09.05.2022 – Chronique du lundi

9 mai 2022 § 2 Commentaires

À contre-courant…

Amies et amis internautes, joyeuses et joyeux auditeurs autant qu’auditrices (quand j’arrive à enregistrer et diffuser mes chroniques) je n’irai pas par quatre chemins aujourd’hui, permettez moi de vous souhaiter tout de go la bienvenue dans cette Chronique du lundi 9 mai 2022.
Une chronique dont je débute l’écriture très tard, sous le Soleil après un petit déjeuner mal équilibré et gorgé de thé. Voilà que j’entame la conception de ces chroniques de plus en plus tard, mon horloge interne doit se décaler à l’arrivée des beaux jours.

D’ailleurs dois-je vous avouer que je suis d’une humeur assez joyeuse ce matin ? Ce printemps me ragaillardit jour après jours. Après plusieurs semaines, que dis-je, plusieurs mois de douleurs physiques intenses qui se sont conclues par une série de sérieux malaises préoccupants, mais auxquels le corps médical des urgentistes sut efficacement faire face, j’ai l’impression de sortir enfin et un peu la tête de l’eau. Bien sûr il ne faut jamais vendre la peau de l’ours comme on dit, mais pouvoir respirer normalement, pouvoir avaler normalement, sans parler de tout le reste, permet d’avoir la tête tout de même plus claire. Dans tous les cas connaître les causes de nos tourments, nous permettent de mieux y faire face. L’idée débile du créateur ou de la créatrice torturé·e qui ne sait créer que dans la douleur est une bien belle imbécilité perpétuée par une imagerie romantique petite bourgeoise au rabais. L’artiste étant un travailleur ou une travailleuse comme les autres, il n’a aucune raison objective de se soustraire aux lois de la physique.

Par-contre je dois aussi vous avouer que je ne pourrai pas m’éterniser aujourd’hui, je n’ai que quelques minutes pour rédiger et clore cette chronique. Malheureusement, même si ce gai printemps me ragaillardit, disais-je, la forme n’est toujours pas complètement au rendez-vous.
D’autant que les jours pénibles qui viennent de s’écouler dans ma peau, se mêlent aux jours pénibles de cette ambiance d’élection présidentielle clivante pour rien, de guerre monstrueuse à l’Est, de désastres humanitaires au Sud et de catastrophes climatiques à répétition. Et puis ces baisses de capacités physiques m’ont tout de même fait abandonner un temps le front de mes activités en général, malgré tous les efforts que j’ai pu faire pour ne pas décrocher, il me faut à présent ramer de plus belle pour me remettre à flot.
Du coup je n’écrirai et ne dirai que quelques mots aujourd’hui, assez pour faire présence honorable, mais sûrement pas assez pour vous satisfaire. Je le sais et vous prie de bien vouloir m’en excuser à l’avance.

Une nouvelle fois, je ne parlerai pas d’art, si ce n’est pour regretter la disparition récente de deux artistes dont j’aime beaucoup le labeur et qui avaient un peu de mon vieux Tarn en commun. Le premier est Thierry Boyer [+] qui est mort bien prématurément il y a un peu moins d’un mois, comme on peu le lire en lien ici [+]. Thierry Boyer développait un très fort travail autour du vivant et du monde rural. Il avait installé son atelier à Carmaux, cette ville dont Jaurès fut député jusqu’à son assassinat. J’espère que l’on pourra voir les œuvres de Thierry encore longtemps après sa disparition.
L’autre artiste disparu la semaine dernière est Jean-Paul Albinet [+], né au milieu des années 50 du XXe siècle, en 1954 exactement, à Albi plus encore exactement.
Je ne connaissais pas Albinet personnellement, je l’avais croisé deux fois de loin, mais là aussi et dans une autre sensibilité et d’autres interrogations, j’ai toujours trouvé son travail remarquable. Il fut le cofondateur avec Philippe Cazal [+] et Alain Snyers [+] du groupe « UNTEL » [+],
Jean-Paul Albinet questionnait les enjeux de la société de consommation et des médias. En 1990, il a été le premier artiste à se faire attribuer par Gencod-EAN France, sa signature sous forme de code à barres à lecture optique, accompagnée du numéro 337731, qui identifie toute sa production artistique.

