05.07.2021 – Chronique du lundi

5 juillet 2021 § Poster un commentaire

Dancing with tears in my eyes…

Il est 6 h du matin, un filet d’air frais coule doucement sur ma peau. À travers la porte fenêtre du balcon de la chambre où je me trouve percent le bruit lointain de la ville qui s’éveille. Les bruits sourds de quelques camions balais et le chant entêtant des pigeons qui roucoulent bercent doucement mes oreilles encore endormies.
Ma douce Thérèse [+] dort encore profondément, la douceur de sa respiration rajoute à l’étrange beauté toujours renouvelée des matins d’été dans cette ville qui sait rester rose malgré les meurtrissures. Le rossignol s’est tu, il a laissé place à l’incroyable effervescence de ces perruches qui envahissent le quartier en provenance des boulevard depuis des années. Heureusement de vaillantes et vaillants merles veillent sur les jardins du haut de leurs sureaux, leurs figuiers ou leurs palmiers.

Il est déjà près de 7h à présent de ce nouveau matin de ma vie. Et après avoir écrit plein de notes en bas de la page vierge du jour, digressé dans ma tête, être revenu à l’essentiel, je sais déjà qu’aujourd’hui je vais renouer avec cette habitude d’écriture tout au long de la journée pour vous livrer une nouvelle chronique ce soir, in-extremis avant minuit…

Je parle, je parle… Pardon, j’écris, j’écris, vieux réflexe de l’écriture pour la radio… Je ne vous ai pas encore souhaité la bienvenue dans ma 38e chronique du lundi bien entamée. Alors, amies et amis internautes je vous souhaite un bonjour franc et ensoleillé en ce lundi 5 juillet 2021.

La semaine dernière je suis encore parti dans une diatribe politique de comptoir comme j’en ai pris l’habitude depuis des mois et des mois au cœur de ces chroniques.
Bon j’oserais écrire : c’est comme ça, on ne se refait pas !

Alors que la Terre brûle, que les urgences sont ailleurs dans le Monde, je ne sais pas pourquoi je m’emporte sur des problèmes d’élections hexagonales… Enfin, si je le sais bien car en vertu du bon souvenir des lectures de l’œuvre de Mikhaïl Bakounine je ne crois pas aux vertus du système électoral pratiqué en France (comme dans beaucoup de pays d’ailleurs) basé sur le principe de la majorité absolue, parfois atténué par une dose de proportionnelle. Alors que de majorité il s’agit d’une minorité, même quand l’abstention n’est pas à son plus haut niveau.

Dans tous les cas, ces élections m’ont conforté dans cette idée que ces modes de scrutins en usage en France pour le suffrage universel tels quels sont totalement dépassés.

Et puis comme je vous l’ai écrit (dit ?) la semaine dernière, malgré cette abstention qui reste, je le pense, un véritable acte politique de la part de nos concitoyen·ne·s, on ne boudera pas son plaisir de voir la déculottée des champions d’un championnat que l’on voudrait nous imposer : l’extrême-droite vs l’extrême-centre… J’imagine la tête que ces nervis et de ces syndicats de police au service de l’ordre bourgeois qui se verraient bien tranquilles installés à l’ombre de l’extrême-droite.

Et oui au fait : je continue avec l’écriture inclusive pour votre plus grand déplaisir (ou plaisir !), encore et encore, et vous renvoie sur des épisodes précédents de ces chroniques du lundi [+] qui vous dira pourquoi si vous ne l’aviez déjà pas lu ou entendu du temps de mes chroniques parlées, bien que là cela ne s’entendait pas, comprenne qui voudra comprendre.

