06.12.2021 – Chronique du lundi

6 décembre 2021 § 2 Commentaires

Au sol tomberont les dernières feuilles !

Amies et amis lecteurs, auditrices, lectrices, auditeurs, internautes de tout bords et d’ailleurs, nous sommes le lundi 6 décembre 2021, il est comme à mon habitude très tôt à l’heure où je commence à écrire ces quelques lignes de mon exercice éditorial du jour, quelque chose comme 5h30. Dans une pénombre douce de ces nuits qui continuent à s’allonger dans l’hémisphère Nord et à travers mes doigts embrumés, car tout est écrit avant d’être dit, je vous souhaite la bienvenue sur ce qui va devenir, tout au long des mots qui vont suivre, ma 60e Chronique du lundi.

Peut-être vous ne le savez pas, mais parfois je me questionne. Des questions à propos du bien-fondé de mes propos et de mes mots… Est-ce que je délivre au public attentif et bienveillant que vous êtes, une matière qui constitue réellement chronique ou juste une revue de presse, ou encore plutôt une revue de clics ? Ne pourrais-je pas mieux développer mes sujets ? Suis-je réellement légitime à parler de tout cela ? …

En remontant mon cours d’écriture dernièrement, je me suis fait la réflexion que ces écrits hebdomadaires sont truffés de références en liens, voire de liens directs sans que parfois je ne déploie mieux ma pensée sur le sujet donné.
Mais en fait et pour tout vous dire : ce mode opératoire est un entrainement de fond qui me permet aussi de réfléchir au temps qui passe ainsi qu’à sa mémoire. En résumé, j’aime bien chiner des infos de droite et de gauche sur le web pour vous en faire profiter. Peut-être cela suffit pour beaucoup, je sais que cela peut paraître peu construit, voire enfantin pour d’autres. Dans tous les cas, même approximative et négligée, pour moi ça reste toujours une approche d’écriture narrative.

Suis-je réellement inquiet de cela ? Pas vraiment, et ce qui me parait intéressant ce sont justement ces allers et retours dans le temps et la mémoire de l’information sur le web. Une mémoire mise dans la perspective de nos mémoires propres ou de la mémoire globale. C’est au fond, ni plus ni moins, qu’une extension de mon travail depuis des décennies que je mène sur ce sujet de la mémoire. Je vous en avais déjà parlé par d’autres biais dans d’autres chroniques du lundi. C’est donc une constante dans mon processus.

En parlant de mémoire, je voulais revenir sur un événement qui me fut excitant autant que difficile. En effet comme je vous l’avais annoncé : j’ai participé au premier rendez-vous de « L’Envers » [+]. Un série de rencontres qui accueillent le temps d’une soirée plusieurs artistes pour une rencontre avec le public. Artistes qui viennent présenter leur boulots ou leurs pratiques en cours, leur édition du moment, leurs labeurs ou leurs projets.
Exercice qui me parut évidemment excitant tant il n’existe que peu d’espaces disponibles pour exposer son processus de création, le « pourquoi du comment » autour de ses boulots face à un public en chair et en os en dehors des vernissages. Mais exercice hyper difficile que de parler de ce boulot devant ce public tant il y avait longtemps que je n’étais sorti de ma tanière.

Bref, brouillon et confus, je fus loin d’être au top pour présenter le travail qui me tient tellement en haleine et à cœur sur ma « Cartographie sensible de l’eau ». Heureusement le public présent fut bien indulgent et surtout extrêmement bienveillant. Promis j’y reviendrai avec une meilleure forme, peut-être dans une vidéo postées sur mon site, ou carrément dans une conférence que je souhaite mettre en place assez prochainement du côté de Die dans la Drôme. J’espère juste ne pas vous faire une nouvelle promesse de gascon dont je suis assez coutumier.
En attendant vous pourrez voir un petit bout de ce travail à notre marché de Noël de l’Atelier TA [+] qui se tiendra en fin de cette semaine, dans la Ciutat Mondina à travers l’opération des marchés de Noël des ateliers d’artistes de Bonnefoy.

