20.06.2022 – Chronique du lundi

20 juin 2022 § Poster un commentaire

Sans condescendance, prendre en pleine face la stupidité du monde…

Alors donc nous y sommes. Nous voilà le lendemain d’un grand soulagement pour les fâcheux et les fâcheuses en tous genres qui vont à coup sûr pouvoir s’arranger sur le dos du pauvre lumpenproletariat [+] au sein duquel nous essayons de ne pas étouffer. Nous voilà surtout clairement bien installé·e·s dans le scénario d’une catastrophe certaine, dans lequel nous engageons un difficile combat pour la survie écologique et donc sociale. Nous sommes le lundi 20 juin 2022 vieille de l’été mais déjà dans sa fournaise depuis un bon mois. Il est un peu moins de 6h dans ce matin très calme après deux jours d’un vent d’autan déchaîné qui aura conclu une grosse semaine de canicule. Près de 6h à l’heure où je commence l’écriture de cette nouvelle chronique dans laquelle je vous souhaite une très solidaire bienvenue.

À cet instant présent je vous avoue avoir une irrépressible envie d’écouter Rebel Waltz des Clash [+], c’est toujours ainsi que commence dans ma tête une journée qui s’annonce entre la figue et le raisin comme on dit. Écouter les Clash et me remémorer toutes ces mythologies artistiques de ma jeunesse punk [+] sont essentiels quand vient le moment où il faut vraiment que je me remotive dans la vie…

Alors oui, à cette heure précoce, nous aurions pu croire au miracle et continuer à rêver. Hélas, il faut bien se réveiller et reconnaître que le miracle avait déjà eu lieu au premier tour de ces législatives qui se sont closes hier sur un résultat tout aussi décevant à chaud que prometteur pour les luttes qui pointent leurs nez. Et franchement contre toute attente, c’était déjà très bien dès le premier tour.
Les luttes que j’évoque seront avant tout celles de la survie face aux folies irraisonnées de ce stupide capitalisme. Un ordre du monde qui nous mènera dans les cales de son bateau ivre, quoiqu’il arrive, quoiqu’il en coûte jusqu’à l’anéantissement final. Ce sera donc lui ou nous [+].

En France le bloc bourgeois garant du capitalisme financier, libéral mais aussi conservateur a eu chaud aux fesses. Force est de reconnaitre qu’il sort renforcé de l’épreuve pour mieux nous défoncer. Il doit sa puissance à ces outils de la démocratie représentative qu’il a créés, ainsi qu’à la parfaite maîtrise des médias de masse qui manipulent à merveille (pour lui !) l’opinion publique. Les médias dits alternatifs n’ont pas encore assez de puissance de feu pour s’y opposer [+], peut-être n’en auront-ils jamais. De toute façon, et on le sait depuis longtemps [+] : ce n’est clairement pas à travers des élections majoritaires à deux tours que les enjeux cruciaux seront pris par les cornes [+]. Surtout pas avec un président élu par une faible minorité et une assemblée qui ne représente, tout compris, même pas la moitié des citoyen·ne·s d’un pays. Un système représentatif qui ne peut structurellement évoluer ailleurs que dans le giron du bloc bourgeois, puisque ce groupe cohérent dans ses aspirations mortifère s’est accaparé tous les termes républicains [+], pour mieux les détourner.

Heureusement à travers ces malheureuses informations de la veille je bois du petit lait en voyant une députée ouvrière née hors des frontières de l’Hexagone élue députée. C’est là une grande victoire de la raison autant que du cœur, rien que pour cette belle consécration de Rachel Keke [+], je suis totalement satisfait ce matin.
En fait, je suis tout autant satisfait de voir une des pires député·e·s macronistes [+] s’effacer dans ma 2e circonscription du Tarn face à sa concurrente NUPES [+], même si c’était une triangulaire avec un FN/RN en embuscade. Malgré ma grande tristesse de voir les fascistes arriver à emporter la 1re circonscription de ce pays de Jaurès parce que la droite a fait le choix de la honte. Alors que la 3e circonscription est restée dans l’escarcelle macroniste parce que, comme dans beaucoup de coin d’Occitanie, sa présidente de région en tête, la droite de gauche a savonné les planches et sabordé la gauche de combat dès le début [+].
De toute façon, ce n’est pas moi qui regarde dans leurs glaces cette haine et cette rancœur mortifère. Tout ce petit monde se débrouillera avec sa conscience, si elle existe. Au moins nous savons où se situent tous ces faux nez qui auront beau faire toutes les courbettes quand ça les arrange et qui resteront foncièrement loin de toute les idées dont ils se réclament pourtant quand ils ou elles se disent de gôôôche. Jaurès doit se retourner dans sa tombe.
Au moins sur le terrain nous saurons reconnaitre qui combattre [+] et les idées que tout ce petit monde propage.

