19.04.2021 – Chronique du lundi

19 avril 2021 § Poster un commentaire

De l’écume et des jours…

Se réveiller au son des oiseaux loin du tumulte.
D’un coup d’œil furtif à travers la fenêtre, la montagne domine ma plénitude au réveil. Voilà bien ces moments qui m’accompagnent depuis des jours.
Il fait frais mais beau, nous sommes le 19 avril 2021, nous sommes lundi, il est tôt ce matin, je commence l’écriture de cette nouvelle chronique et vous souhaite bienvenue à sa lecture amies et amis internautes.

Bien sûr je vais l’écrire tout au long de cette journée qui me paraît déjà douce pour vous la livrer au soir.
Elle sera courte je pense, tellement mon travail actuel entre mise en page virtuelle pour site web du groupe one arm [+] d’un côté et repérages ainsi que recherches pour dessins dans le cadre de mon sempiternel projet « Aiga – La cartographie sensible de l’eau » [+] bien réels de l’autre me prendra mon temps.

Mais je ne vais pas oublier ma promesse des deux dernières semaine. En effet, après ces deux précédentes chroniques pleines de ces petites éruptions colériques à propos des incohérences mortelles qui parsèment notre actualité et le monde contemporain, je reviens afin à la narration des préférences artistiques qui ont accompagnées ma vie et plus particulièrement dans sa prime période plutôt que de me mettre la rate au court bouillon à coup de chronique rageuse.
Car, que dire de plus que ce que je n’ai déjà écrit, quand l’actualité se répète encore, encore et encore pour faire éclater l’imbécilité de nos dirigeants, de leurs décisions idiotes, puis des commentateurs et de leurs commentaires absurdes à propos des décisions des précédents ?

Alors sur le front de cette actualité rien de nouveau que ce soit au soleil, comme (surtout) dans leur brouillard !
Bien sûr, sans parler politique politicienne, j’aurais pu m’énerver sur cette belle histoire bien merdique, il n’y a pas d’autre mot, d’une presque escroquerie d’un chanteur de variété dont le nom de scène commence et finit par un m, issu d’une famille d’artistes qui furent elles et eux aussi auteur·e·s. Heureusement la levée de boucliers lancée pendant le week-end par les réseaux et les syndicats d’artistes-auteur·e·s, bien que mal relayée vers le grand public (c/f cet article du Huffpost [+]), a pu remettre l’équipe à la tête de cette escroquerie dans ces 22. Mais après tout ce n’est là aussi qu’une histoire qui s’est répétée des milliers de fois et qui se répète encore et encore.

Soyons heureuses autant qu’heureux. Je ne sais pas pour vous, ici il fait beau dans le Diois, le soleil s’est levé majestueux depuis plusieurs heures à présent. La petite montagne qui porte une croix à son sommet observe ma fébrile écriture que j’ai reprise depuis quelques minutes, avant l’inévitable déjeuner de midi.
Depuis plus de six mois je déblatère sur bien des choses, souvent en boucle je l’admets, dans cet exercice d’écriture hebdomadaire, les imbécilités de notre monde, la beauté de nos natures, l’art et ses combats, l’art et son histoire, mon histoire, mes histoires… Bref de nombreux écrits qui, je m’en aperçois aujourd’hui laissent très peu de place à une quelconque ligne sur mon propre travail, mes recherches, mes intentions ou même mes processus. À cet instant précis de la chronique de ce jour je me dis qu’il serait temps de me lancer, avant de parler des figures tutélaires qui ont formé mon histoire de l’art intime.

Alors voilà, je vais vous entretenir brièvement d’un processus qui m’anime depuis une dizaine de jours… Quand émerge une idée : se réveiller tous les matins passer devant la fenêtre de la chambre qui donne sur les sommets de la montagne, puis devant son premier thé dessiner brièvement au stylo à bille sur un Post-it ce que l’on y a vu.
C’est donc cette idée qui a germé puis est apparue dans la lumière de mon cortex frontal pour en faire un nouvel objet de ma pratique.

Vous le savez, ou peut-être pas et il est d’autant plus important que je vous le (re)précise : voilà près de trente ans qu’une très grande partie de mon travail tourne autour de la mémoire, et explore plus particulièrement ces territoires des mémoires singulières, souvent souvenirs, qui se projettent dans la mémoire collective. Certaines et certains ne trouveront cela pas très original, d’autres diront que c’est du déjà vu. Et bien je dirai que je n’en ai rien à braire tant est que, je viens de le dire, c’est un élément central de mon travail depuis trois décennies et puis pour moi la pratique contemporaine de l’art n’est pas un concours de grosse b***s !

