16.11.2020 – Chronique du lundi

16 novembre 2020 § Poster un commentaire

Un artiste, un centre d’art et un ministre de l’intérieur…

Comment écrire ici que depuis ma dernière chronique, et même depuis un bon moment, bien des choses me font braire comme on dit vulgairement ? D’où ce titre énigmatique à coup sûr, car cette chronique de mi-novembre est pensée et écrite comme une phrase allemande, il vous faudra en atteindre la fin pour comprendre où je veux en venir.
Ça me fait penser à « Quoi de neuf ? » un exercice hebdomadaire que les enfants de la classe primaire du jeune fils de ma compagne Thérèse doivent exécuter devant leurs camarades de jeux pour raconter… Quelque chose !

En tout cas et pour en revenir aux faits, au milieu de ces aberrations quotidiennes du monde et des gens qui le composent, rien ne m’énerve plus que ces espèces de non-événements retenues par l’actualité jusqu’à en devenir de beaux arbres feuillus bien verts qui cachent la forêt d’épineux.
On passera encore une fois sur les élections aux US qui ne finissent pas de nous tenir en mauvaise haleine alors que, de l’Afrique à l’Amérique du Sud, d’autres pays nous demanderaient un peu plus d’attention.
On ne s’attardera pas non plus sur les horreurs renouvelées à chaque épisode du terrorisme qui n’intéressent apparemment personne quand il se trouve hors de nos frontières hexagonales.
On ne donnera pas plus de touches du clavier à ces discours de crise sanitaire pour ne rien dire distillés par notre gouvernement nageant en plein délire imbécile.

Comme le faisaient dernièrement remarquer des amis, grâce à ce monde de l’info en continu et des réseaux de la toile, nous pouvons illustrer ces néants et ces insignifiances par la fameuse phrase de ce bon vieux joyeux drille de Ludwig Wittgenstein : « Ce qui peut-être dit, peut être dit clairement et Il faut passer sous silence ce dont on ne peut parler. »
Tout de même, une pensée émue mais réjouie pour ces pauvres cathos qui veulent retrouver leur messe dominicale dans l’indifférence générale mais à coup de poings… C’était juste ma petite touche vacharde d’islamo-gôchissse !
Et puis en parlant de notre ami Ludwig un peu de lecture saine dans ce monde de brutes ne peut pas faire de mal, vous tenez ici le Tractatus Logico-Philosophicus en un clic [+]

Ceci dit soyons honnêtes, l’affaire qui a agité ces derniers jours le monde de la pensée basse des réseaux paranoïdes ainsi que du vide journalistique entretenu, reste tout de même un objet issu de ce même ventre mou insipide autocentré des médias et de la politique : un bien fameux hold-up…
Un hold-up en marche où les vieux briscards de l’info spectacle y verrons le bon coup des méthodes crapuleuses de la « monoforme ». Comme cet exemple parmi tant d’autres : extraire deux minutes d’images et de paroles avec une sociologue bien connue et ancrée fortement à gauche sur un entretien d’une heure et ne garder au montage que le mot Holocauste, on est sûr de faire carton plein quoiqu’il arrive.  Bref je n’ai pas grand chose à dire de plus sur ce non-film/non-événement.
Tout à été dit, tout à été expliqué bien mieux que je ne pourrais le faire comme sur cette vidéo qui elle même reste certes fort dans cette fameuse monoforme de l’info décrite par Peter Watkins (lire ma chronique de lundi dernier), enfin plutôt dans la forme youtubeur, mais qui est tout de même pas trop nulle, quoi que, enfin à voir ici : clic [+]
Mais plus généralement quand il s’agit de démonter des théories débiles de complots, à part citer la fameuse phrase de Rocard : « Toujours préférer l’hypothèse de la connerie à celle du complot. La connerie est courante. Le complot exige un esprit rare. », j’aime bien montrer ce petit objet visuel fait par des gamins d’un lycée de Bondy en France, sous la direction du réalisateur William Laboury il y a déjà quatre ans et qui est un très bon outil de désintoxication ainsi que d’amour pour les chats, voir sur Vimeo : clic [+]

De toute façon et une nouvelle fois quand il s’agit de décrypter les images de l’actualité, comme les semaines dernières, je conseille juste des lectures (Watkins, Bourdieu, Stiegler, Deleuze, ou même Debord, liste non exhaustive !), ou si on est rétive et rétif aux longues lectures au coin du feu : voir et/ou entendre au moins de vrais émissions ou de vrais documentaires sur les sujets de l’info, de la télévision et du spectaculaire (toujours Watkins, Bourdieu, Stiegler, Deleuze, ou même encore Debord, liste toujours pas exhaustive !). Allez c’est cadeau : un peu de Deleuze dans l’Art et les sociétés de contrôle par exemple clic [+]