Hors donc, si certaines ou certains croyaient ainsi au miracle, je me doutais bien qu’il ne fallait pas trop nourrir cet espoir. Le petit miracle avait effectivement déjà eu lieu au 1er tour de ces législatives, ainsi que bien avant, à travers les présidentielles du mois dernier. Le débat outrancier mené par le pouvoir sortant et leurs allié·e·s objectifs de toutes les droites à travers presse et éditoriaux outrageusement complaisants était la mesure de ce qui allait advenir.
Mais en fait, comme je le faisais déjà remarquer la semaine dernière : le parti majoritaire est celui de l’abstention [+]. Les raisons sont multiples [+], la principale en est le raz le bol général d’une population exsangue qui ne croit plus en rien.
Sauf que voilà : une population qui n’a encore rien vu de ce qui va lui tomber sur la tête [+] entre deux ou trois catastrophes dites naturelles qui nous pendent au nez [+].
Le combat se fera au pied à pied face au rouleau compresseur de la répression insidieuse ainsi que l’annonce les dotations de véhicules blindés [+] pour le maintien de l’ordre et l’impunité constante des Judge Dredd [+] qui prennent le pouvoir dans nos charmantes forces de police [+]

Sans rigoler et pour recentrer mon propos, à propos des outrances d’une majorité sortante, hier soir sur une vidéo [+] de Médiapart [+], je regardais avec un étonnement toujours renouvelé la ministre de la transition écologique (sûrement en cours d’éjection pour cause de défaite législative), dans cette campagne électorale de terrain. On reste sans voix de tant d’imbécilité concentrée. il ne faut pas être surdoué pour se rendre compte à quel point elle et ses congénères sont stupides. Mais enfin, même si elle a perdu, elle sera vite remplacée par une ou un autre débile destructeur tout autant que destructrice.

De tristes personnages, à l’image de tout ce monde en déroute qui s’accroche au pouvoir. Ils s’accrochent tellement à ce pouvoir qu’ils ont permis à la grenouille raciste et fascisante du FN/RN de se gonfler plus que la société ne peut réellement le supporter. Le fameux front républicain n’a jamais existé, à part dans la tête des électrices et des électeurs de gauche qui aiment bien jouer les castors. Je dis cela sans condescendance en ayant fait partie de la cohorte de queues plates qui ont rejeté l’indicible lors du second tour des dernières présidentielles, alors que je ne l’avais jamais fait auparavant.
Hélas, comme pour confirmer les craintes que j’ai toujours eues, hier le report de voix vers un candidat de la NUPES pour barrer la route à la droite extrême n’a pas fonctionné, et pour cause l’argument principal était de nommer extrémistes toutes celles et tous ceux qui ne souhaitaient que justice sociale et harmonie écologique. La fable des extrêmes qui se rejoignent [+] cette belle fiction du pouvoir bourgeois a carburé à plein régime.

Du coup la grosse grenouille est là et bien là, malgré son incroyable vacuité et son incompétence notoire qui saute aux yeux chaque fois qu’elle a la parole, il faudra composer avec. Le pouvoir le sait ça fait longtemps que je martèle que c’est son assurance-vie, il n’y a qu’à voir comment depuis des années ses médias lui déroulent le tapis rouge [+]. L’affaire de l’éditorialiste fasciste concurrent n’était qu’une diversion.
Comme je le disais hier soir à un amis en commentaire sur un média social bien connu, il y a fort à parier que ce nouveau et puissant groupe parlementaire de droite fasciste vote quasiment à l’unisson toutes les réformes (contre-réformes !) libérales [+] voulues par le bloc bourgeois : démolition de tout acquis social, mise à bas de la retraite ou de l’assurance chômage solidaire, renforcement des forces de répression, choix énergétique fossiles, destruction du vivant, promotion de l’économie de marché débridée, régression dans le droit des femmes, rejet de toute personnes « hors du moule familial », destruction de l’art et de la culture, et j’en passe. De toute façon le FN/RN n’a jamais été un parti « social » [+]. La droite de l’extrême-centre, la droite conservatrice et la droite extrême sont là pour s’entendre. Il n’y aura pas d’opposition côté cour de l’assemblée. L’idée d’un désaccord est une « storytelling » entretenue par les médias de masse. Et comme à l’habitude nous continuerons à vivre dans une démocratie ou la manipulation des émotions [+] sera la boussole de ce qui reste du corps électoral, voilà qui est bien dommage.