Pour revenir justement à ma pratique, cette nouvelle projection du travail qui interroge les processus mis en œuvre entre mémoire et souvenir finira par devenir une nouvelle installation. Installation dont j’ai déjà au moins le nom : « face à Justin ». Mais aussi une partie de la forme : Post-it multiples dessinés, un lancinant motif jaune, comme autant de citations.
Si vous avez lu ma chronique de la semaine dernière vous en aurez eu un petit aperçu vu que l’image qui l’agrémente est une photo prise des premiers Post-it de ce nouveau travail.
Et justement pour bien comprendre que la forme n’appartient à personne et que nous ne sommes pas dans un concours de l’innovation : au moment où j’écris ces mots j’ai déjà vu passer sur le fil d’actualité d’une plateformes de réseau social bien connue l’annonce, sous forme de Post-it (vide celui-ci), du prochain Salon Reçoit [+], cette formidable expérience mensuelle menée par le plus que courageux artiste Laurent Redoulès à Toulouse, une expérience que j’ai souvent abordé dans mes chroniques.
Ce Post-it qui fait résonner les miens est important pour comprendre qu’en art personne n’est propriétaire d’une forme, c’est juste le processus de mise en œuvre de ces formes qui est important.

Je profite de cette chronique et de cet aparté sur Laurent Redoulès pour vous dire que vous pouvez voir pendant encore quelques semaines une de ses récentes œuvres à la Galerie de l’Université Toulouse I [+] (à l’Arsenal). Si vous êtes dans le coin jusqu’au 11 mai précipitez-vous pour y voir ce travail si fin et si précieux de ce formidable artiste.
Et je profite aussi de cette chronique pour vous faire remarquer que je continue de vous enquiquiner parfois avec un peu d’écriture inclusive. Alors, rien que pour vous : un petit rappel pour vous quelques nouvelle de ce langage épicène dans cette récente tribune [+]

En fait quand j’ai commencé l’écriture de cette chronique, au petit matin, après avoir tendrement observé plein d’amour le doux sommeil de ma Thérèse [+], je ne m’attendais pas à parler d’un labeur naissant.
C’est venu d’un coup.
Alors amies lectrices et amis lecteurs, je vous dit : attention ! Attention, parce dans tout processus basé sur une mécanique sérendipienne rien n’est sûr de ce que j’ai écrit. Et nous verrons ce que tout cela aura donné dans deux ou trois mois, temps qui me sera forcément nécessaire pour la maturation de ce nouveau produit de mon esprit, comme on dit.
Autre horaire, autre lumière, autre chaleur, autre temporalité, me voilà transporté plus loin dans la journée. Je peux ainsi passer aisément du coq à l’âne. Et comme je viens de vous entretenir de sérendipité dans les lignes précédentes, ça me ramène quelques quatre années en arrière où nous préparions avec un grand équipage d’artistes et de collectifs, tout aussi fébrilement que joyeusement, le premier Bricodrama [+], ainsi que le numéro 32 de la Revue Multiprise [+]. Il n’y en aura pas de nouveau Bricodrama, j’espère tout de même qu’il y aura un prochain numéro de Multiprise rapidement.

Ce « coq à l’âne » m’a aussi amené à penser à cet artiste Dominic Wilcox [+] que j’aurais bien invité si un numéro 3 de la biennale avait eu lieu. Mais après tout rien n’est gravé dans le marbre et d’autres petites idées font leur nid, sous d’autres formes, d’autres types de diffusions, des affaires à suivre avec, pourquoi pas, un grand catalogue des objets d’arts tout aussi inutiles que dangereux. Bientôt, bientôt, nous y travaillons.

Tout ceci pour reprendre le cours de ma chronique qui sera sa conclusion et surtout pour revenir à son objet principal aujourd’hui : Jean Dubuffet, l’art brut, son cycle l’Hourloupe, ses peintures monumentés et enfin le « Jardin d’hiver » dont il sera un peu question ici…
Reprise de chronique bien tardive toujours sous ce ciel joliment moutonneux avec le soleil qui s’échappe au loin vers l’Ouest.
Comment, alors que depuis plusieurs semaines, maintenant plusieurs mois je vous fais part de mes repères, ceux qui me sont propres, dans l’histoire de l’art, comment pourrais-je passer à côté de ce célèbre « Jardin d’hiver » de Dubuffet. J’ai rencontré l’œuvre du héraut de l’art brut tout comme celle de Louise Bourgeois dans des pages de revues et de livres.
Je débordais de curiosité étant gamin. Je vous ai narré il y a trois semaines ma rencontre avec les sculptures de Bourgeois, ce fut presque la même histoire avec Dubuffet. J’ai rapidement été fasciné par ces formes abstraites bleues ou rouges entourées de ce filet noir qui suit l’aspérité, ou plutôt les sommets et les creux de la matière.

