01.11.2021 – Chronique du lundi

1 novembre 2021 § Poster un commentaire

De la nature et de l’art peut-être ?

J’écoute le bruit de la très fine et légère pluie qui tombe au dehors, nous sommes bien en automne dans l’hémisphère Nord. La chambre d’hôtel dans laquelle je viens de me réveiller est baignée dans une sombre pénombre, il est six heures du matin le Pays basque s’éveille, j’ai sommeil mais j’ai du mal à dormir. C’est de quelque part non loin de Donibane Lohizune dit St Jean de Luz en français que je vous souhaite la bienvenue amies et amis internautes et tous les autres à l’écoute dans cette chronique du lundi 1er novembre 2021, jour de Toussaint, lendemain du jour des morts

Un petit tour au Pays basque en famille ce long weekend, pour fêter l’anniversaire d’Anne-Marie Jeannou [+], une amie artiste exceptionnelle et de grand talent, en compagnie d’autres amies et amis artistes (ou non !) toutes et tous aussi talentueuses que talentueux, voire exceptionnel·le·s…
Cela faisait longtemps que nous ne nous étions pas accordés un léger temps pour nous. Et bien heureusement en parlant de temps, mais météorologique celui-ci, il était tout de même au rendez-vous. Ceci dit fallait-il douter d’un temps de novembre au bord de l’océan ?
Alors dans ce temps, celui de l’horloge à présent, quasiment pré matinal et peu amène à me sortir du confortable lit dans cette chambre d’hôtel aux allures de la tradition basque toute en généreuse hospitalité, mon âme rêveuse appareille vers des cieux lointains portée par le son du silence pluvieux accompagné par l’apaisante et douce respiration de Thérèse [+] qui dort si paisiblement à mes côtés.

Sous cette couette douillette, mes pensées vagabondent, sans trop de production littéraire, au gré des vents de l’imprévu ou plutôt de la complète impréparation de la chronique de ce jour, car voilà deux jours que nous festoyons au son des chants basques.
Depuis mon réveil je pense à tout le gâchis que l’humanité provoque autour d’elle parce qu’elle a perdu la raison. J’entends le souffle tendre des enfants de Thérèse qui dorment innocents dans cette suite parentale de l’Hôtel des Pyrénées Atlantique, je voudrais tant qu’ils s’éveillent dans un monde plein de promesses au lieu de savoir ce monde voué à un triste avenir de fureur et de larmes par les dogmes de l’économie du profit et de la concentration. Car pourtant tout serait si simple sans ces prédations du capitalisme et de la compétition. Ce serait si simple si nous, Sapiens, revenions à nos basiques basés sur l’entraide, l’empathie et l’observation respectueuse de notre écosystème. Sous ma couette je pense à la forêt qui agit comme une chaude couverture pendant l’hiver et fait office de draps frais en été comme l’écrit l’Huma dans cet article en lien [+]. Comment sacrifier de telles évidences à l’hôtel du profit et de la compétitivité ?

Il est temps que je me lève mais avant de vous laisser un temps pour mieux revenir au cœur de ce présent exercice éditorial approximatif, je voulais vous entretenir de deux ou trois choses de la vie qui me tenaient à cœur d’exprimer depuis plusieurs semaines, surtout quand cela agite mon obsession des médias et de leur proximité avec la gouvernance du monde.
Comme par exemple les concentrations au sein du paysage audiovisuel français, le fameux PAF, où l’on apprend la fusion des médias de Bolloré avec ceux anciennement Bouygues dans un article d’Acrimed en lien [+].
Est-ce que là, on sent bien le nouveau concept de diversité poindre ?
Car malgré les attaques ad nauseam contre une soit disant main mise de l’audiovisuel public par de dangereuses et dangereux gauchistes, ce dernier, l’audiovisuel public, est bien dans les mains bien pensantes du bloc bourgeois, même à travers ses humoristes bon teints comme cette humoriste que l’on retrouve décryptée toujours dans ce décidément excellent média critique qu’est Acrimed (encore !) à travers cet article aussi en lien [+].