Bon, je vais taire là lamentation et récriminations d’un constat inutile. Si vous suivez un tant soit peu mes Chroniques du lundi vous aurez compris que mon horizon politique est bien plus proche du municipalisme libertaire [+] théorisé par Murray Bookchin [+], que celui d’un état centralisé, quand bien même il serait républicain.
Il faut noter que ce paradigme politique est tant bien que mal appliqué avec un courage collectif depuis plus de dix ans obtenant quelques succès contre vents et marées dans les zones en guerre du Rojava [+]. Un modèle anarchiste bien plus respectueux des individu·e·s que cette comédie à la chute désespérante qui vient de se jouer sur l’air du Bon, de la Brute et du Truand à travers ces semaines électorales. Je vous laisse mettre vous-même des noms sur les personnages du Bon, de la Brute et du Truand.
Nous le savons : mettre en place un modèle anarchiste de la société ne se fera pas dans un temps court, même si c’est un temps révolutionnaire. Surtout à travers le règne de cette imbécilité rampante qui de tous les éditorialistes en vogue jusqu’à la moindre particule de la société nous assène toutes ces contre-vérités stupides qui voudraient confondre anarchie et stalinisme [+] et qui voudraient aussi que ce mot anarchie soit le pire de la lie politique et l’enfer de l’arbitraire [+].
Alors, tout de même face à la presque grande histoire, et même si je ne suis loin de son modèle politique, quoi qu’en disent toutes et tous les pisse-froid du moment politique, il restera cependant un Bon dans cette petite histoire. On ne pourra que le remercier d’avoir parlé et mis en débat les réels enjeux de notre futur proche [+], malgré tout ce qu’il a pris dans la figure depuis des années d’opposition constante face à la Brute et au Truand.
À côté, cette même histoire jugera ce Truand qui avait promis d’éradiquer la Brute il y a cinq ans et qui n’a fait que la renforcer en usant sans honte de tout l’arsenal de cette dernière. Il ne faut donc pas baisser les bras.
Oui il est temps de déjeuner et de passer enfin à autre chose. Nos vies valent mieux que leur profit disait l’autre, je pense que l’été sera chaud et la rentrée bouillante.

Du coup et de retour à la ligne, je vais partir de ces paradigmes éminemment politiques non sans vous avoir fait part de l’existence de ce site avec ce podcast en lien [+], qui se nomme workingclasshistory.com c’est en anglais mais c’est un bon podcast sur l’histoire de la classe ouvrière comme son nom l’indique, ici c’est la guerre d’Espagne qui vit le monde ouvrier écrasé par une des pires des dictatures européenne du XXe siècle soutenue par tout ce que la bourgeoisie faisait de mieux dans l’ignominie.
Et puis évidemment je ne vais pas cacher ma joie de voir élu·e·s le 1er président et la 1re vice-présidente de gauche en Colombie [+]. Peut-être parce que j’y ai tant d’ami·e·s artistes chères autant que chers.
Je ne vais pas me faire bien plus long dans cette chronique. Il y a trop longtemps que ces moments politiques ont pris le pas sur mon propos artistique, il est temps que je me reprenne. Je vous promets, et là ce ne sont pas des paroles en l’air, que la semaine prochaine je reviendrai avec beaucoup plus de considérations sur l’art et l’art de vivre dans notre société, loin de mes analyses politiques de salon.

Du coup je vais vous quitter parce que cette journée du 20 juin 2022 va finir par se transformer en soirée puis en nuit. Et que, sans vouloir vous offenser, je préfère la compagnie de ma chère et tendre Thérèse [+] à la rédaction ou la lecture dans un micro de lignes de chronique, que ce soit pour parler d’art et en exercer une commune pratique avec elle ou tout simplement pour profiter ensemble de notre vie avec délectation.

Je vous laisse mais non sans avoir tout de même partagé des informations à propos de nouvelles connaissance au sujet de la Vénus de Willendorf, la plus vieille statuette connue d’Europe, avec cette même appétence que j’avais gamin à ouvrir les pages de l’Encyclopaedia Universalis. Sauf que là ce n’est trivialement que sur le magazine Geo que l’on retrouvera un article ici en lien [+] qui nous explique au fond à quel point l’art des humaines et des humains est lié à leurs migrations et à l’idée même d’abolir les frontières.
Ce qui me fait rebondir sur d’autres considérations bien plus contemporaines. À travers toute ces actualités faites de bruits de canons et de bottes à l’Est, voilà bien longtemps que je voulais vous parler à nouveau cette superbe expérience qu’est l’Atelier des artistes en exil [+]. Il me semble bien, si l’on remonte quelques mois en arrière, que je vous avais déjà narré la genèse de cette superbe expérience qui se propose de permettre à des artistes venu·e·s des endroits de la Terre où la guerre et les autres catastrophes sévissent sans distinction, de pratiquer, travailler et rencontrer. Aujourd’hui l’atelier des artistes en exil s’immisce évidemment avec bienveillance dans cette stupide guerre entre Ukraine et Russie [+].

Voilà je vous laisse pour aujourd’hui, avec la photo d’un fragment d’une veille installation que j’avais réalisée au siècle passé et présenté Outre-Rhin. Une installation qui usait et abusait de dessins numérisé puis imprimés sur feuilles de rhodoïde traversées d’une lumière électrique de type néon, le tout agencé sur châssis en bois peints en noir à la manière de vitraux d’une église profane exaltant les vertus matérielles du corps humain… Un jour je re-activerai cette installation, rien que pour voir de quoi sont capables mes mains et mon cerveau. Je vous retrouve la semaine prochaine, lundi prochain pour être exact. Je vous souhaite de beaux premiers jours d’été dans l’hémisphère Nord et de l’hiver dans celui du Sud. À vite les gens…

Photo // Picture – Installation « Dels pès e de las mans » Düsseldorf (Hilden) 1997

La suite la semaine prochaine pour une nouvelle « Chronique du lundi »…

PhP

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