27.05.2024 – Chronique du lundi
27 Mai 2024 § Poster un commentaire
Artiste, précaire et gentrificateur ?
Chers amis et chères amies ainsi que tous et toutes les autres, en entrant ici dans le chapelé de ces mots vous voilà plongé·e·s dans ma Chronique du lundi 27 mai 2024, à travers ces phrases qui s’égrènent difficilement pour moi lors de leur rédaction ce matin, car mon cerveau fatigue trop mes doigts qui pianotent un clavier récalcitrant, j’espère tout de même que ces dites phrases vous seront faciles à appréhender, vous qui les recevez. Ainsi avant toute chose, à recevoir ces premiers mots de mon billet du jour, je vous prie de bien vouloir y capter mon signal de chaleureuse bienvenue.
Cette bienséante et conventionnelle introduction d’usage exécutée, j’aurai beau incriminer la résistance d’un clavier, j’avoue une nouvelle fois ma paresse qui pointe son nez dans mon esprit depuis que je me suis mis en ordre pour rédiger ce présent exercice hebdomadaire du temps des sapiens qui s’écoule sous mes yeux. Monde qui passe à travers mes sens sur lequel je porte je le concède des élucubrations souvent fantaisistes, approximatives autant que superficielles et toujours aussi partisanes, voire outrancières pour beaucoup. Mais je l’admets aussi : bien souvent jubilatoire à le narrer à travers des phrases alambiquées, complexes autant que bancales !
Mais voilà avec mon âge qui s’avance à pas sûr vers une fin que j’espère lointaine mais néanmoins inéluctable de ma personne, ce monde dans lequel nous vivons me paraît devenir de moins en moins enthousiasmant. Peut-être parce que je ne suis pas actionnaire d’une grande entreprise pétrolière et extractiviste multinationale, scélérate autant que mortifère, soutenue par des états corrompus jusqu’à la moelle, malgré leur vernis démocratique. Fort heureusement je vois une jeunesse active qui empêche ce petit monde de vieux cons de tourner en rond même si la répression [+] devient de plus en plus étouffante.
En parlant de la répression d’une jeunesse consciente, voilà des mois et des années que l’on remarque ce retour à l’ordre fascisant bien en marche, particulièrement en France où les universités et les hautes-écoles se font pénétrer [+] par une police ensauvagée [+] dirigée par un pouvoir qui ne supporte plus aucune contestation. Après avoir accusé tous les autres de la montée du fascisme, après avoir seriné qu’ils étaient le dernier rempart face à l’extrême-droite, le président français et sa clique gouvernementale aux ordres d’une bourgeoisie décomplexée en applique tous les principes de base et fraternise avec elle. Diabolisant pour l’occasion toute opposition de progrès dans le sillage de ses turpitudes.
Du coup l’extrême-droite et le fascisme progressent et pas seulement dans le pays dit des « droits de l’homme », la nausée extrême progresse partout dans le monde [+], elle est au pouvoir d’ailleurs dans beaucoup de zones de notre planète où la guerre fait rage. En Europe elle caracole en tête sous l’œil bienveillant des médias aux mains du bloc bourgeois, voire avec leur implication active. Comme le dit justement un tag vu sur les murs : « Le capitalisme c’est 5 flics pour un manifestant et 1 infirmière pour 30 patients ! ».
Parfois j’interroge le savoir et la connaissance des sapiens pour comprendre comment tout cela peut arriver. Comment des peuples instruits peuvent oublier « […] que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de l’homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements […] » ?
Bien tristement je me dis que le savoir et l’instruction ne fait pas tout. Que le rouleau compresseur du totalitarisme de la pensée est difficile à contenir, les dogmes faisant l’apologie de la force et les religions – bras armés de l’obscurantisme – tiennent le haut du pavé. Alors que même si elle résiste de son mieux, l’éducation des citoyen·ne·s, au lieu de faire œuvre d’émancipation, participe à la normalisation des propos d’exclusions, de compétitions et d’impassibilités. Les idées faciles d’accès sont devenues incontournables à travers les grandes messes de la société de consommation et du spectacle à l’image d’une flamme d’un autre âge qui traverse une France bien ancrée dans la stupidité congénitale ou de tapis rouges abreuvés de faux combats au nom de l’égalité des genres qui ne feront jamais bouger les lignes.
Vous comprendrez que tout cela fait peur, en tout cas : me fait peur !
