13.07.2026 – Chronique du lundi
13 juillet 2026 § 3 Commentaires
Une toute dernière fois pour la 300e fois !
Chères amies et chers amis, je m’adresse à vous qui me suivez fidèlement (ou non !), le cœur tout de même un peu serré, traversé par des sentiments contradictoires autant qu’ambivalents qui oscillent entre la tristesse de voir la fin d’une époque, la peur du vide qui se crée lorsque des guides s’effacent et la joie de se sortir d’un carcan ainsi que du bonheur du devoir accompli, je m’adresse donc à vous les ami·es, pour vous souhaiter une dernière fois la bienvenue dans les lignes de ma Chronique du lundi. En effet, aujourd’hui 13 juillet 2026, ce 300e épisode de mes exercices éditoriaux du temps qui passe sous mes yeux d’artiste qui ne se fiche pas du monde qui l’entoure, marquera la fin de presque six ans d’aventures textuelles en votre compagnie. Chères lectrices et chers lecteurs du blog de mon site web philippepitet.com, depuis presque 6 ans, mais aussi auditrices et auditeurs de la Radio FMR [+] de Toulouse depuis deux saisons d’éditoriaux officiels, ne m’en veuillez pas, mais je tire ce jour ma révérence.
Pour une dernière fois, je vous dirais que, dans le continuum espace temps au cœur duquel je pose ces mots dans des lignes au style aussi dilettante que négligé, l’univers qui m’entoure se rappelle brutalement à moi. Car oui, il est bien tôt à l’horloge de l’ordinateur sur lequel je rédige cette dernière chronique. Malgré la douce ambiance de notre si chouette appartement toulousain, nous sommes malheureusement échoué dans cette Ville rose qui a viré depuis plus d’un mois au rouge cramoisi, trop de boulots en cours ici pour s’en échapper. La chaleur tropicale de la nuit va faire place, encore une fois à l’étouffante canicule venue d’un désert pourtant au-delà des mers. Pas un bruit dehors, les oiseaux et les insectes meurent de chaud dans l’air vicié de la métropole chargée de pollution. Thérèse [+] à trouvé un sommeil que je n’arrive pas à attraper. Constance sa fille dort aussi, Louison notre petite chatte m’accompagne dans mon insomnie, elle vit la nuit plus qu’à l’habitude tant elle ne parvient pas à mettre ses pattes dehors en journée. La ventilation tourne au plafond, super solution pour nous maintenir dans la fraîcheur sans avoir recours à une climatisation mortifère. Jonas le jeune fils de Thérèse, rentre aujourd’hui de notre si cher Diois meurtri par un méga feu qui a consumé la montagne pendant près de deux semaine.
Les flammes continuent à couver sous la cendre et la vigilance reste de mise. Je pense à ce si majestueux massif de Justin qui a flambé comme une vulgaire allumette. Pendant des jours, des mois et des années, quand nous pouvions nous retrouver dans ce si adorable nid sous les toits, en haut de la maison familiale de Thérèse, avant de le voir disparaître de nos vies, j’ai croqué goulûment cette montagne tous les matins au stylo bille sur des pense-bête en papier aussi nommés papillon adhésif, papillon autocollant ou becquet ou bien finalement tout simplement sous le nom de la marque bien connue Post-It®. C’était un rituel graphique devenu incontournable dans ma vie du moment. Une œuvre en est sortie à la fin. Tout cela est loin. Die est loin, même si nous y retournons aussi souvent que nous le pouvons. Nous y serons dans moins de deux semaines pour quelques jours. D’ailleurs l’aventure de mes Chroniques du lundi a débuté dans cette ville sur les bords de la Drôme ce fameux lundi 19 octobre 2020. La pandémie qui sévissait et sa gestion calamiteuse par un pouvoir aux ordres du bloc bourgeois faisait bouillir ma raison. Mon envie de décrire les turpitudes de Sapiens, mais aussi de s’en sortir en prenant le point de vue de l’art et des artistes m’a lancé dans cette aventure éditoriale. Oui tout ceci est bien loin, mais si proche. Vous pouvez remonter le cours de mes 300 chroniques sur mon site. Elles y sont toutes, en lecture et même pour une grande partie en écoute.
Voilà, la Terre brûle et à présent nous ne pouvons pas regarder ailleurs, ni même détourner notre regard. Ce weekend passé, des feux se sont aussi déclaré dans plusieurs localités du Tarn, notamment à Cabanès, tout proche de ces vieilles pierres qui abritent une partie de mon labeur ancien comme récent et un bout d’atelier. Mais surtout des personnes qui me sont si proches et si chères. Pendant longtemps, plus jeune, je me suis réjoui des lever et coucher de soleil sur les vertes collines parsemées de grandes haies, de vignes éparses, d’arbres fruitiers et de petites forêts, des bois dans lesquels la faune venait se cacher des chasseurs avides de sang. J’adorais observer le ciel à travers les acacias, les tilleuls et les saules pleureurs qui portaient leurs ombres majestueuses dans les ors, les roses, les violets et les rouges de cet astre du jour qui nous écrase aujourd’hui de sa chaleur. J’ai couché ces impressions sur le papier ou la toile sûrement plus que ma pratique ne savait le faire, à l’encre, au pastel, à l’huile, à la gouache, aux crayons, au feutre ou encore à l’acrylique. Que n’ai-je pas essayé ? Tout cela est resté fort heureusement assez secret.