Il est 8h, avant de revenir sur d’autres considérations que ces emportements politique, bien que comme disait l’autre : « tout est politique », je vous livre juste une réflexion du cher Mikhaïl : « […] Le suffrage universel n’est qu’un leurre et un odieux mensonge […] Est-ce à dire que nous, socialistes révolutionnaires, nous ne voulions pas du suffrage universel, et que nous lui préférions soit le suffrage restreint, soit le despotisme d’un seul ? Point du tout. […]  le suffrage universel, considéré à lui tout seul et agissant dans une société fondée sur l’inégalité économique et sociale, ne sera jamais pour le peuple qu’un leurre ; de la part des démocrates bourgeois, il ne sera jamais rien qu’un odieux mensonge, l’instrument le plus sûr pour consolider, avec une apparence de libéralisme et de justice, au détriment des intérêts et de la liberté populaires,[…] au milieu de l’inégalité et de l’injustice qui règnent dans la société actuelle, au milieu de la dépendance et de l’ignorance populaires qui en sont les résultats naturels et fatals, produira nécessairement et toujours un vote contraire aux intérêts du peuple et favorable seulement aux intérêts et à la domination des bourgeois […] » (Mikhaïl Bakounine – Œuvres Complètes T4).

Vous pourrez le remarquer : c’est la 1e fois depuis ma chronique initiale du 19 octobre 2020 [+] que j’insère une longue citation dans mon exercice de narration éditoriale et hebdomadaire. Il a fallu en bon vieil anar que je suis que cela tombe sur Mikhaïl Bakounine…

En fait, je sais la difficulté de faire société avec la complexité des individu•e•s qui la composent, et donc de gouverner collectivement cette même société humaine avec ces mêmes individu•e•s qui l’a compose. Le suffrage universel (c’est à dire ouvert à tous et toutes sans condition) paraît tout de même un bon outil de démocratisation à condition que son horizon soit dépassable. Et puis, dans le cadre de ce suffrage universel – qui donc, si nous suivons mon humble pensée, devrait être transitoire jusqu’à ce que toute citoyenne et tout citoyen ait la pleine conscience du bien commun avant une quelconque mise en œuvre de ses névroses individualistes -, je vous en ai déjà entretenu dans ma dernière chronique [+], il existe d’autres systèmes de votations bien plus équitables.

Pour finir avec ce volet politique qui devient lourd et que l’on pourrait développer ad nauseam, je dois vous avouer que je cite Bakounine au sujet de ces élections, bien sûr parce que je l’ai avidement lu dans ma jeunesse et eu le temps de me rendre compte de la force de sa pensée et de ses limites, mais aussi et surtout parce que dernièrement j’ai vu dans un coin du web son portrait fait par ce bon Félix Valaton, comme quoi, chez moi, tout passe par la case art visuel !

C’est un peu ma méthode mnémotechnique. Sauf que, je ne sais pas si c’est l’âge ou un problème avec ces zones de mon cerveau propres au stockage et au traitement de la mémoire, mais cette dernière me fait parfois cruellement défaut quand il s’agit d’avoir le bon propos au bon moment, c’est à dire ce que l’on nomme « avoir de l’à propos ».
J’en veux pour exemple l’autre soir où Yannick notre chouette voisin musicien qui, dans une discussion mettant en perspective nos expériences de vies respectives, m’enjoignait d’écrire l’histoires de mes multiples rencontres. Il me fit part de ses connaissances personnelles et me rappela la mémoire de l’artiste disparu Christian Bouillé. Alors qu’il est indéniable que j’aimais bien cet artiste et son travail. J’en avais perdu la mémoire à cet instant précis et j’ai failli dire à Yannick que je ne le connaissais pas !
Ironie du sort qui fait que mon travail tourne depuis des années autour de la mémoire [+] et que la mienne est de plus en plus défaillante.
Alors pour ce jour je vais laisser mes notes éparses pour me concentrer sur le factuel de l’actualité artistique de ce début d’été.

Il est à présent plus de 8h30, je suis un peu à la bourre à force d’écrire. J’ai un RDV du côté de Bonnefoy. Le quartier de Toulouse où je travaille depuis des années à présent, même quand je n’habitais plus la Ville rose.
Mais avant de repartir vers une journée de travail heureux à accompagner des artistes pour qu’ils sachent se présenter sur le web, je me dis que je vais avoir du mal à réunir toutes ses notes qui s’accumulent dans ma tête pour livrer une bonne chronique ce soir avant minuit.

