14.12.2020 – Chronique du lundi

14 décembre 2020 § 2 Commentaires

Enfin voici le fameux Œil de la Pastèque !

Quel titre bien étrange que voilà… L’Œil de la pastèque… Lundi, monday, Montag, diluns, une nouvelle chronique dont on prend l’habitude à présent. Un peu comme un avion qui serait mis dans sa trajectoire de croisière, ou plutôt comme un satellite mis en orbite. D’autant que ça y est enfin : cette chronique est tout aussi également écrite que dite.

Et oui je peux enfin écrire, enfin dire, enfin les deux :
amies auditrices, amis auditeurs… Bonjour !

Il y avait vraiment longtemps que ces mots n’étaient pas sortis de ma bouche, après avoir été couchés sur le papier, pour être crachés (pas trop fort, évitons la saturation !) dans le micro.
Me revoilà dans mes pénates radiophoniques éphémériennes, sur Radio FMR [+] – Toulouse. Mais que l’internaute se rassure, vous le voyez, vous pouvez lire ces quelques mots, comme tous les lundis, sur mon site, pour la radio je répète l’url des chroniques, https://philippepitet.com/tag/la-chronique-du-lundi/, enfin juste le nom du site suffit : « philippe pitet point com » et vous pouvez vous laisser guider jusqu’à ces chroniques ci-présentes. Sinon, si vous y êtes déjà dessus, et bien… Vous voilà devant mon texte, et vous pouvez continuer à me lire !
Ceci dit vous pouvez faire les deux, écouter et lire, ainsi vous bénéficierez des liens que je n’hésite jamais à partager pour que vous puissiez surfer vers toutes les informations que je distille ici et maintenant, ceci dit (écrit !) il y en aura peu dans cette chronique, je vous prie de bien vouloir me laisser le temps d’apprivoiser la difficulté du multisupport.

Voilà donc cette chronique du lundi 14 décembre 2020, sur sa double orbite (pour revenir à la métaphore spatiale de son début). Alors les internautes, à l’inverse des auditrices et auditeurs, ont l’habitude de lire mon humeur du moment. Cette humeur qui souvent est une mauvaise humeur tellement les nouvelles du Monde sentent mauvais. Heureusement je suis un artiste qui sait ce qu’est la résilience, sinon voilà bien longtemps que je ne serait plus de ce dit Monde.

Tout le monde pouvait s’en douter, aujourd’hui comme depuis le début de cette série de chroniques : les turpitude de notre bon gouvernement français n’en finissent pas d’enchanter les abysses de l’imbécilité. Dans tous les cas grâce à notre super ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur, en charge de la citoyenneté nous savons nos plans à trois sauvés, on ne peut qu’en rester muets, du coup je ne vous entretiendrai pas de la pression insensée mise sur l’exécutif par certains syndicats factieux de nos beaux professionnels du maintien de l’ordre. Ce dernier terme me permet de faire petit clin d’œil à de vieux potes de cette antenne sur laquelle je parle, je rappelle pour les internautes qui me lisent, l’antenne s’appelle Radio FMR – Toulouse et émet depuis 1981 par les ondes FM sur la fréquence 89.1Mhz de la belle Ville Rose, depuis 1998, exploit technique insensé à l’époque sur le trois w point radio tiret f, m, r point net [+]. Et depuis peu sur la radio numérique terrestre, mais là je ne sais pas encore comment on y branche son poste… Bref oui un petit clin d’œil pour mes vieux potes qui animaient dans les années 80 une émission, fortement satirique, sur les professionnel du maintien de l’ordre.

Tant que nous sommes sur le terrain mémoriel de nos jeunes années, enfin je parle de mon terrain évidemment, même si je vous embarque dans mes élucubrations, je vais oublier l’actualité mortifère pour rester dans les fameuses années 80. Grâce à quelques fils d’actualités sur quelques plateformes de réseaux sociaux, des souvenirs me sont remontés du fin fond de ma mémoire enfouie. D’une époque de punk et rock and roll, où quand on était un jeune artiste il paraissait y avoir des possibles et un avenir, malgré le No Future scandé à tue tête.
À cette époque à Toulouse, j’arrivais presque à la fin de mes études en art (mais plus dans la Ville Rose, c’est compliqué et j’y reviendrai un autre jour sûrement), donc à Toulouse en début de l’année 1985, alors que quelques basculements commençaient à poindre leurs nez, un poignée de jeunes artistes du moment, tout juste diplômés, encore en école d’art, en fac, ou aussi tout simplement, comme il était encore possible de le faire à l’époque, totalement autodidactes mais très talentueuses et talentueux dans les pratiques visuelles et plastiques, porté·e·s par cette formidable énergie rock qui soufflait depuis presque une décennie des deux côtés des Pyrénées, décidâmes de créer une zone de diffusion artistique nommée « Nouvelle Galerie Atomium », à l’intérieur d’un fabuleux magasin de disques toulousain « L’Atomimum » créé et tenu par le non moins fabuleux Vincent Berlandier. Ça y est j’ai enfin placé ma phrase à rallonge !