Et puis les arbres et les haies ont été abattus et déracinés, la terre s’est asséchée, les insectes, les hirondelles, les chauves-souris, tout ce monde qui agrémentait gaiement le ciel de ce pays de cocagne a été anéanti en peu de temps, le collines mêmes se sont effondrées sous l’effet de l’érosion d’une agriculture trop industrialisée qui a fini par achever les paysans qui nous nourrissaient. Il nous reste maintenant une inconsolable tristesse et des feux inextinguible. La France importe [+] à présent plus de produit agricole qu’elle ne sait en produire. À l’ombre de ces vieilles pierres, briques et tuiles, il y a déjà plus de quinze ans, j’ai commencé ma quête de l’eau avec « Aiga – la cartographie sensible de l’eau », mon labeur à long terme qui a vu justement son terme à Die, pas loin de Justin, de l’autre côté de la Drôme vers la Meyrosse. Cela a été un peu comme si j’avais une boucle à boucler. J’ai classé mes carnets du Tarn et de la Drôme côte à côte. Aujourd’hui nous manquons d’eau partout dès le début de l’été.
D’après les nouvelles, le feu à Cabanès a été apparemment maitrisé, il a fallu l’appui de moyens aériens pour l’arrêter. Je regardais ce site web, feuxdeforet.fr [+] qui cartographie plus ou moins à l’instant présent les feux sur le territoire métropolitain français, on s’aperçoit que depuis des semaines l’Hexagone brûle, des forêts domaniales inestimables crament sans répis. Dans mon bon vieux Tarn, pas moins de trois incendies majeurs ravageaient ce dimanche passé des forêts et des champs. Nous savons que nos activités de Sapiens sont les causes directes de cette canicule et de ses conséquences désastreuses pour la vie sur Terre et sur le lumpenprolétariat que nous sommes et qui souffre toujours plus des exactions du capitalisme. Ce capitalisme que j’ai affublé d’adjectifs idoines depuis 6 ans, comme « consumériste », « extractiviste », « nationaliste » ou autres « prédateur », « délétère » ou encore « mortifère ». Et je vous avoue que je trouve tout cela bien clément face à l’abjection de ce système qui fait enfin voir son vrai visage destructif à travers ce que traverse l’Europe, les canicules à répétition et les feux que l’on n’arrive plus à maitriser. Mais tout cela n’arrive pas brutalement, voilà des années et des décennies qu’inexorablement nous fonçons droit dans le mur pour le profit d’une poignée de salopards. Une poignée de profiteuses autant que de profiteurs soutenu·es par une autre poignée de crétines congénitales autant que de crétins congénitaux, il n’y a qu’a regarder de près cette séquence de l’actualité proche le weekend dernier où l’on a vu des énergumènes bas du front et d’extrême droite de la Coordination Rurale faire un barbecue en pleine zone de risque d’incendie, avec un slogan aussi débile que leur pauvres petites personnes : « pour sauver un agriculteur, mangez un vegan », juste pour faire le buzz, en s’attaquant à la député écologiste Sandrine Rousseau [+] qui venait dans le cadre du festival international du journalisme à Couthures-sur-Garonne, bref soutient maximum à cette députée face aux abruti·es manipulé·es de cette organisation paysanne néofascite !
Et même face à la réalité le museau dans leur merde, ils continuent à nous plomber notre vie à travers les lois d’orientations agricoles, les accords de libre échange, les financements d’énergies fossiles, la construction d’infrastructures destructives, le pillage des mers et des océans partout en Europe, en Amérique, en Asie, pour mieux pousser à la consommation des populations abruties par des médias qui fabriquent des temps de cerveaux disponibles. Dans les pays du Sud l’extractivisme massacre les humain·es ainsi que la nature. En France la majorité comprend le danger et se mobilise contre la loi d’un sénateur criminel, qu’à cela ne tienne ce triste sire revient à la charge pour faire passer une loi pire, appuyé par tout un gouvernement et son support parlementaire qui s’étend de la gauche de droite jusqu’à l’extrême de cette droite. Les crétin·es de la Coordination Rurale applaudissent, on croit rêver de tant de débilité ! Qu’importe si la contestation et l’opposition populaire devait devenir trop dangereuse pour ces noirs dessins d’un pouvoir jusqu’au-boutiste, les lois qui permettent de tuer sans sommation viendront renforcer la puissance d’un autoritarisme qui a de plus en plus de mal à cacher son visage. Les nervis de cette démocratie bourgeoise totalitaire au service du capitalisme n’auront pas de scrupule à obéir, il paraît que la note d’admission au concours pour entrer au sein des forces de l’ordre a été descendu à 7/20, faute de candidat·e. La fille délinquante du tortionnaire borgne, cheffe de file d’un parti corrompu jusqu’à la moelle, créé par des nazis et des collabos, aura beau annoncer sa candidature à la présidence de la presque feu République Française, on sait que le fascisme a déjà commencé à gangréner méchamment la tête de l’état qui ne demandait que ça, soyons-en sûr. De toute façon quelque soit la couleur des gouvernements des démocraties bourgeoises et capitalistes, ceux-ci se fichent bien de leur peuple, ils ne sont là que pour permettre au capital de se concentrer à outrance dans les mains d’une infime minorité qui rend la vie infernale à tout le reste de l’humanité.