À moins que la 5e vague et notre ami le nouveau variant aux prophéties apocalyptique à l’approche des fêtes de Noël ne nous sépare une nouvelle fois. On a beau dire que là, tout de même, ce ne sera pas possible, tellement les risques de l’apocalypse selon Saint Omicron s’amenuisent, mais avec la gestion calamiteuse de la crise depuis deux ans par tous les pouvoirs publics du monde, tout peut arriver et cela ne nous rassure pas pour autant.
À ce sujet Il y a peu j’ai trouvé la retranscription d’un bon chat en direct (discussion en direct sur le web, pour les néophytes) dans le journal Le Temps, le journal suisse francophone, avec l’infectiologue Julien Riou [+] qui me paraît être clair. On ne se débarrassera jamais de cette maladie, intimement liée à notre mode de vie basé sur la croissance économique et le manque de considération à notre écosystème général. Il faudra donc vraiment revoir la copie et remettre le paquet sur nos systèmes de soins et particulièrement hospitaliers au lieu de brader sans retenue pour un profit mortifère à court terme, avec comme unique backup une politique vaccinale à tout va, peut-être indispensable pour casser les dynamiques de propagations du virus, mais loin d’être une unique solution.

Et comme les virus ne connaissent pas les frontières et ne distinguent aucune différence entre les individus, ça implique une mise en œuvre d’une politique de soins égale pour toutes et tous en France, en Europe et partout dans le Monde. C’est encore un peu un argument supplémentaire qui plaide en faveur de la collaboration positive, de la contribution, de l’empathie face à la compétition et la loi du plus fort donc du marché. Il faudrait enfin et surtout en venir à des modèles de gouvernances qui nous extrairaient du schéma vertical du pouvoir, pour nous ramener à ces valeurs intiment humanistes de l’entraide, de l’autogestion et du respect de tou·te·s, dans ne société humaine sans classe sociale excluant la domination d’un individu ou d’un groupe d’individus sur les autres. J’ai bien l’impression que là je viens de donner la définition de l’anarchie !

Mes convictions anarchistes sont toujours prédominantes par vents et marées. Je vois qu’elles refont surface chez d’autres, après avoir revu un long documentaire sur l’anarchisme de Tancrède Ramonet produit par Arte il y a une paire d’année, comble de l’ironie sur Youtube, que je vous laisse en lien [+]. Ou encore à la lecture de cette revue bien intéressante sur le sujet que m’a offerte ma chère et tendre Thérèse [+]. Un revue sous forme tabloïde qui répond justement au nom de « Ni dieu, ni maitre, ni patrie » que l’on ne trouvera que sur papier, dont je viens de lire le 1e numéro. Une revue qui convoque quelque part la mémoire d’Auguste Blanqui [+] et de son fameux journal « Ni Dieu, ni Maître » [+], même si je n’ai vu cité ni l’un ni l’autre, mais qui nous raconte de belles expériences anarchistes à travers notre histoire récente.

Bien plus loin dans l’histoire et la proto-histoire, les origines du monde et certaines sociétés égalitaires à l’aube de notre passé qui vit l’avènement de ce que l’on appelle civilisation font parfois échos au municipalisme libertaire de Bookchin [+]. Et sur le journal en ligne Uzbeketrica [+], on peut lire un entretien avec l’Archéologue David Wengrow, qui a publié en compagnie de l’anthropologue David Graeber (aujourd’hui décédé) le livre : « Au commencement était, une nouvelle histoire de l’humanité » [+], un ouvrage qui renverse pas mal de mythes à propos de l’origine historique des inégalités.
Nos ancêtres préhistoriques le savaient bien, la compétition et les discriminations sont néfastes pour notre survie, plusieurs fois sapiens à frôlé la disparition dans son antique histoire, à chacun de ces goulets d’étranglement de population notre espèce s’en est sortie parce que les groupes humains étaient solidaires et très égalitaires. À l’exemple de ce chasseur qui était une femme du temps de la préhistoire et que l’on retrouve en lien vers le National Geographic [+] dans cette chronique du jour. Parfois on pourrait douter du bien fondé de l’invention de l’agriculture pour les Sapiens que nous sommes, et vouloir revenir au temps de la chasse et de la cueillette. La vérité est sûrement ailleurs, il nous faut juste prendre conscience de l’imposture de la domination et des inégalités.

