13.09.2021 – Chronique du lundi

13 septembre 2021 § 2 Commentaires

Est-ce que l’art contemporain c’est comme la sclérose en plaque ?

J’avais commencé tôt à prendre des notes afin d’alimenter cette présente chronique. C’était vraiment mieux pour être sûr d’y délivrer un peu de contenu…
Hélas, si j’avais commencé à prendre ces notes en début de semaine, ma flemme conjuguée à mon activité ont mis un coup d’arrêt fatal à ma superbe et prolixe préparation.
Qu’à cela ne tienne je tiendrai tout de même chronique et vous souhaite bienvenue sur celle de ce lundi 13 septembre 2021 chères amies et chers amis internautes.
Elle sera bien moins fournie et documentée que je ne l’avais prévu, c’est tout. Comme le disait un très cher ami artiste disparu, elle sera approximative et désinvolte, mais néanmoins un peu colère !

Pour ma colère aujourd’hui je resterai à Toulouse, d’ailleurs j’y suis bien installé à l’heure matinale mais déjà lumineuse où j’écris ces premières lignes et je pense y être encore ce soir quand cet édito hebdomadaire en sera à sa conclusion juste après le crépuscule…

La semaine dernière je fustigeais durement la politique culturelle de la capitale occitane quelle que soit la collectivité qui y exerce un pouvoir et des compétences. En fait, dans cette précédente chronique il ne s’agissait pas vraiment de politique culturelle dans son ensemble, mais bel et bien du rapport que ces pouvoirs publics locaux entretiennent avec la notion d’arts visuels et d’arts plastiques, et aussi de leurs approches respectives à la création contemporaine dans ce secteur de l’activité humaine.

En fait et pour enfoncer le clou, il est clair que je n’aurai jamais de mots assez durs pour qualifier ces politiques.
De Croix-Baragnon à Mix’Art Myrys, ils ont pourri, saccagé, détruit, anéanti notre fragile environnement des arts visuels et des arts plastiques toulousains et contemporains.
Et ces imbéciles autant fiers que fières de leur forfaiture, totalement décomplexé·e·s à travers les miasmes de leurs turpitudes, se pavanent tellement heureux et heureuses de leurs boursoufflures bourgeoises. Comment ne pas être dans une colère noire ?

D’autant que tout cela n’est pas fini car après avoir tout bien foutu à feu et à sang, on apprend que les décideurs du côté de cette ville rose, où tout n’est plus si rose (si tant est qu’il y ait pu y avoir des moments vraiment roses un jour !), vont finir par rogner les aides aux structures et événements encore existants dans le domaine des arts qui nous intéressent ici pour permettre d’acheter des opérations clés en mains de monstrations d’art moderne ou d’art contemporain « grand public ». Des espèce de grosses resucées vues et revues avec le seul intérêt d’être visibles par TF1. La préfiguration de la Cité des Arts à La Grave ne présageait rien de bon.

Ceci dit on l’avait bien remarqué, à part les ratés d’une communication heureusement indigente. Dire que l’on se réjouit de ce genre d’indigence pour se rassurer de leur idiotie…

Ceci encore dit, c’est tout aussi bien fait pour celles et ceux qui se croyaient (et se croient encore !) à l’abri en soutenant cette politique mortifère.
Comme le chantait Jimmy Cliff en 1972 : « The harder they come, the harder they fall, one and all ! » [+], ça n’a rien à voir, j’avais juste envie d’écouter cette musique, comme ça, totalement gratuitement. Peut-être parce que je pensais au film éponyme de Perry Henzell [+] pour lequel ce morceau fut écrit. Mais de cinéma il en sera question un tout petit peu plus tard dans la présente chronique du lundi.

En attendant, le roi est nu comme l’exprime l’expression.
Et nous voilà rendu à l’exact moment, à l’exact endroit, où l’on voit poindre la réalité : aucune idée, aucune ambition, aucun goût.
Aucun autre goût que pour celui de l’argent frais qui rentre dans la caisse d’une croissance dépassée mais si bien-aimée par les gros commerçants et agents de l’immobilier provinciaux. Imbécilité et désolation règne sur la capitale occitane.
Juste en fond une litote comme une vieille rengaine de droite qui drague les bas instincts de l’extrême droite : une soi-disant volonté de montrer de la culture « populaire et de qualité ».

En fait j’aimerais bien savoir ce que ce tristes sires entendent par populaire et aussi par qualité.
Le street art peut-être ? Après l’avoir pourchassé et criminalisé ? L’art numérique ? Dont la ville rose voulait être le phare européen il y a encore moins de cinq ans ?
Ah, les imbéciles qui du haut de leur inculture manipulent de mots, pourtant si simples, qu’ils ne savent maitriser, ce serait à mourir de rire s’il ne fallait pas en pleurer !

