21.06.2021 – Chronique du lundi

21 juin 2021 § Poster un commentaire

Que de chiffres, que de chiffres, on en coulerait presque !

Bon voilà donc ce qui devait arriver arriva.
Afin d’éviter le vide textuel des deux précédentes chroniques et de me retrouver face à l’angoisse de la page blanche le lundi en début de soirée, j’avais commencé à saisir mes notes dans « Notes », l’appli bien nommée, sur mon smartphone depuis vendredi dernier. Hélas, bien meilleur au maniement de la pointe de graphite et d’argile entourée de bois de cèdre, composition physico-chimique qui me permet de laisser aisément de belles traces sur des surfaces plus ou moins lisses comme le papier, en bon boomer que je suis (ou entre deux générations, je ne sais plus et je ne suis pas de culture anglo-saxonne) : j’ai largement merdé sur la manipulation de la sus-nommée application. J’ai donc perdu les non moins sus-nommées notes !

Ce qui ne m’empêchera pas de vous souhaiter un bonjour chapeau bien bas (après ce chapeau bien long) chères lectrices et chers lecteurs internautes. Bonjour et bienvenue sur cette chronique du lundi 21 juin 2021… Premier jour d’un été qui s’annonce chaud en tous points.

Vous l’avez sûrement vu sur votre calendrier, nous sommes le 21 juin, jour du solstice d’été dans l’hémisphère Nord, mais aussi jour de la Fête de la musique en France. Une belle fête que l’on pourra fêter avec des mains en moins. Ce qui rendra la tâche plus difficile pour jouer avec des instruments de musiques, mais plus facile pour les oreilles acariâtres des voisins.
Trêve de plaisanterie morbide, l’exécutif et ses nervis locaux toujours aussi fortiches en timing et en gestion de crise, juste pour fêter le deuxième anniversaire de la mort d’un jeune homme poussé à l’eau par les forces de l’ordre à Nantes, nous ont fait une très belle « macronade » avec la gestion de cette free-party du côté de la Bretagne. On aura rapidement compris qu’il fallait mieux communiquer sur les violences extrêmes faites à la maréchaussée que de parler d’une main peut-être arrachée par un projectile de maintien de l’ordre [+]… J’adore l’indignation journalistique bourgeoise à l’action à la veille d’élections locales, certes fort, mais qui font l’objet d’un enjeux certain pour nos politiques émérites et nos joyeux éditorialistes.
Tiens en parlant d’indignations journalistiques je vous laisse lire cet excellent article à propos du merveilleux monde de l’information sur l’observatoire des médias, Acrimed [+]. Observatoire que l’on devrait consulter plus souvent.

Vous l’aurez donc remarqué autant que moi, nous sommes un jour de lendemain d’élections en France. Peut-être ailleurs aussi, qu’en savons nous avec la dure réalité que l’ethno-centrisme du web et des médias.
Élections pour deux strates de l’organisation politique de notre bel État tricolore auxquelles une large majorité de ses citoyen·ne·s ne pipent que dalle.
Nonobstant ces ignorances entretenues par la fête du slip que représente l’acmé nationale qu’est le choix de notre chef suprême lors des élections présidentielles, nous pourrions nous pencher réellement sur la signification de l’abstention.
Et si on veut connaître mon analyse de comptoir à chaud, car tout cela ne veut rien dire, il me suffit de vous rappeler que seulement 1/3 des électeurs, c’est à dire à peine 10 % de la population décident pour toutes et tous. Ce n’est ni la faute des citoyen·ne·s, ni un manque d’engagements, c’est juste le résultat logique d’un système d’organisation électoral qui n’a rien de « démocratique », point !
Sur le sujet je n’en dirais pas plus que ce que peut nous en dire Frustration [+] ,excellent magazine dont je vous ai déjà entretenu maintes fois. Et aussi un article de cette valeur sûre qu’est le Monde Diplomatique, le fameux Diplo, article qui qui a déjà 8 ans mais qui reste d’actualité [+].
Mon conseil pour les prochains jours : on se bouchera juste les yeux, les oreilles et même le nez pour éviter de se laisser envahir par l’incroyable opportunisme de ces analyses politiques à longueur d’éditoriaux qui nous annoncent déjà un rabattage de cartes pour la présidentielle. Sortir de ce cercle vicieux serait tout de même souhaitable pour la santé mentale de toutes et de tous…

Alors oui, comme je vous l’ai écrit en début de cette chronique : j’ai perdu mes notes.