Et puis ce n’est pas comme il ne se passait rien dans l’actualité du monde. Ce n’est pas comme s’il n’y avait pas de sujets sérieux dont pourraient s’emparer ces médias qui nous assurent de leurs importances dans la comédie de la démocratie bourgeoise.
Je ne me souviens plus qui m’a dit à forte raison qu’en moins de quatre mois nous avons eu les Pandora Papers [+] avec ses milliards détournés par les plus riches et les plus puissants sans que cela n’émeuve quiconque dans la presse et ne fasse trop de bruit, il y a cette histoire d’un tueur en série policier [+] à la retraite puis décédé affilié au fameux syndicat de police très à droite de la droite qui est traité comme un banal fait divers sans mettre la puce à l’oreille de nos journalistes ou éditorialistes et donc de nos concitoyen·e·s, nous avons eu droit à la fabrication par la télévision elle-même et par les journaux d’opinion d’un abject candidat présidentiable sans que cela ne choque quelqu’un et sans aucun décryptage dans aucun média dit mainstream à part l’Huma [+] et consorts, pour finir, il ne faudrait pas oublier un certain rapport du GIEC qui fait flipper sa race comme on dit mais dont tout le monde se fout. Tant de gros titres ratés au profit de la propagande du bloc bourgeois, c’est vraiment ballot !

De toute façon la vacuité des médias et surtout de la télévision qui se targuent de nous informer au mieux n’est plus à prouver. Et un jour peut-être ferais-je une compilation de critique globale sur le sujet de la presse qui façonne les opinions, en attendant voici en lien un article de Frustration Magazine [+] qui nous informe très précisément des coulisses de ces fameux débats de l’info en continu qui ne sont pratiquement que des vecteurs de l’endoctrinement aux dogmes du libéralisme capitaliste.
Que reste-t-il de nos amours alors ? Que reste-t-il de la raison ? Que reste-t-il d’un monde meilleur ? Sans aucun garde fou, sans pluralisme de l’information, sans contrepoint de vue face aux doxas dominantes, jours après jours ils reculent devant d’incroyables provocations perpétrées par le grand gagnant du moment qu’est le bloc bourgeois. Provocations quotidiennes ânonnées d’en haut comme par ce gouvernement français dont l’arrogance sur-dopée à la certitude de générations d’énarques est en roue libre.

On ne décèle aucune humanité en eux, ainsi que vient de le démontrer cette séquence imbécile initiée par une sémillante Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances de France à propos du travail, de l’usine et tout ça… Les cons ça ose tout c’est même à cela qu’on les reconnaît, comme l’avait écrit Audiard. Pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas la fameuse magie du travail, je vous la laisse en lien [+].
Bref l’usine et le monde du travail ce doit réellement être le pied chez les bisounours de la « Start up nation ». À regarder de près, ce gouvernement et sa majorité sont un éternel sketch d’imbécillités renouvelé à chaque instant depuis plus de quatre ans, et les médias qui nous tiennent en haleine perpétuellement pour en connaître la suite sont les parangons de cette folie.

Bon d’accord, après cette diatribe et parenthèse politico-médiatique nous voilà arrivé·e·s en milieu d’une chronique que je vais devoir m’efforcer de mener à son terme bien plus rapidement que d’autres lundis pour cause de vadrouille dans ce Sud à la frontière entre Pays basque et Occitanie atlantique.
D’autant que je pense qu’un passage devant un bon thé chaud et ce soleil basque qui perce majestueux les nuages dispersés au vent viennent adoucir l’écriture du jour et, promis, je serai bien moins énervé pour la suite. D’ailleurs de la nature et de l’art ou de la nature de l’art il sera question à présent.
C’est parfois ainsi que se construisent ces chroniques sans préparation. Celle-ci se fait sur l’instant présent, comme là, juste avant de partir prendre un petit déjeuner reconstituant et de me rafraîchir la tête dans une balade non loin des bords de Nivelle, le cours d’eau qui coule pas si loin de l’hôtel, remonter le cours de l’eau pour éviter de me perdre et de vous perdre à travers des considérations de politique de comptoir.

