23.03.2026 – Chronique du lundi

23 mars 2026 § Poster un commentaire

Nous comprenons que Toulouse est bien loin de New-York

Chères et chers ami·es, comme tous les lundis ou les jours suivants dans la semaine, que vous m’écoutiez sur les ondes ou les électrons de la Radio FMR [+] de Toulouse ou que vous me lisiez sur le blog de mon site web philippepitet.com dans la rubrique « Journal », je vous souhaite bien le bonjour autant que la bienvenue sur cette Chronique du lundi 23 mars 2026.

Le printemps est arrivé, l’équinoxe de mars est passé, les jours se font plus chauds, le soir plus lumineux et moins frais. Les oiseaux s’en donnent à cœur joie, sous l’air intéressé de Louison le petite chatte de notre foyer. Les oiseaux ont beau chanter dans la fraicheur de mars, ce matin restera donc un lendemain qui déchante pour beaucoup, surtout à Toulouse, qui porte bien son nom au consonance de looser qui fait parfois rire nos ami·es anglo-saxon·nes.
Un tartarin de pacotille vient d’y remettre le couvert pour sept ans. Comment dire que cela ne m’étonne pas vraiment. Car historiquement, après la main-mise de nos pauvres pays d’oc suite à l’invasion française avec l’appui de l’église apostolique et romaine lors de la croisade contre les albigeois, cette même église et le roi de France y ont ancré l’ordre catholique et sa hiérarchie sociale dans des tables de marbres d’une structure conservatrice et religieuse bien établie. Structure qui sous plein d’aspects perdure encore de nos jours.
Aujourd’hui la bourgeoisie locale est l’héritière de tout ce qu’a façonné cette histoire centralisée de France.
Alors bien sûr, on se félicite de ne pas avoir de fort scores d’extrême-droite dans cette ville pas si rose, mais il n’y en a pas besoin. Ce que l’on croit être la droite centriste et bonhomme aux aspects libéraux et sociaux, occupe depuis des décennies sans trop de mal cet espace fascisant, sans avoir besoin des partis politiques qui représentent de nos jours sans plus se cacher cet ignoble courant. Il n’y a qu’à jeter un œil sur le récent rapport de la Ligue des Droits de l’Homme qui a été rédigé entre Garonne et Canal du Midi, intitulé « Rapport sur les entraves aux libertés associatives à Toulouse » [+], que vous pourrez retrouver en libre accès sur le site de la Ligue : ldh-midi-pyrenees.org [+].
Toujours dans cette ville, la bourgeoisie de sa gauche cassoulet à sa droite réactionnaire fait bloc à chaque élection. Sa culture clientéliste du Sud fait le reste. Avec l’arrivée des technologies de pointes et de leurs industries qui ont accompagnées le renouvellement de cette bourgeoisie extrêmement bien lotie, il y a peu de probabilités pour que cela change dans cette ville où le pognon est roi et où la haine du pauvre règne, tout comme la phobie de l’étranger, du noir, de l’arabe ou de tous les métèques de la Terre. À chaque élection agiter le chiffon de la peur permet à l’édile en place de se maintenir sans peine.
Le mythe d’une Ville rose animé par un vent gauchiste venu d’Ibérie est bien mort depuis des lustres. Tout comme ces légendes d’un coin, de forte résistance aux oppressions sont des leurres tout juste bon à maintenir une population dans une réalité parallèle. Sa soi-disant culture de la tolérance est une farce, nous l’avons donc vu lors des deux dernières campagnes municipales. Quand j’ai le malheur de lire les commentaires des lectrices et lecteurs de la fameuse autant qu’odieuse « Détresse du Midi » je ressens cette haine décomplexée qui brûle sans vergogne le moindre sentiment d’empathie et de solidarité. Convivéncia, larguesa, mercé, prètz et paratge ne sont plus que des mots vides qui se perdent dans une langue engloutie parfois privatisée par des identitaires mortifères et qui pourtant fut si belle de résistance.
Sans identité réelle cette ville navigue sans vie, sans même une petite lueur d’ambition de vie. La connerie y règne en maître, entre futiles slogans propres aux matches de rugby et beuveries dans des troquets de marchés. L’entre-soi stupide sillonne la ville jusque dans les structures culturelles mises en place par les autorités. L’art, la création, y ont disparu totalement des champs du visible. Alors que la spéculation immobilière véreuse y triomphe pour le plus grand bonheur d’une population abreuvée de pain et de jeux. La devise de Toulouse devrait être « panem et circences », ni plus, ni moins !