Le plus cocasse est que cette affaire m’amènerait à tomber d’accord avec les ennemis intimes de ma pensée, pour défendre une certaine idée de la pluralité. Comme quand une députée En Marche, hystérique, pète les plombs sur un plateau de LCI et que l’on se prend à s’accommoder des gros crétins de journalistes et éditorialistes pour défendre la diversité d’expression à défaut de liberté d’expression.
Là, il me paraît de plus en plus clair que le bloc bourgeois est aux abois, il ne maîtrise plus rien par sa communication, il lui faudrait être plus dur, mais en fait ses nervis, ses petites mains commencent à décrocher…

Il leur est donc nécessaire d’un côté d’allumer des contrefeux (tactique classique de spin doctors) et d’un autre côté de criminaliser la dissidence (stratégie hasardeuse extrême droitiste). Avec en prime ce bon vieux réflexe de la culture politique française : centraliser la décision à outrance (réflexe frileusement franchouillard). Comme ce décret appliqué l’été dernier en catimini pour l’organisation de l’état dont la déconcentration passe désormais dans les petits doigts agiles du ministère de l’intérieur, lire cet article dans la revue « Reporterre » pour s’en faire une idée précise clic [+]
Et que dire de la fameuse loi relative à la sécurité globale qui va être votée sous peu qui devient une belle arme dans cet arsenal de prise en main par une poigne de fer ? Ce n’est pas vraiment flou.
Pour comprendre les enjeux de cette loi en compagnie de David Dufresne et Frédéric Lordon suivez ce clic [+]

Trêve de plaisanteries , sans développer de paranoïa politique outrancière je trouve réellement la situation plus que préoccupantes et j’espère ne pas être le seul, car en fait elle est tout simplement grave. Ici pas de complot, pas de messes basses ou d’ordre satanique reptilien caché à la conquête du Monde et de nos vies, la dérive se construit sous nos yeux en pleine clarté. Elle est l’application du véritable programme politique assumé par le pouvoir en place.

Toutes ces histoires sus décrite dans cette chronique font feux de tout bois pour à peine cacher quelques tristes vérités dont la première est sous nos yeux : tranquillement, ouvertement, la censure s’immisce au plus profond de nos vies individuelles comme collectives.
Au plus haut de l’état on nous claironne la défense de la liberté d’expression et de notre mode de vie profondément démocratique, alors que le pouvoir intervient de plus en plus directement et montre ses pectoraux, tel un aréopage de gorilles moyens et affolés.
Comment peut-on laisser faire ce type de pratiques d’un autre âge ?
Comment perdre encore du temps à polémiquer sur des vacuités, cracher sur des plus faibles que soi sans rien trouver à redire aux forces qui nous écrasent, croire encore à la compétition et à l’ascenseur, alors que le bâillon est déjà sur nos bouches et que nous devrions toutes et tous travailler et nous battre ensemble pour tout au moins l’écarter… Bon d’accord j’écris ça parce que j’avais envie d’écouter « If the kids are United », petit moment anarcho-punk de cette chronique, pas le meilleur des morceaux de cette époque bénie de ma jeunesse mais un hymne sans conteste (version live) si vous suivez ce clic [+]

D’ici la fin de cette triste année 2020, si tout se passe comme prévu par le gouvernement français, les journalistes de terrain ne pourront plus faire leur boulot. Ceci dès que cette fameuse loi relative à la sécurité globale sera votée par une majorité qui ne représente presque plus personne.
Comme prémices à cette agonie annoncée de nos libertés, il y a déjà plus d’un mois un artiste plasticien et son questionnement sur les pratiques de surveillance numérique s’est retrouvé écrasé par la censure directe de l’état. Pour celles et ceux qui ne sauraient pas de quoi il retourne, un petit récapitulatif rapide et succinct en trois points.
Premier point : Paolo Cirio un artiste plasticien italien devait présenter un travail au Studio National des arts contemporains Le Fresnoy à Roubaix dans le Nord, une installation inspirée de portraits de policiers, installation qui questionnait les pratiques de reconnaissance faciale dans la parfaite continuité de son travail autour des espaces sociaux touchés par l’Internet.
Deuxième point : ayant eu vent de ce projet, notre fier ministre de l’intérieur a twitté rageusement contre cette action artistique, et on imagine a dû peser fort de tout son poids pour le faire capoter, menaçant artiste et institution artistique de représailles juridiques.
Troisième point : Le Fresnoy a déprogrammé l’exposition et Cirio annulé la mise en œuvre de cette installation performative…
Pour avoir plus d’infos sur l’affaire on peut lire La Quadrature du Net : clic [+]
Ou aussi  la Lettre ouverte de Paolo Cirio à la Ministre de la culture sur son site : clic [+]
Mais on l’aura compris, tout ceci est passé rapidement hors des zones audibles de l’info, le bruit sourd de la pandémie ayant occupé tous les espaces depuis des semaines.