J’en suis venu à cette exhumation de mémoire car j’ai souvent l’impression que pour beaucoup à Toulouse, entre : les récits pompiers de la bourgeoisie boursoufflée locale qui se donne pour héros, des personnages insignifiants (remarquez bien : jamais d’héroïne !), les histoires pas toujours bienveillantes d’un microcosme de l’art plus que souvent hors-sol, et l’écrasante storytelling pseudo pop du street art local, rien n’aurait pu se passer ou il n’y aurait pas eu d’histoire de l’art antérieure à une certaine époque sur les bords de la Garonne entre les confluents de l’Ariège et du Tarn.
Et bien je le dis avec force : non ! C’est grâce à toute cette mouvance que j’ai eu le plaisir et l’honneur de rencontrer des artistes extraordinaires et, avec tant de ces artistes, de montrer mon travail dans des grandes manifestations d’art contemporain comme Art Jonction à Nice en 1986 et de partir explorer cartons à dessins sous les bras les contrées connexes de la Catalogne à la Rhénanie, voire pousser vers des horizons plus lointains dans les pays de l’Est d’avant la chute du mur et accoster sur les rives de l’autre côté de la Méditerranée. Il faudrait toujours écrire l’histoire nous-même avant que d’autres ne l’écrivent pour nous. Et surtout affirmer que cette histoire de l’art est bel et bien écrite par les artistes même.

Je dois avouer aussi que participer aux battements de cœur de cette histoire m’a surtout permis de comprendre que l’art contemporain n’était pas le même à l’étranger qu’en France. Quelle triste ironie que de voir toutes ces hiérarchisations, ces concentrations, ces aveuglements, ces mépris, ces impasses et ces incultures qui caractérisent l’art dans l’hexagone vis à vis de ses artistes contemporaines et contemporains depuis des décennies.
Je parle des artistes, mais j’embarque dans cette galère tout notre écosystème non-marchand, comme : les travailleuses et travailleurs de l’art ainsi que les enseignantes et enseignants en art. Tout aussi souvent que les artistes elles et eux aussi ont à pâtir de la précarité structurelle dans laquelle toute la filière (quel vilain mot) est confinée. D’autant que pour souvent aussi elles et ils sont des artistes qui ont mis de côté leurs pratiques pour soutenir avec conviction la diffusion de l’art auprès des publics. Et malheureusement sous-pression, par manque de moyens, par manque d’infrastructures de l’art en général, toutes ces personnes se retrouvent à reproduire des erreurs fondamentales d’exclusions dans leurs actions sur les territoires. Et ne voient pas l’enfer qui se met en place tellement les pavés de leurs intentions sont bons.

J’écris et dis cela en pensant à la mise en place de l’opération Document d’Artiste en Occitanie.
Pour rappel : DDA a pour mission de constituer un fonds documentaire en ligne consacré aux artistes visuel·le·s vivant dans la région et représentatif·ve·s d’une pluralité de générations, de démarches et de pratiques artistiques contemporaines. Il présentera sur un site Web tout un corpus documentaire mettant en valeur le travail des artistes sélectionné·e·s. Voilà le mot est dit (écrit aussi) : sélection !
Avant toute chose je tiens à affirmer mon amitié profonde pour certaines des personnes qui sont dans cette nef, au jury comme chez les impétrantes et les impétrants, j’apprécie sincèrement celles et ceux que je connais moins, et je respecte fortement les autres. Beau jury, belles personnes récompensées, beaucoup de bonheur à voir cela…

Oui mais, il y a toujours un côté sombre à toutes choses, pour moi c’est ce fameux mot : sélection.
Alors à ce point de la chronique, un peu roborative je l’avoue, vous me direz qu’il faut bien sélectionner un peu dans la vie, on ne peut pas accueillir toute la misère du Monde ! Déjà je vous rétorquerai que la vrai citation de feu Michel, pas Rocard mais Sapin, n’est pas cette phrase tronquée car elle se termine par : « … Mais elle peut prendre sa part de cette misère », il parlait de la France évidemment. Ensuite il ne s’agit pas d’une vaste sélection parmi les quelques milliers d’artiste-auteur·e·s plasticien·ne·s qui se trouvent en Occitanie, il faut voir ici la sélection de 10 artistes, oui 10 artistes par an, c’est un peu comme si on se mettait à couper une forêt de bambous au couteau suisse.
Dans un moment tellement difficile, tellement complexe, tellement mortel, où l’on aurait besoin de renouer avec ce qui a fait pendant plus de deux centaines de milliers d’années l’histoire de Sapiens avant l’arrivée de l’agriculture, c’est à dire le partage, la contribution, l’attention, le soin, le total inverse de la compétition, dans un de ces moments de l’histoire où l’on pourrait imaginer que nos positions d’artistes tant précaires donnent à réfléchir à d’autres postulats, d’autres comportements, ce mot sélection mis en œuvre ainsi paraît tellement contreproductif, presque à contre-courant de l’histoire à venir. J’espère tout de même très sincèrement me tromper à propos de la vision que j’ai de cette affaire, en somme bien épiphénomènale dans toute cette histoire.