Écrire que ma rencontre avec cet artiste c’était faite à travers une certaine littérature ou quelques revues, c’est tout de même un peu faux il me faut vous l’avouer. Ce serait oublier que j’ai passé, pour raisons familiale, un paquet d’étés et même parfois d’hivers de mon enfance sur la Côte d’Azur.
Les différentes ballades que nous menions entre Vintimille et Toulon sur le bord de mer et dans les hauteurs de l’arrière-pays en ces « sixties » – acmé des trente glorieuses -, m’ont évidemment amené du côté de Vence où l’artiste avait installé un temps son atelier avant de repartir vers le Nord et il y avait laissé des traces.
Bref tout comme ma mère me l’a fait remarquer il y a peu après avoir lu mes chroniques où j’expliquais le goût très bourgeois de la famille, j’ai tout de même eu la chance de rencontrer aussi un art plus proche de notre temps que de celui de Nicolas Poussin !

Ceci dit j’ai rencontré l’œuvre dont je vous parle ici : le « Jardin d’hiver », bien plus tard alors que j’avais déjà l’ambition secrète d’étudier l’art. Monter les deux trois marches pour m’engouffrer à travers la porte à la découpe irrégulière et entrouverte dans cette espèce de grotte en 3D avant l’invention de la 3D fut une pure expérience de plaisir.
Ce jardin synthétique aux forme typique des peintures monumentées de Jean Dubuffet est livré à l’œil comme nu, sans les couleurs rouge et bleue, juste ces formes organiques, imbriquées et blanches détourées de noir. Mais ici il n’est nulle question de nature. C’est ce qui en fait une extrême singularité quand on y médite. Tout y est étrangement cabossage ou cabossement dans l’harmonie, sans aucun chaos.
L’artiste pensait que la réalité que nous percevons n’est que le résultat d’une « invention antique adoptée collectivement et dont notre esprit s’est persuadé ». À travers cette peinture monumentée il pensait nous permettre d’avoir une autre approche de la réalité.
Il n’y avait personne lors de ma première visite. J’y suis resté plus d’une heure, enfin je le pense.
Ce fut un pur moment de méditation en effet.

Je vous laisserai vous renseigner par vous même sur le cycle de l’Hourloupe mis en œuvre par Jean Dubuffet dans les années soixante et dont cet œuvre, exposée au niveau 4 du Centre Pompidou à Paris, fait partie.
Formellement je suis loin d’aimer tout le travail de Dubuffet, quoi que… Mais, je suis loin d’être fan des œuvres complètes de n’importe quelle ou quel artiste. Surtout quand ces artistes sont extrêmement prolixes.
J’aime Dubuffet, soyons clair parce qu’il s’est battu pour la reconnaissance d’un art en dehors de la convention et l’élitisme bourgeois, et j’aime reprendre souvent ses mots (ou quelque chose comme ça) : « – De l’art [brut] où se manifeste la seule fonction de l’invention. Et non celles du caméléon et du singe constante dans l’art culturel ! »
J’aime Dubuffet surtout parce qu’il a toujours refusé l’idée de don et de vocation, qu’il remplace par labeur et travail. Ça résonne parfaitement avec le sens de mes combats actuels au sein d’Art En Grève Occitanie [+] (même loin de Toulouse !).

Et puis son concept d’art brut me ramène à ces réflexions d’humilité et d’humanité. Quand on prend assez de recul, on sait mieux rencontrer celles et ceux là même qui sont hors de propos plus qu’à leur tour, parfois débiles, souvent idiots, voire imbéciles, mais qu’importe qui expriment un sentiment de leur vrai intime.
On arrête de juger et on écoute.
Alors bien sûr nous n’avons pas à écouter toutes les absurdités. Un certain esprit critique peut nous protéger de la contamination. Ceci énoncé, après tout moi aussi je suis débiles autant qu’idiot, voire imbécile aux yeux et aux oreilles de beaucoup !
Alors on arrêtera aussi de fixer dans le marbre ses propres critères, souvent propres à ces valeurs plus ou moins dictés par la bourgeoisie blanche, machiste et dominante, à travers les mass médias.
On trouvera des explications du monde ailleurs et l’on écoutera l’altérité avec empathie.

Sur ces phrase quelque peu sentencieuses, je vais vous laisser car le diner du soir m’appelle, demain je repars à la poursuite de l’eau, le long de la Meyrosse enfin je l’espère, afin de poursuivre ma résidence de travail au cœur du Pays Diois. Je vous souhaite une bonne semaine et vous dit : à lundi prochain.

« Aiga – La cartographie sensible de l’eau » – Carnet Meyrosse-Drôme – 2021

La suite la semaine prochaine pour une nouvelle « Chronique du lundi »…

PhP

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