique – comme la direction de la HEAR l’a fait après la première performance – la direction de l’ÉSAD Pyrénées annonce une enquête administrative et convoque plusieurs étudiant·es et enseignant·es. […] ».

Voilà je vous laisse, en ce qui concerne la rédaction laborieuse de cet édito du jour, qui va paraitre ainsi sur mon site web philippepitet.com et dont l’illustration est extraite d’un de mes Slowgangs, ce travail de dessins qui, tout au long de l’année 2018, essayait d’interroger avec humour les utopies graphiques lors de la commémoration des 50 ans de mai 68. Et sur ce, je vais déjeuner avec ma chère et tendre Thérèse [+], puis aller enregistrer ces mots en studio pour diffusion radiophonique sur les ondes et les électrons de la Radio FMR [+] de Toulouse, à travers laquelle vous entendez derrière ma voix une musique de mon cru et du temps jadis, comme à l’habitude. Voilà je vous souhaite une très belle journée et vous dit, ainsi que tous les lundis, a diluns venent, addisiatz amigas e amics !

Image d'un dessin de la série de 52 pièces "Slow Gangs die Symphonie der relativen Utopien" de l'artiste plasticien Philippe Pitet - 2018
25e dessin de la série « Slow Gangs die Symphonie der relativen Utopien ». 20x20cm, technique mixte – 2018

Audio diffusé la semaine du 9 mars 2026 sur les ondes de Radio FMR -Toulouse :


La suite la semaine prochaine pour une nouvelle « Chronique du lundi »…

PhP

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