Justement en parlant de nature, d’observation de cette dernière et de geste créatif on peut le faire sérieusement, mais on peut aussi créer avec humour. Un humour évidemment moins bourgeois que celui cité plus amont dans cette chronique.
Bien que loin de ma base alpine aux sources de la Drôme depuis déjà trop longtemps à mon goût, je pourrais vous entretenir d’un événement exceptionnel qui risque de ce passer à Die le 4 novembre prochain, c’est à dire dans 3 jours à la date où j’écris ces lignes. Sachant que je ne saurais donner de délais pour celles et ceux d’entre-vous qui lisez ou les entendez ces dites lignes, car en effet il se pourrait que l’événement soit passé alors. Heureuse réalité d’un temps pas toujours synchronisé dans les bulles temporaires que sont ces chroniques de mon temps qui passe. Donc, pour revenir à nos moutons, dans la cité de l’auguste déesse Andarta, le 4 novembre 2021, va avoir lieu (ou s’est passé !) La Grande Rotation de Die, je vous laisse écouter les explications du Bureau des événements géotechniques sur la radio locale Radio Diois (Rdwa) [+]. Je regrette de ne pas pouvoir être sur place pour constater les effets de ce phénomène naturel (ou non !).

Après ce passage alpin, le temps d’un effet de style me voici de retour à l’ombre des Pyrénées les pieds dans l’Atlantique à vous narrer ma promenade dans l’encore verte mais déjà bien flamboyante nature basque en ce début novembre. Mes pensées toujours vagabondes à la vue des hêtres, des châtaigniers, des pins ou des platanes, me remémorent les travaux de Giuseppe Penone ce plasticien italien qui entre Arte Povera et Land Art nous donne de belles réflexions sur la nature de la nature [+]. J’avais rencontré le travail de ce piémontais en Allemagne, cela peut paraître incongru mais j’avais appris que dans les années 60 il avait participé à des expositions collectives à Düsseldorf aux côtés de Boetti, Kounellis et d’autres, ainsi qu’à Leverkusen, des coins de Westphalie Rhénanie du Nord que j’ai fini par connaître relativement bien, et je m’étais intéressé de plus près à son travail. Giuseppe Penone parti du sein de l’Arte Povera a eu ensuite un parcours atypique et s’est demandé un temps si la Terre pouvait assimiler l’humain. Je l’ai redécouvert il y a peu sous l’insistance d’une amie artiste qui voyait en mon discours d’un soir des résonances avec le travail de Penone. Ce dont je doute évidemment fort, même si la nature, ou plutôt : notre environnement naturel occupe aussi une grande place dans mes recherches artistiques.
Si je sais qu’il n’y a pas de résonance particulière avec ce travail de mémoire des arbres, puisque je m’interroge depuis plus d’une décennie sur la mémoire de l’eau, et par delà de la mémoire des êtres humains, il peut y avoir un lien concret, je le conçois. Un lien qui me ramène à notre position dans l’espace, mais cela ne va pas plus loin.
Par contre je vous conseille fortement de vous approcher de son travail, comme par exemple à travers cette exposition à la BNF de Paris : Giuseppe Penone – Sève et pensée [+]

Et voilà que la journée arrive à son terme comme cette chronique. Je n’ai pas vu le temps passer à rouler du Sud vers le Nord à travers cette majestueuse forêt landaise. Et si de nature des choses comme de la nature humaine il était question aujourd’hui, il me semble que je vais abréger cette chronique et la terminer à travers les pins des Landes dans une soirée bien pluvieuse au coin d’un feu métaphorique.
Cette pluie qui me rappelle inexorablement la montée des eaux, et notre pays qui est loin de s’être préparé à ces inévitables catastrophes à lire sur Reporterre [+] (encore et ce n’est pas fini !).
Des choses qui se passent si souvent sous le radar, car malgré la promiscuité de la COP 26 de Glasgow, il est toujours aussi difficile de parler des problèmes liés à l’écologie [+].

Bon je termine pour de bon cette très courte chronique du 1er novembre 2021, peut-être parce qu’en France il est toujours question d’un combat en retard [+], avec un souvenir qui est remonté à la surface venu du fond de mon histoire à travers ma toute première exposition quasi personnelle puisque nous étions deux à exposer, avec mon vieil ami Bernard Amade, pour « Les irradiés de Tchernobyl » fin 1986 aux Nouvelles Galeries Atomium de Toulouse, les fameuses NGA.
Je vous souhaite une belle semaine et vous donne rendez-vous lundi prochain pour une nouvelle chronique.

Philippe Pitet (Kinou) Tract et cartel pour l'exposition "Les irradiés de Tchernobyl" - NGA Toulouse 1986
Les irradiés de Tchernobyl – NGA Toulouse 1986

La suite la semaine prochaine pour une nouvelle « Chronique du lundi »…

PhP

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