Cette longue tirade à charge pourrait paraître être motivée par une aigreur de mauvais joueur vu le résultat d’élections qui vont s’avérer à coup sûr catastrophique pour cette ville. Si vous me lisez ou m’écoutez, vous connaissez ma position plus que critique sur ce type de scrutins qui s’inscrivent dans une démocratie représentative. Élections juste bonnes à conforter le bloc bourgeois dans sa domination séculaire.
Bien sûr, à travers des syndicats d’artistes [+] et autres collectifs de réflexion de travailleur·euses de l’art [+], nous nous sommes engagé·es clairement en faveur d’un changement. Mais comme le faisait remarquer fort justement hier soir mon ami Salah Amokrane [+] qui se présentait sur la liste de François Piquemal [+] : « les syndicats d’artistes ils sont pauvres, par-contre les syndicats du patronat ou même des cafetiers c’est autre chose ! » Il a raison, les artistes-auteur·ices, surtout les plasticiennes et plasticiens sont au même niveau de richesse que les travailleuses et travailleurs les moins favorisé·es de tous les secteurs de l’activité humaine. À Toulouse c’est flagrant, pour cette bourgeoisie locale, nous ne représentons rien d’autre que des parasites, le pire du lumpenproletariat. Nous n’avons rien à attendre d’eux, voilà qui est clair.
Je ne fais ici qu’un constat de l’état navrant d’une ville que j’ai beaucoup aimé, pour laquelle j’ai beaucoup acté, à travers ma pratique d’artiste, mais aussi à travers le soutien que j’ai pu apporter à la création contemporaine et le rayonnement qu’elle favorise avec des décennies d’émissions de radio et d’articles dans une multitude de revues, sur les bords de Garonne comme ailleurs dans le monde. À travers encore les supports à la production et le soutien aux artistes que j’ai pu suivre dans leurs parcours pendant des années, jusqu’à effacer ma propre création parfois. C’est une ville que j’aime encore, dans laquelle je suis né, qui contient une partie de mes racines et vers laquelle je suis plus que souvent revenu, lorsque tout au long de ma vie j’étais parti explorer de lointains horizon, comme de plus proches.
Les sept années qui vont s’y écouler, vont voir l’art et la création enterrés au profit de boursouflures propre à une bourgeoisie provinciale crasse. Je sais il y a sûrement pire, ces années futures vont aussi voir les populations précarisées partir encore plus loin du centre de sa vie, les précarisant toujours plus. Il ne faut pas être, ni devin, ni grand clerc, pour savoir que la pauvreté va exploser et les inégalités s’accentuer. Pire encore dans une ville comme Toulouse où les températures l’été vont s’élever toujours plus haut, les choix d’un urbanisme mortifère et les créations de fausses solutions végétales vont faire des ravages chez celles et ceux qui n’auront pas les moyens de se climatiser. Tout cela se fera à bas bruit, dans le silence assourdissant issu de ce triste triomphe électoral.
Ce n’est pas grave pour les vieilles et les vieux cons qui se sont mobilisé·es dimanche afin de réélire ce sympathique Tartarin à la tête de la 3e ville de France et 4e agglomération urbaine de l’Hexagone, 45e en Europe et plus de 400e dans le monde, car dans sept ans ils auront déjà passé l’arme à gauche pour la plupart, sans aucune pensée pour les progénitures qu’ils ou elles laisseront patauger dans la merde future, marque bien constante de la bourgeoisie libérale triomphante. Car les catastrophes que nous produisons en tant que Sapiens se fichent des territoires et des frontières. Par les temps qui courent, tout le monde sera projeté dans le même mur de nos turpitudes que l’on soit riche comme pauvre.

J’arrête là ma diatribe faite d’un bloc comme le roc de mon spleen du jour, car je pourrais aussi vous conter toutes ces villes en Occitanie qui sont tombées dans l’escarcelle fasciste du RN comme Castres ou Carcassonne, rien de bien réjouissant et vrai claque pire que dans la capitale de la région. Au dehors il fait un temps gris et froid au moment où j’écris ces mots. J’aime dire qu’il fait un temps de droite. Ça ne m’inspire aucune autre pensée qui me permettrait de vous entretenir aujourd’hui du temps qui passe sous mes yeux. Et puis j’ai tant de choses sérieuses à m’occuper. Comme préparer trois expositions qui m’attendent ces prochains mois loin de Toulouse, dont une en compagnie de ma chère et tendre Thérèse [+]. Des expositions dont je vais vous parler très bientôt, c’est promis. Mais les prochains jours vont me voir aussi et surtout travailler d’arrache-pied avec extraction de jus de cerveau sur des dossiers importants pour la vie, voire la survie de la Radio FMR [+], éternelle radio d’opposition toulousaine à travers son soutien à la création artistique qu’elle quelle soit. Alors tout ce pain sur la planche m’éloigne des fâcheuse et de fâcheux qui contrôlent la Cité Mondine, et c’est tant mieux. Mais tout de même, dans ce contexte, laissez moi vous citer cette phrase de Bertolt de Brecht qui dit : « Le fascisme n’est pas le contraire de la démocratie mais son évolution par temps de crise ». Partout la démocratie bourgeoise semble atteindre sa limite, et ce n’est pas nouveau [+]. Alors essayons enfin d’atteindre un monde meilleur, peut-être à travers l’art et la création, loin des divertissements de la fameuse Horloge Universelle [+] théorisée par Peter Watkins [+], tout juste bonne à fabriquer du temps de cerveau disponible.

Donc je vous quitte avec ces mots emplis d’espoir. Sur les ondes et les électrons de Radio FMR [+], je vous laisse aussi avec un fond sonore d’un remix déjà ancien d’une composition encore plus ancienne qui avait accompagné une performance vidéo que j’avais exécuté quelque part dans un jardin germain. Pour celles et ceux qui me lisent sur mon site web philippepitet.com, ce sera une image de surface de l’eau extraite d’une de mes nombreuses séries de dessins de carnets de ma saga intitulée « Aiga – La cartographie sensible de l’eau ». Une eau qui lave avec bonheur nos pauvres carcasses de mortelles autant que de mortels. Alors je vous souhaite une belle première semaine de printemps et vous dit dans la langue de mes racines de gauche : a diluns venent, addisiatz amigas e amics.

Dessin du plasticien Philippe Pitet dans le cadre des carnets de dessins du projet "Aiga - La cartographie sensible de l'eau"- Lac de Caraman 2007
Dessin extrait d’un carnet // Drawing from a sketchbook | « Aiga – La cartographie sensible de l’eau » | N : 43° 31′ 48 » – E : 1° 45′ 27 » – Alt : Env. 190m – 02.09.2015

Audio diffusé la semaine du 23 mars 2026 sur les ondes de Radio FMR -Toulouse : (en cours d’enregistrement)


La suite la semaine prochaine pour une nouvelle « Chronique du lundi »…

PhP

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