Notre bon ministre de l’intérieur actuel est bien le digne héritier de Peyrefitte qui n’était pas fasciné que par l’éveil de la Chine, mais aussi par l’expression du bon goût bourgeois et dictait ainsi directement le texte des journaux télévisés aux présentateurs de la Radio Télévision Française.
Le Grand Bond en arrière de la République, sauf que Bachelot n’est pas Malraux !
Nous voyons donc au grand jour dans cet exemple parmi tant d’autres où le pouvoir décomplexé a positionné son curseur entre liberté d’expression et autoritarisme d’état, en Grand Protecteur des intérêts supérieurs du bloc bourgeois.

Alors que faire ? Allons-nous nous laisser sombrer dans le désespoir et le défaitisme ? Non évidemment, le combat est encore et toujours d’actualité, surtout dans nos secteurs sinistrés des arts et de la création. Ne jamais laisser un mètre de terrain à celles et ceux qui prônent la sécurité contre la liberté (liberté individuelle comme collective). Au-delà de la pandémie qui rôde il faut savoir se détacher de ces espaces mortifères de la compétition bien souvent aussi ancrée dans l’esprit des artistes, pour imaginer des terrains de recherches empathiques et contributifs. Oui je sais, en écrivant ces derniers mots, j’avais sûrement encore envie d’écouter les Sham 69. En version studio ce coup-ci en un clic [+]
Plus profondément, même s’il ne nous reste souvent que l’humour pour avancer : après tout il me semble qu’il n’est pas si compliqué de ne pas vouloir être à tout prix sur la photo de première page du catalogue. Le vrai travail de l’artiste-auteur·e·s ne me semble pas avoir à se trouver là. Plutôt, me semble-t-il toujours, l’artiste doit trouver son crédit dans d’autres champs d’actions, et en premier lieu dans le développement d’un langage propre à questionner le futur de notre espèce. Futur de notre espèce qui me semble enfin être contributif.
Ceci écrit et après tout il se peut que je puisse me tromper lourdement et que je ne déblatère dans ces quelques lignes que des élucubrations utopiques de vieux con d’anarchiste.

Mais tout de même, je discutais ce matin avec des ami·e·s artiste parce que nous venions en aide à un autre artiste touché par un grave accident de santé. Nous nous disions et constations que seule l’organisation entre nous dans l’entraide et la solidarité face aux situations souvent pénibles de la vie nous préservait de la dureté du monde. Et donc que l’on ne récoltait que l’empathie que nous avions pu semer tout au long de nos carrières, bien plus que l’exploitation de nos démarches artistiques. Ce qui ne veut pas dire que nos démarches n’avaient rien à dire ou aucune valeur, juste que cela nous obligeait à beaucoup d’humilité et d’honnêteté.

Sinon que dire de plus… Ah oui, dans le journal le Monde, sous la plume de… Je préfère ne pas m’en souvenir… Nous voyons poindre chez les artistes confinés des bouillonnements mais aussi du désarroi. Allons les jeunes, du courage, tout ceci n’est pas bien grave nous venons juste de fêter les 50 ans de la mort du Général… Bon, hé bien ciao, retrouvons-nous à la chronique de la semaine prochaine. Chronique où je pourrai dire le plus grand mal de certaines politiques artistiques locales… Tremblez vieilles carcasses, l’Œil de la Pastèque arrivera à point nommé !

Et tiens puisque c’est cela, et même si ça n’a rien à voir, je l’affirme avec le poète : la femme est l’avenir de l’homme…

Dessin au crayon de Louise Michel de Philippe Pitet - Plasticien

Dessin au crayon de Louise Michel – Série « La femme est l’avenir de l’homme »

Dessin au crayon de Rosa Luxemburg de Philippe Pitet - Plasticien

Dessin au crayon de Rosa Luxemburg – Série « La femme est l’avenir de l’homme »

Dessin au crayon d'Emma Goldman de Philippe Pitet - Plasticien

Dessin au crayon d’Emma Goldman – Série « La femme est l’avenir de l’homme »

La suite la semaine prochaine pour une nouvelle « Chronique du lundi »…

PhP

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