Voilà ce que je me suis efforcé de documenter ces six dernières années à travers mes 300 billets hebdomadaires, je sais que le temps long est le seul qui permet la réflexion. J’espère donc avoir convaincu une ou deux personnes dans tout ce temps là. Et si cela n’a pas été le cas, j’aurai au moins posé ma pierre à l’édifice. Peut-être certaines et certains d’entre-vous vont être content·e de me voir partir. Je me demande pourquoi tous et toutes ces tristes mines me lisent si ce n’est pour avoir juste le plaisir de m’envoyer des messages d’insultes ou de haine. Je sais surtout que beaucoup seront tristes de ne plus me lire ou m’écouter. C’est vrai que dans cette guerre culturelle qui se joue à travers les médias et l’information, en me mettant en retrait, j’ai l’impression de déserter un peu. Mais soyez sûres autant que sûrs : je vais continuer à interroger le monde de Sapiens à travers ma pratique. Et puis, même si parfois les obligations de la vie m’en tiennent loin, mon engagement pour améliorer la condition des artiste-auteur·ices, et plus particulièrement dans le domaine des arts visuels, reste intact à travers mon syndicat, le STAA Cnt-So [+], et aussi au niveau local dans la Cité Mondine, avec le collectif Travailleureuses de l’Art 31 – TDA31 [+]. Le combat continue sans cesse.
Et rassurez-vous aussi, dans ces batailles des idées où la stupidité et le mensonge gangrène même les fleurons les plus prestigieux du service public de la radiodiffusion, il existe pléthore de médias qui savent garder le cap de la raison, en vrac et sans hiérarchie : des Blast, Reporterre, Médiapart, Humanité, Contre-Attaque, Bon Pote, Relève et la Peste, Basta!, Histoires Crépues, Street Press, Bondy Blog, Médiacités, Cerveaux non disponibles et bien d’autres auprès desquels je m’excuse de ne point les citer. Il existe aussi des humoristes bien saignant·es sur les ondes comme ailleurs qui remettent les choses au clair, tellement l’humour est une arme absolue, ou encore dans ce domaine de l’humour qui fait mal où l’on presse la fange, des revues d’images comme « Glupatate » sont toujours bonnes à voir. Bref plein d’espaces de libertés qui nous sortent des carcans de la presse d’accompagnement et de préfecture. Vous pouvez tout aussi bien rester à l’écoute de ma très chère Radio FMR [+] de Toulouse.
Les mois qui viennent vont être déterminants pour notre avenir en commun, tout du moins pour la France et le modèle que ce pays représente malgré tout dans toute sa diversité. Une diversité qu’elle soit interne avec les cultures minorées de son territoire comme externe avec les cultures qui nous viennent du monde entier. Avec ma conviction profondément anarchiste, je sais que je vous ai souvent dit à quel point les élections étaient des pièges à cons, désolé pour la trivialité de mon propos, mais je sais aujourd’hui que l’on ne peut pas se battre contre la force des moulins, et j’ai mis de l’eau dans les miens. Pour le coup il n’y a aucun doute dans ces prochaines élections, comme je viens de le faire pour les dernières municipales, je voterai pour tout candidat de gauche de rupture et en l’occurrence pour le candidat LFI à la Présidence de la République, comme le ou la candidat·e du même mouvement qui se présentera à la députation dans ma circonscription. C’est le seul programme qui tient la route pour garantir un avenir, même ad-minima, à nos enfants. Je le dis haut et fort, point à la ligne !
Voici donc les derniers mots de ma dernière Chronique du lundi, je vous quitte avec une petite larme à l’œil, mais restons connecté·es car nous avons l’avenir en commun. Adissiatz e a plan lèu… Tot almens, l’espèri fòrt mas amigas e mos amics !

Audio diffusé la semaine du 13 juillet 2026 sur les ondes de Radio FMR -Toulouse :
La suite la semaine prochaine pour une nouvelle « Chronique du lundi »…
PhP
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Bravo pour cette chronique. Bonne suite à vous
Une belle et lucide chronique qui résume la révolte des précédentes. Merci et vive l’art libre !
Salut Philippe.
Merci pour tes chroniques et pour cette vision que tu as.
Si tu en restes là, ce serait bien que RadioFMR s’organise pour proposer une suite… Peut-être Migoch aura une idée…
Pour l’élection 2027 ? Pas gagné, mais un agréable imprévu peut arriver !
Bel été.
Robert le projectionniste