9h15, j’attends mon rendez-vous avec Manuel Pomar [+] dans un nouveau chouette bar de quartier à Bonnefoy, je peux enfin vous entretenir d’art en lisant le nouveau Multiprise, tout chaud qui vient de sortir… Un petit lien pour savoir ce qu’est Multiprise [+], je n’oublie pas de documenter ma chronique pour votre plus grande édification. Dans tous les cas un super numéro de cette revue protéiforme qui tire vers ses 20 balais.

Mon rendez-vous est là, c’est parti pour ces quelques heures d’ateliers, je vous retrouve pour l’apéro du soir !

Nous y voici et me revoilà, c’est déjà la fin d’après-midi, je reprends cette chronique du 5 juillet 2021 pour vous parler d’artistes, d’art ainsi que d’expositions.
Et je vais rester à Toulouse puisque Thérèse et moi n’en partirons qu’à la fin de la semaine afin de reprendre nos labeurs d’artistes dans le Diois entre nuages et ruisseaux de ces belle montagnes aux sources de la Drôme.

Tout d’abord cette triste nouvelle qui a endeuillé un grand cercle d’artistes vers le sud du Midi toulousain, dans le Volvestre où s’était établi Jean-Claude Millot [+] depuis plusieurs décennies.
Jean-Claude vient de s’éteindre et nous laisse ce goût amer d’un temps qui ne passe pas toujours dans la douceur. Accompagné de toute sa conviction d’un artiste aussi engagé que généreux, il nous avait rejoint avec enthousiasme au sein d’Art en grève Occitanie [+]. Tout aussi engagé il était très actif au sein du SCAC Marestaing [+], un chouette centre d’art très singulier qui donne à voir et rencontrer l’art contemporain africain.
Les mots manquent toujours quand de si mauvaises nouvelles nous arrivent, comme je le disais dans un post sur une plateforme de réseau social bien connue : son enthousiasme et son sourire malicieux vont cruellement nous manquer.

Toujours proche de mes pénates toulousaines, j’ai vraiment envie de pousser un grand coup de gueule de vieux toulousain presque pure souche. Enfin, approximativement presque, mais j’y suis tout de même né il va y avoir 60 ans !.
En effet, dans un autre registre moins douloureux que le précédent, mais pénible. Un registre qui aurait pu être évité pour le bien de toutes et tous car tellement imbécile, j’en bien au fait et vous avoue que je suis vraiment atterré de la forme prise cette année par un fameux festival toulousain de photographies dont je ne peux que taire le nom tellement je n’ai pas envie d’en faire la publicité.

Avant toute considération, soyons clair : je ne remets pas en cause le fond et les artistes présenté·e·s au sein de cette manifestation.

Tout d’abord, il faut replacer le contexte et expliquer ce qu’est et représente ce festival, car les non-toulousain·e·s et même beaucoup de toulousaines et toulousains ne savent pas de quoi il s’agit.
C’est donc un festival de photo, oui je sais il y en a beaucoup, qui à ses débuts était réservé aux photographes amateurs (vous aurez remarqué la non-utilisation de l’écriture inclusive pour ce coup !).
Petit à petit il est devenu un festival de photographes professionnels (bis repetita placent !) qui s’est déplacé selon l’édition un peu partout dans la ville, bon d’accord pas trop dans les quartiers loin du centre tout de même.
En soi pas la peine d’en faire un fromage. Sauf que cette année le revoilà localisé au pire des endroits dans le pire des moments, et là, ça ne passe vraiment pas. C’est un peu comme si l’arrogance hors-sol de la spéculation immobilière bourgeoise dans une société où les inégalités se creusent devenait la marque de fabrique de ce festival qui vient tout juste d’être inauguré par l’édile principal de la Cité mondine. Édile tout de même plus prompt à inaugurer des magasins Primark que des manifestations ou des lieux artistiques voire culturels.