Je reviens à Auguste Blanqui, qui dans sa défense en Cours d’Assises en 1832 où il était accusé de complot contre la sureté de l’état dit pour sa défense : « Oui, Messieurs, c’est la guerre entre les riches et les pauvres : les riches l’ont voulu ainsi ; ils sont en effet les agresseurs […] ».
Cela fait un terrible écho à cette édifiante information [+] où l’on apprend que 25% des plus démuni·e·s et pauvres sont déjà mort avant l’âge de leur retraite contre 5% des plus riches. Ces derniers et dernières devront attendre l’âge de 80 ans pour atteindre les 25%. Il est évident que cette info et surtout son graphique, alors que pour une fois depuis longtemps Libé faisait un bon boulot de synthèse, ne seront jamais repris par une quelconque chaîne du PAF, comme il est bien expliqué dans un article d’Arrêt sur image en lien [+], tant il dérange la doxa du plus fort en cours dans nos médias.

Je saute du coq à l’âne, façon très imagée pour m’amener à parler de l’autre andouillo-facho dont le nom et le physique montrent une singulière similitude avec Zorglub [+] ce personnage obscur inventé par les géniaux André Franquin [+] et Michel Greg [+] dans les aventures de Spirou au cœur de mon enfance au cours des années 60. La différence c’est que Zorglub, d’obscur devint aimable à travers ses histoires. Le polémiste télévisuel lui a peu de probabilité de le devenir, aimable.

En fait je ne voulais pas parler de Z, ni des pitreries aussi incroyables qu’imbécile des candidat·e·s à l’investiture pour l’élection présidentielle française dans les rangs du fameux parti de la droite dite traditionnelle, Les Républicains.
Je ne voulais parler ni de P, ni de Z, ni de L, ni de J, ni de H, ni de deux des trois M, ni d’aucune candidate ou d’aucun candidat de cette droite qui va de l’extrême à la fausse gauche.
Je ne voulais pas parler de ces grossières mascarades politiques menées par le bloc bourgeois en France, je laisse des journaux d’opinion comme Frustration Magazine le faire avec talent et brio. Il vous suffira, par exemple, de suivre ce lien [+] pour vous en rendre compte, à moins que votre âme conservatrice profonde ne vous empêche d’y prendre plaisir.

Ceci dit, et voilà pourquoi je me mets à disserter sur ce fâcheux personnage créé par la presse bourgeoise, je me demande jusqu’où va se nicher l’inculture crasse de ces salopards décomplexé·e·s, qu’ils soient des hommes ou qu’elles soient des femmes politiques. Car là franchement, et d’autres que moi l’on déjà soulevé, choisir la 7e symphonie de Beethoven et son 2e mouvement comme musique de campagne alors que le compositeur avait écrit cette œuvre magistrale en opposition totale à Napoléon et à la France de la réaction qu’il représentait, les bras me tombent d’une telle incurie.

Sacré Z, il paraît en plus n’avoir fait aucune démarche de demandes d’usages des droits pour les images, les musiques ou les contenus de son clip de campagne… Qu’il soit un personnage odieux, toute personne sensée ne peut en douter. Dans cette triste pantomime c’est même son rôle attribué. Sauf que là, l’outrance est tellement visible que je me demande comment la presse promotrice de ce spectacle [+] va s’en sortir, même si l’on sent bien un début de revirement en ses équipes rédactionnelles.