Ça fait d’autant plus mal quand je mets tout cela dans la perspective d’une escapade ce we passé avec Thérèse [+] en compagnie d’autres artistes comme Jeanne Lacombe [+] où nous avons grimpé le mont Saint-Clair pour y voir cette très belle expo – « Sous un soleil noir » – de Manuel Pomar [+] dont je me suis déjà fait écho la semaine dernière.

Pendant près de deux jours et demi, nous y avons vu, dans les quartiers hauts comme près du port ou des plages, des artistes toulousains exilé·e·s heureux (par chance pas si loin des bords de la Garonne), nous y avons vu des infrastructures de l’art qui fonctionnent un minimum, de la diversité des courants et des formes, un environnement propice qui soutient la scène artistique locale.

Et pourtant ce n’y est pas si drôle des ateliers se voient fermer quand fort heureusement d’autres se pérennisent. Rien n’est gravé dans le marbre comme on dit.
Oui, tout n’est vraiment pas si facile car on y connait depuis des décennies la forte poussée de l’extrême droite, qui s’essouffle tout de même fortement, soyons honnête.
Tout n’y est donc pas si aisé politiquement, quoique la gauche ouvrière et paysanne y a encore de beaux restes. Et heureusement les quartiers populaires n’y ont pas été vidés de leur substantifique moelle. Les artistes y vivent et y travaillent sans avoir à être les idiots utiles de la gentrification. C’est ici une victoire et un exemple très intéressant de coexistence de l’art, des artistes et d’un environnement urbain mixte.

Bref, dans nos discussions enflammées d’artistes à travers nos pérégrinations et déambulations Sétoises, force est de constater encore une fois plusieurs choses que je répète à longueur de mes chroniques…
La première est que sans volonté politique pour soutenir la scène locale il ne se passera jamais rien d’intéressant dans ces paradigmes des arts visuels et plastiques contemporains.
La deuxième qui découle de la première est que les artistes dits contemporains quelles que soient leurs pratiques et leurs courants peuvent travailler et présenter leur boulot sans être les jouets de la spéculation de riches collectionneurs.
La dernière est que penser en tant qu’artistes l’équation si facile à dire mais si difficile à atteindre : « art contemporain égale luxe égale exception bourgeoise » est une imbécilité totale. Le seul calcul à faire est celui de la générosité, de l’empathie, de la coopération et du travail tout aussi pensé que sérieux.

Mais hélas du côté politique, et malheureusement tout aussi à la gauche qu’à la droite de l’échiquier, faire un geste vis à vis de la culture c’est évidemment faire un geste vis à vis de la culture de masse !
Et ça fait fait mal quand cette masse s’abat sur nos écrans. Sauf que la masse elle est intellectuellement déficiente et rame à crever ces écrans.
Du coup même si l’industrie du cinéma, dans sa grande majorité thuriféraire de notre mode de vie ordo libéral, se plaint des mesures sanitaires, voici fleurir le retour des grands navets du cinéma.
Fini la tranquillité de la pandémie. Heureusement j’attends avec plaisir l’arrivée des saisons 5 et 6 de la corona porn…
Non je galèje ! Quoi que… Quoi que… Vu les nouveaux gros titres autour de l’ »inévitable » 5e vagues, style petite resucée de la peur et des frissons, un peu comme cette superbe phrase prémonitoire de Roger Gicquel en ouverture du journal télévisé du 18 février 1976 de la 1e chaîne de télévision française déjà intitulée TF1 : « La France a peur ».
Gicquel c’est ce fameux présentateur sinistre au look de la belle époque giscardienne déprimée par un choc pétrolier récessif. Une entrée en matière qui ouvre ainsi le bal de cette spirale des infos catastrophe en hexagone qui ne fini pas de nous emporter vers le fond depuis un demi siècle. Bref la France continue d’avoir peur !

Et donc en attendant la 5e et inévitable vague tellement attendue par les informations en manque de porn terrorisme sanglant, et surtout pour revenir aux navets cinématographiques qui fleurissent sur le terreau de cette peur panique, je vous engage à voir ce qui se dit à propos du film BAC Nord sur le toujours très intéressant Bondy Blog [+].
Bref vous aurez remarqué la formidable hardiesse que j’ai convoqué pour mettre la faiblesse intellectuelle d’un navet français caricatural face à un chef d’œuvre du tiers-monde qui narre la vie et la mort (supposée) d’un vendeur de Marijuana à Kingston-Jamaïque.