En effet, revoici donc cette manifestation qui présente des photographes bon teint et avait déjà exploité il y a quelques années un lieu dans un quartier en reconstruction pour bobos, en l’occurrence l’ancienne usine dite cartoucherie. Ancienne usine de l’armement dans laquelle mon grand père, pas l’aviateur de ma dernière chronique, mais l’autre, le militaire, travailla une longue partie de sa carrière. Dès lors, jaurais du me méfier, pas de mon grand-père qui est mort depuis belle lurette maintenant, paix à son âme, mais des intentions réellement artistiques de la direction de ce festival.
Ceci dit, je vous en ai déjà entretenu dans plusieurs de mes écrits éditoriaux, souvent narcissiques, je n’ai pas de grande prétentions à me dire connaisseur de la photo comme médium dans l’art.
Pour revenir justement à ce festival de médium pelliculaire devenu numérique, après avoir exploité ensuite sur la précédente édition publique (hors Covid), un espace emblématique de la culture toulousaine qui venait d’être vendu à la rapacité de la spéculation immobilière, le voilà qu’il monte d’un cran en s’affichant sur les ruines d’un quartier populaire. Un quartier qui meurt sous les coups de la gentrification à marche forcée imposée par une mairie que l’on dirait toute affairée à annihiler la moindre mémoire et présence ouvrière de la ville.

Pour finir sur ce coup de gueule : ce matin, en lisant mon journal d’art, j’ai bien vu pourquoi dans une grande confusion générée par les comportements de certains acteurs des arts visuels, tous aussi inacceptables qu’opportunistes, les rancœurs puissent se concentrer sur les actrices et les acteurs de l’art qui travaillent au jour le jour avec toutes et tous les habitants depuis des années et même des décennies surtout dans ce quartier, qu’elles et qu’ils viennent d’IPN et TA [+] à Lieu-Commun [+], en passant par 3___a [+] et bien d’autres.

Il est déjà 20h, je reprends le cours d’écriture de cette chronique du lundi et en relisant les lignes précédente avant de vous laisser, je me rebouche sur une certaine mémoire de l’à propos.
C’est étonnant comme il y a deux ans dans le cadre de Bricodrama II [+], nous avions voulu interroger les processus de l’artiste instrumentalisé en fer de lance de la gentrication avec l’exposition à l’Atelier TA [+] « Le vrai musée de l’apéropostal » [+]

Bref je me sens bien plus solidaire de la lutte des animatrices et animateurs socio culturels à Toulouse qui affichent leurs banderoles sur les grilles du parc Michelet, parc du quartier Bonnefoy pour les non-toulousain·e·s, que des opérations qui s’assimilent plus à des coups de pub qu’un de travaux artistiques.

Malheureusement, comme nous en discutions ce weekend passé avec Sergueï Wolkonsky [+], même dans les écoles d’art la communication a fini par dépasser l’art lui-même… En parlant de Sergueï, si vous êtes du côté des Pyrénées-Orientales ces prochains jours n’hésitez pas à vous déplacer à Amélie-Les-bains pour suivre son cycle de conférences sur l’art [+], son histoire et ses perspectives…

Allez je vous laisse, il est tard maintenant, 21h30 passées. Demain nous partons tôt pour deux jours dans une ville totalement gentrifiée par l’art dit contemporain et son paradigme photographique. Je vous en dirai quelques nouvelles la prochaine fois. Je vous souhaite une belle semaine d’été amies et amis de l’hémisphère Nord, une douce soirée d’hiver pour celles et ceux qui me suivent au Sud du tropique du Capricorne, à lundi prochain.
Ah si, juste avant de publier et de vous laisser à la lecture de cette chronique et en parlant du Sud du tropique du Capricorne, une belle victoire s’offre à l’humanité avec l’élection d’Elisa Loncon, indienne Mapuche, à la tête de la toute nouvelle assemblée constituante du Chili pleine des espoirs pour un Monde nouveau [+], « desde Toulouse, abrazamos al pueblo de Chile con mucha fraternidad y esperanzas ». Ainsi les pleurs dans mes yeux se sont transformés en expression de ma joie !

Dessin dans le cadre des Slow gangs de Philippen Pitet - 2018
Dessin de la série Slow Gang – 2018

La suite la semaine prochaine pour une nouvelle « Chronique du lundi »…

PhP

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