Malgré cette joyeuse course à droite pour l’obtention du Nobel de l’outrage à l’intelligence, ou à celui des contre-vérités, ou encore à celui du plus odieux défoulement raciste, il est fort heureux de voir des lumières parfois apparaître dans les trous noirs de l’information de masse. Ainsi nous pouvons tout de même lire des sondages qui ne nous la font pas à l’envers, comme celui qui montre ce sentiment de ras le bol des discriminations en France. Un sondage mis à jour grâce à cette vieille et si précieuse Humanité, dernier et seul journal de masse vraiment de gauche en France. Sondage dont vous pourrez prendre connaissance dans un article aussi en cliquant sur le lien [+] juste précédent ces mots dans ce texte sur mon site (je précise pour celles et ceux qui m’écoutent).

Je n’ai pas vraiment parlé d’art dans cette chronique du lundi, sauf à parler de moi et de mon travail, c’est déjà cela, d’ailleurs je vais même continuer à faire de la retape et vous dire que vous pouvez toujours faire un petit tour sur la petite boutique de mon site (menu « La boutique en ligne ») pour vous procurer une édition à pas cher, ça peut faire de jolis présents de fête. Vous pouvez aussi m’envoyer un message, en passant par la page « Contacts », pour prendre rendez-vous et visiter mon atelier et mon travail à Toulouse, à Die ou ailleurs en résidence. Je n’ai donc pas trop parlé d’art et bien trop d’opinion politique, mais depuis plus d’un an de chroniques vous devez avoir fini par comprendre que les deux peuvent être intimement liés comme le souligne cet article du Monde Diplomatique à propos de l’art et de la gauche [+].

En citant le Monde Diplomatique ça me fait penser que je n’ai pas non plus parlé de la disparition d’un « agroécologiste » bien connu, très catho, assez homophobe avec tout ce qui accompagne ces convergences. Vous trouverez quelques infos en rappel dans un article de ce journal deux fois cité dans mes précédents mots en lien ici [+]. Vous l’aurez compris en me lisant : les imbécilités biodynamiques, les théories fascisante de Steiner et tous leurs thuriféraires me sortent par le nez. D’autant que je n’ai pas besoin de gourou pour savoir la planète en danger. Je sais surtout et par dessus tout que la croissance verte est un leurre. Je ne suis pas là pour juger non plus. Alors chacun·e ses choix et chacun·e ses peines, laissons les hommages à celles et ceux qui se le sentent. Pour ma part, à rendre hommage je préfère le faire en disant ma peine d’avoir vu disparaitre deux personnes qui furent importantes dans l’art contemporain je pense. En tout les cas ces personnes le furent pour moi.

En effet la semaine dernière disparaissait Bernard Rancillac [+], une des figures majeures de la figuration narrative [+]. Son travail aurait bien pu faire partie du Panthéon d’Imagerie de Combat [+], nous n’aurons malheureusement jamais eu l’occasion de le lui demander. On peut retrouver pas mal de choses sur ce peintre [+] qui disait sa peinture politique en écoutant quelques émissions sur France Culture, ici aussi en lien [+].

Et puis une autre triste disparition est celle de Lawrence Weiner [+], l’un des père de l’art conceptuel [+]. Même si je sais que personne n’est éternel ni indispensable, qu’il faut bien partir un jour, ma grand-mère me disais toujours que les cimetières étaient remplis de personnes irremplaçables, je reste très touché, tant les formes que Weiner pratiquaient [+] à travers ses grandes phrases avaient influencé un temps mon jeune labeur d’occupation de l’espace où l’intention devenait aussi importante que la forme.

Bon voilà la fin de ma première chronique du lundi en décembre de cette année 2021. Une année bien heureusement finissante. Une année qu’il me tarde de voir disparaître, tellement elle fut pénible pour ma pratique et tellement la prochaine me paraît douce rien qu’à ses agréables promesses d’aboutissements.
Évidemment en mettant toute considération politique hors de ces perspectives.
Je vous souhaite une belle semaine et vous donne rendez-vous ici même lundi prochain, à moins que vous ne passiez me voir avant dans mon atelier !

Peinture-Collage de Philippe Pitet - Nestor Makhno
Peinture-Collage // Painting-Collage – 2018

La suite la semaine prochaine pour une nouvelle « Chronique du lundi »…

PhP

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