Alors oui, on aura l’impression qu’en pandémie comme en tout : seuls les plus forts pourraient s’en sortir… Jusqu’au jour où… Tout comme tous les festivals « protocolés » qui ont fini par éclore cet été, il y aurait fort à parier que dans le temps seuls les plus forts s’en sortiront, mais il y aura tout autant et aussi fort à parier que tout cela renforcera les sous-cultures salutaires, et c’est tant mieux. « O tempora, o mora es » disait l’un, « Horas non numero nisi serenas » disait l’autre !
Ainsi est la nature de l’homme autant que de la femme et surtout ainsi va la fameuse « culture de masse ». Vous aurez compris à me lire que le concept de masse n’a pas la même valeur pour toutes et tous.

Autre et hardie perspective à cet instant de ma chronique : bien heureusement il y aura deux manifestations à Toulouse que vous pourrez visiter ces prochains jours.
Tout d’abord, le Printemps de Septembre [+] qui fête ses 30 ans cette année et qui malgré son statut de poids lourd me semble bien fragile à la lumière de tout ce que j’ai pu dire. Et bien sûr Manifesto [+] qui fragile restera tout aussi fragile à mon humble avis. Ces deux festivals qui font la belle part à l’écriture visuelle et plastique contemporaine débutent à Toulouse le 17 septembre qui arrive.

Bon il est tard et le crépuscule pointe son nez au moment où le soleil nous quitte. Il va me falloir vous quitter, je dois bien avoir des enfants à nourrir quelque part ou un chat à calmer, voire l’inverse, voire pas du tout, mais qu’importe je vais devoir vous quitter.

Je ne vous quitterai pas sans avoir évoqué un peu d’inclusif, d’ »inclusivisme », dans la langue. Car et bien non : le point médian ne va pas détruire, ni la langue, ni la société, et permettez-moi de vous amener justement vers la sortie de ce point de crispation avec cette tribune sur le langage inclusif du psycholinguistique Pascal Gygax dans le Monde [+]
À compléter avec cet autre article du Devoir [+], le fameux journal canadien de Montréal. Ce qui me fait repenser à pourquoi le français, bien que ce soit la langue dans laquelle je m’exprime majoritairement, est loin d’être ma préférée. Comme il est dit : « […] la pensée en français fait dominer le masculin. Cet usage a des conséquences directes sur la façon dont on conçoit le monde […] ».

Pour rebondir encore un peu sur les sujets qui gravitent autour du genre, et avant qu’un rayon vert mental ne me transperce le cœur, laissez moi vous entretenir d’une très chouette émission sur ces questions et surtout sur l’image de la femme dans l’histoire européenne et occidentale. Je ne peux parler que de cette histoire puisque c’est tristement la seule que je connais et que j’ai apprise. C’est un sujet sur la femme chevalier, ou plutôt chevaleresse sur France Culture [+]. Et oui la radio encore, parfois voix de son maître, parfois un nid d’islamo-gauchistes… Un peu selon le point de vue depuis lequel on observe les choses !

Bon là je vous quitte vraiment pour aujourd’hui… Mais pas tout à fait car pendant ce temps là l’eau continue son chemin, il faut espérer qu’elle ne nous manquera pas trop, à lire sur cet article de l’Humanité [+]. Ce qui me ramène inlassablement à mon travail sur la « cartographie sensible de l’eau : Aiga ».
Ce n’est pas que j’insiste et ramène tout à moi, mais il arrive que malgré tout ce que l’on peu reprocher à l’art dit « contemporain » il existe des questionnement, des interrogations que les artistes se posent et sur lesquelles ils et elles se proposent de réfléchir avec le public, sans avoir à passer sous les jougs d’une quelconque fondation de milliardaire, mon boulot en est, je l’espère un exemple parmi tant d’autres…

L’image qui est dessous n’a rien à voir avec « Aiga », elle est extraite d’une vidéo qui interrogeait en son temps les fameux médias audiovisuels, et sur cette explication qui n’explique pas le titre de cette présente chronique (ou peut-être en trouverez-vous le sens caché vous même, ou non !), je vous souhaite une belle semaine et vous dit à lundi prochain.

Image extraite de la vidéo de Philippe Pitet intitulée "What Is TV Doing For Me?" - 2010
Image extraite de la vidéo »What Is TV Doing For Me? » – 2010

La suite la semaine prochaine pour une nouvelle « Chronique du lundi »…

PhP

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§ 2 réponses à 13.09.2021 – Chronique du lundi

  • Béatrice Tor dit :

    Bonjour Philippe,

    Es-ce que je peux relayer ta chronique sur Facebook ? J’approuve ton analyse de la politique culturelle locale et le style de cette critique.
    Bien à toi,
    Béatrice Tor

    • Bonjour Béatrice,
      Tu peux évidemment relayer cette chronique, comme toutes les autres, à ta convenance !
      Je t’en remercie beaucoup.
      D’ailleurs, j’en avais discuté avec quelques autres, dans le cadre d’AEGO et de son site internet (https://artengreveoccitanie.art/) je comptais faire un (ou plusieurs) article(s) de fond sur l’art et les territoires…
      +++
      Ph

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