Les premières dans mon souvenir devaient me lancer sur un sujet dont je voulais vous entretenir depuis des lustres et qui avait trait à la langue de mes ancêtres et de toutes ces langues que le français a écrasé de sa superbe pour les raisons historico-politiques que l’on connaît, mais aussi soyons honnêtes : de sa médiocrité (j’exagère sûrement un peu, j’avoue).
Beau raccord n’est-ce pas ? Puisque je viens il y a quelques lignes d’évoquer les strates semi-locales de l’organisation publique hexagonale.
Je parle de « médiocrité » du français (avec une provocation exagérée), car on pourra toujours se demander comment une langue telle que celle-ci avec son si pauvre vocabulaire a pu supplanter des langues foisonnantes d’une terminologie cent fois plus riche… Attention je ne dénigre pas le français, langue dans laquelle j’écris ici et présentement. Je trouve juste qu’à travers un esprit tout aussi étroit qu’étriqué les français préfèrent sacrifier un patrimoine inestimable à l’hôtel d’un sacro-saint centralisme. Un peu comme si en lâchant du lest sur la langue, l’unité de la nation pouvait exploser. Alors que justement cette dernière (la nation française) est basée sur un contrat social et non sur une quelconque « ethnicité ». Si cela était bien compris par toutes et tous, le fait d’enseigner et de parler des langues comme l’occitan ne poserait aucun soucis à notre république. Le fait que cela ne puisse servir à rien pour certain·e·s est un autre sujet.
Juste j’insère ici un petit lien Wiki sur l’étude des langues romanes [+] et surtout la répartition géographique de ces dites langues en Europe sur une carte assez précise [+].
Tout cela pour que vous puissiez placer la langue française parmi les autres. Et surtout aussi pour nous rappeler que l’on peut toujours rigoler des frontières que, dans un bel accès de colonialisme effroyable, les européens ont tirées au cordeau sur le continent africain faisant fi de toute considérations de l’histoire locale. Il faudrait toujours plus se regarder dans le miroir de l’histoire pour comprendre l’imbécilité des décisions issues de l’ignorance.
Alors bien sûr il y a des exemples de langues et d’origines ethniques plus complexes que réduites à la carte et au territoire.
Tiens pour justement l’exemple un peu tiré par les cheveux : si ma Thérèse [+] n’avait pas eu de forts problèmes de santé ces derniers jours, à l’invitation d’Anne-Marie Jeannou [+], nous aurions passé quelques jours au Pays basque (français !) afin de discuter en compagnie aussi de la plasticienne Sophie Marty Edward [+] et de quelques autres, de projets artistiques qui interrogent nos liens (ou non) à la nature.
Du coup de loin, et pour faire une bonne digression que j’adore exécuter à chacune (ou presque) de mes chroniques du lundi, je me souviens d’une soirée toute aussi récente que mémorable dans ce même Pays basque, je me remémore surtout une note de carnet que je trouve bien à insérer ici même :
« Le peuple basque, les femmes, les hommes basques on ne peut que vous apprécier. La sincérité c’est ce qui caractérise ce magnifique peuple que vous formez et puis d’un coup il y a l’alcool, les drogues peut-être et tout se complique, jusqu’au moment ou plus rien n’est compliqué ! »
Je ne vais pas faire ici de philologie, mais il y a tout de même des langues propres à certains paradigmes et surtout aussi un « esprit » propre à chacune de ces langues.

Ainsi à ce moment de ma chronique de ce lundi et quasiment à sa fin, car l’heure tourne, vous vous demandez où je veux en venir et pourquoi je vous entretiens de ce sujet ?
Et bien, c’est un sujet qui a à voir directement avec l’art et la culture. Je m’explique : quand on regarde les investissements dans ce domaine en France et la prégnance de l’Île de France et plus particulièrement de Paris on ne peut être que totalement totalement effaré par les chiffres et on met le doigt réellement sur ce que veut dire un état centralisé. En gros 84 % des dépenses de l’état pour la « mission culture » se concentrent en l’Île de France (dont 73 % à Paris même), il reste 16 % pour le reste du pays. On ose à peine imaginer la part des DOM-TOM. Comment peut-on alors s’empêcher de penser que les « élites » de la nation puissent concevoir qu’un autre monde, qu’un ailleurs, existe loin des bords de Seine.
En fait je vais vous laisser lire l’annexe 11 du rapport de la commission des finances pour le projet de loi de finances 2020, parue en octobre 2019 pour le vote du budget. Annexe rédigée par la députée marcheuse Dominique David (ou plutôt son équipe), intitulée « Création, transmission des savoirs et démocratisation de la culture », qui après avoir vanté l’excellence de l’action budgétaire du gouvernement pointe benoitement de nombreuses fractures territoriales. Lire sur le site de l’Assemblée Nationale [+]. Si vous n’avez pas envie de vous taper un texte glorifiant l’action de nos champions nationaux puis vomir, je vous résume juste quelques chiffres…
Quand on considère les dépenses des opérateurs pour l’ensemble de la Mission Culture par région, les 3 régions sur le podium sont l’Île de France avec 84 % (comme déjà écrit plus haut avec 73 % pour Paris), Auvergne Rhône Alpes avec 3 %, et ex æquo Grand Est, PACA ainsi que les Hauts de France avec 2 % respectivement. Un gap de 81 % entre la première et la seconde, Pour l’Occitanie on se contentera de 1 % des 2002,7 M€ de ces dépenses.
Et là il s’agit de l’ensemble des dépenses de l’État dans le domaine des opérations culturelles, je vous laisse imaginer ce qui reste pour les arts visuels et plastiques.

Bon voilà il est vraiment temps de réellement déconcentrer à défaut de décentraliser, on en est loin.
Il est surtout tard, les chiffres sont indigestes, je n’entend aucune musique dehors, normal, fête de la musique oblige, de grosses gouttes d’orage tombent sur la Ville rose. Je vais ainsi me coucher.

Je vous embrasse toutes et tous, vous souhaite une belle nuit de solstice ainsi qu’une belle semaine d’été et vous dis à la semaine prochaine pour de nouvelles histoires car je me souviens à présent de quelques notes.

Philippe Pitet - Artiste plasticien - scénographe - visual artist - scenographer - papier peint - wallpaper
Wallpapers | Papiers peints – Philippe Pitet 2018 Photo courtesy | Crédit photo : Thérèse Pitte

La suite la semaine prochaine pour une nouvelle « Chronique du lundi »…

PhP

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