En fait, je dois être clair et assumer mes dires : de toute façon, sans intention de vexer quiconque, je suis persuadé que des initiatives menées par des artistes elles ou eux-même ont plus de portée que des initiatives institutionnelles fermées dans un trop grand entre-soi. Des initiatives d’artistes comme, pour rester dans les terres Occitanes, cette expérience occitanies.art [+] menée par la plasticienne Marianne Plo, ou encore Le Salon Reçoit [+] du plasticien Laurent Redoules, ou enfin (mais la liste est loin d’être exhaustive) l’initiative de l’artists run space Lieu-Commun [+] avec sa Webtv [+], dont j’ai abondamment parlé il y a quelques rubriques de cela. Et presque pour me brosser le poil dans le bon sens et tirer une part de la couverture vers moi, j’aurais pu tout aussi bien donner l’exemple de « Bricodrama | Biennale régionale Arts Visuels – Lieux d’artistes » [+], difficile initiative, mais formidable élan de rencontre entre artistes et publics.
Oui les initiatives d’artistes sont souvent bien plus efficaces que ces opérations à décisions verticales qui ne font que faire tourner en rond les actrices et acteurs de notre milieu de l’art comme des poissons rouges en bocal. Ce sont ces initiatives qu’il faut soutenir et non créer de nouveaux dispositifs, des mille-feuilles qui ne rajoutent souvent que des confusions dans la perception publique de l’art.

Notre devoir est un devoir de solidarité entre nous (artistes, travailleuses et travailleurs de l’art, enseignant·e·s, étudiant·e·s, … ) évidemment, mais tout autant envers la société dans laquelle nous vivons, c’est un peu notre ADN, malgré ce que peuvent en penser beaucoup, surtout dans les milieux culturels qui ont toujours tendance à avoir leurs nombrils comme points de mires. En tant qu’auteur·e·s (surtout dans les arts visuels et plastique) nous donnons beaucoup pour recevoir peu.

Pour conclure cette pas si longue chronique tout compte fait (je regarde les minutes s’égrainer sur l’horloge de la radio !), j’ai tout de même ressenti énormément de colère, de chagrin plutôt, quand j’ai appris par voix de presse sur France-Culture [+] que les musées et les lieux d’expos seraient restés fermés après le 15 décembre parce que si jamais ils avaient été ouverts à cette date : le Ministère de la Culture savait que le monde du spectacle vivant aurait attaqué l’état bille en tête pour défaut d’égalité face aux mesures de restrictions.
Nous ne pouvons, quand je dis nous c’est au nom de tout l’écosystème des arts visuels et plastiques, nous ne pouvons donc pas être accusé·e·s d’individualismes et de non-solidarité dans le monde de la culture, comme je l’ai entendu souvent de la part d’autres actrices et acteurs de ces milieux culturel hors de nos pratiques… L’inverse n’aurait pas été possible évidemment, les salles de spectacles auraient été ouvertes sans les lieux de monstrations d’arts visuels, personne dans le monde de la culture n’aurait levé le petit doigt pour nous soutenir. Nous le savons, mais nous nous en fichons car nous avons l’habitude de crever la bouche ouverte, en tout cas nous pouvons nous regarder dans un miroir sans avoir à rougir.
Comme nous nous le disons souvent avec Thérèse Pitte [+] ma compagne, dois-je encore vous le préciser ? Nous ne voulons pas mourir sur scène !

Je vais arrêter là, car je ne veux surtout pas passer pour celui qui casse l’ambiance dans un combat général où toutes les forces doivent converger…

Du coup en guise de vrai conclusion de la rubrique de ce jour, nous continuons notre labeur d’artistes malgré les annulations qui continuent. Face à l’adversité nous continuons en outre à prendre nos bâtons de pèlerins et parfois de combats avec des actions que nous menons accompagnés beaucoup au sein du Collectif Art En Grève Occitanie [+], comme cette action du 15 décembre 2020, demain donc, en faisant un saut dans le continuum espace-temps, peut-être en aurez-vous entendu parler…

Fausse affiche créée par Philippe Pitet pour annoncer la seconde édition de la Biennale Bricodrama (Biennale Arts Visuels - Lieux d'artistes en Occitanie)

Affichette de préparation de la 2e Biennale « Bricodrama » – 2019

La suite la semaine prochaine pour une nouvelle « Chronique du lundi »…

PhP

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