Voilà que le temps de cette chronique est presque terminé. Avant de la clore je voulais être optimiste malgré les lourdes nouvelles. Et juste vous dire qu’un peu comme pour mon corps qui a failli s’écrouler sous les coups de boutoir de l’opportune maladie, les corps de nos sociétés écrasées par cette peste qu’est le capitalisme mondialisé gavé au carbone sont en train de se réveiller à l’aune des « pharmakons » [+] nécessaires à leurs guérisons.
Alors il est vrai que nous en sommes loin, très loin de la rémission. Sauf que, malgré les soubresauts stupides qui vont de la guerre obsolètes aux lobbys industriels et financiers délétères, la conscience prend sont essor et « la raison tonne en son cratère » comme le dit la chanson.
Alors bien sûr aussi : le chemin va être long et escarpé !
Elle est puissante cette société de consommation au service des plus riches qui essayent encore et toujours de nous faire croire aux fables du ruissellement. Car dans notre monde, nous voyons bien que seules les bombes ruissellent.
D’autant que nous vivons en pleine confusion dans ces moment où il s’agit de gérer les priorités face aux enjeux prévisibles du futur proche, que ce soit du point de vue collectif ou à titre individuel. Mais comment pourrais-je blâmer mes congénères ? Congénères dont le dilemme imposé par les puissant·e·s est juste d’hésiter entre « je vais mourir de faim ou par balle tout de suite » et « j’ai un léger répit et je mourrai dans quelques années mais dans d’atroces souffrances »…

Heureusement en France de grands espoirs naissent avec cette alliance qui se forme à la gauche du paysage politique. Il est évident que je regrette de voir le NPA en retrait de cette dynamique, mais soyons honnêtes : un bienveillant retrait. Je regrette aussi que les forces des quartiers dits populaires et des populations racisées ne soient pas assez mises en avant. Ils et elles sont le moteur de cet espoir qui vient. Et je redoute une « nième » resucée du scénario de la domination habituelle. Mais l’espoir est là, il est solide et bien ancré tout de même, aussi guilleret que ce printemps qui me mets en joie. Je ne vais pas gâcher mon plaisir de voir cette dynamique enfin anti-capitaliste en ordre de marche, et avant de vous quitter je vous laisse un lien vers une ébauche d’explication des succès de l’Union Populaire par Clémentine Autain [+], dont j’admire sincèrement le parcours politique.

Sur ces belles notes d’espoir, je vais vous quitter. Mais avant laissez-moi vous convier à l’exposition « 2+2=22, Lesalonreçoit » au musée Denys-Puech [+] de Rodez dont le vernissage aura lieu samedi prochain 14 mai 2022 en fin de matinée.
Cette exposition montrera tout l’été un choix de la Collection du 22 [+], une collection qui retrace la formidable épopée en action qu’est Le Salon Reçoit [+], dont Thérèse [+] et moi faisons partie, entre une multitude d’autres. Il est donc temps de remercier toujours et encore ses deux merveilleuses autant que merveilleux artistes que sont Laurent Redoulès [+] et Anouck Duran-Gasselin [+] pour leur généreuse et précieuse invitation.

Voilà je vous laisse enfin, avec une boucle vidéo que j’avais réalisée il y a déjà à peine plus de 22 ans qui symbolise bien un certain état d’esprit dans lequel je nage tout de même.
Sur ce, je vous dis donc à samedi en chair et en os si le cœur vous dit de venir à Rodez en Aveyron ou à lundi même espace virtuel pour ma prochaine chronique…

Image extraite de la boucle vidéo "Gegen den Strom" de Philippe Pitet - 1999
Image extraite de la boucle vidéo // Pic from the video loop : « Gegen den Strom » – Video 1999

La suite la semaine prochaine pour une nouvelle « Chronique du lundi »…

PhP

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