Voilà des mois, des années que l’on sait qu’il faut tout changer, de la gouvernance de notre espèce aux comportements sociaux de chacun·e·s de ses individu·e·s. Voilà des années que nous savons que la Terre qui nous héberge meurt [+]. Au lieu de cela le déni règne en maître et la guerre fait rage partout détournant ainsi l’attention des humain·e·s pour les plonger dans les affres de l’angoisse organisée et médiatisée. Une angoisse focalisée sur la peur de l’autre. Les différentes oligarchies qui dirigent le monde d’Europe en Chine, de la Russie aux États-Unis et dans tous les satellites de ce monde globalisé, savent que pour rester dominantes et sauvegarder le modèle capitaliste consumériste et extractiviste qui leur permet de concentrer toutes les richesses dans leurs mains, leur seul espoir c’est la guerre. Voilà pourquoi elles soutiennent toute politique qui puise son essence dans les courants d’extrême-droite [+].
Je voulais vous parler d’art mais j’avoue ne pas avoir trop la frite pour le faire. Alors qu’il y a eu plein de super choses à voir et donc à narrer les jours qui viennent de passer, et qu’il va y avoir plein de super chouettes choses les jours qui arrivent. Je n’ai pas trop la frite, car ainsi que je voue le disais en début de cette chronique du jour, la flemme m’a pris durement. Je me dis qu’un peu de dilettante ne me ferait pas de mal. Et puis surtout quand il s’agit d’art et particulièrement d’arts visuels et plastiques certains malentendus ne font que m’attrister à l’image de textes accusateurs qui circulent dans ce quartier Bonnefoy de Toulouse où notre cher Atelier TA [+] est situé depuis tant d’années et dans lequel je pratique mon art en compagnie de tant d’autres artistes toutes et tous aussi précaires les un·e·s que les autres. Des textes affichés sur les murs dénonçant une gentrification du quartier dont le fer de lance seraient les artistes soutenus par la Mairie. Comme d’habitude les amalgames ont la peau dure.
En effet les collectifs d’artistes et les structures d’art comme Lieu-Commun, artist run space [+], Trois_a [+], l’Imagerie [+] ou encore le Collectif IPN [+], pour ne citer qu’elles, parce que je les connais bien, vivent dans ce vieux et populaire faubourg toulousain, où la voracité des entreprises immobilières n’est effectivement plus à prouver. Mais il faut savoir remettre les choses à leur place : elles ne sont quasiment pas aidés par la métropole toulousaine ou alors à des niveaux de peau de chagrin face au travail de lien social qu’elles mettent en œuvre à travers l’art. Elles sont contraintes de chercher des financements multiples et souvent en lien avec la vie sociale du quartier comme les écoles, les espaces sociaux ou fond privés et personnels. Nous vivons dans une économie précaire depuis toujours. Certaines structures se sont implantées il y a longtemps dans le quartier dans l’indifférence totale des édiles locaux, voire avec hostilité des pouvoirs publics et sur la volonté de poser justement des briques de résistance au rouleau compresseur de l’urbanisme bourgeois mortifère dans un quartier populaire, je pense à Lieu-Commun qui condense beaucoup de critiques.
Nous n’occupons pas de squats, nous louons à des propriétaires privés nos espaces de travail que l’on nomme ateliers et que nous faisons vivre avec les moyens du bord, occupant des bâtiments ainsi sauvés de la destruction et de l’acharnement immobilier. D’autres ont cassé leurs tirelires et se sont endetté·e·s pour acquérir quelques mètres carrés de caves, de parking ou de locaux techniques dans des immeubles collectifs du quartier. En terme d’implantation pour beaucoup nous sommes sur le terrain depuis des décennies. Afin de vous donner un exemple, l’Atelier TA est actif et intégré au cœur Bonnefoy depuis maintenant pas loin de 25 ans, c’était bien avant la ruée vers l’immobilier. Nous ne nous sentons pas responsable de la gentrification de ce si chouette faubourg de la Ville rose dont nous partageons la résistance à l’embourgeoisement. Il serait temps de voir que nous ne cochons pas les cases du processus de la « gentrification par l’art » [+], c’est le texte qui est affiché sauvagement sur nos façades, et que par ailleurs je trouve assez pertinent tout de même. Il serait temps d’arrêter l’amalgame et d’aller voir sous d’autres toits les maux du quartier.
Voilà il est déjà bien tard pour aujourd’hui. Je termine cette dernière chronique de ce mai 2024 ainsi. Je vais rejoindre ma chère et tendre Thérèse [+] pour imaginer de nouvelles aventures bien plus réjouissantes que le monde actuel nous propose. Je vous laisse avec une image sortie de ma série « Slow Gangs », une série de 52 dessins dans pochettes en plastiques, créés en 2018 au rythme d’un dessin par semaine et qui interrogeaient les rapports qu’entretiennent l’image avec les textes de propagande comme ceux de publicité. Bonne semaine à tous et tous, à lundi prochain. Addisiatz amigas e amics !

La suite la semaine prochaine pour une nouvelle « Chronique du lundi »…
PhP

Laisser un commentaire