23.01.2023 – Chronique du lundi

23 janvier 2023 § Poster un commentaire

De Brevitate vitæ

Amies et amis, quelque soit le média et la date à travers lesquels vous abordez cette Chronique du lundi, sachez que pour moi une nouvelle narration se met en place avec ces premiers mots. Des mots qui composent et composeront une Chronique d’un lundi au profond de l’hiver, pour être plus exact la Chronique du lundi 23 janvier 2023. Et en attendant sa complète rédaction, malgré le froid de canard qui règne au dehors je vous y souhaite une chaleureuse et sincère bienvenue.

Vous l’avez compris, l’hiver est bien arrivé au cœur de notre Midi toulousain d’où je formule aujourd’hui cet épisode du temps qui passe sous mes yeux. Il est à nos portes, nos fenêtres et sur nos têtes. Il fait froid et malgré le peu de nébulosité, quelques flocons de neige fondue parsèment le ciel gris et bas au sein duquel le soleil aura du mal à darder ses rayons. Enfin quand on parle d’hiver et de froid on est toujours dans une interprétation qui est relative à chaque individu, le gel reste léger ici. Et puis je me souviens de jours d’hiver entre Elbe et Oder, ou du côté du Saint Laurent qui n’avaient rien à voir avec ceux rencontrés le long des Golfes de Guinée ou du Tonkin.
De toute façon, pour ne parler que de moi, en-dessous de 25 °C c’est déjà la Sibérie ! J’exagère, mais j’exagère si peu. Je n’ai d’ailleurs toujours rien compris à ce concept de température ressentie [+], quand il fait froid, il fait froid… L’hiver est là et c’est chouette sous la couette car je peux me blottir contre ma chère et tendre Thérèse [+] !

Après ces considérations qui confèrent à la vacuité météorologique autant qu’à l’intimité familiale et avant toutes les autres considération du jour que je vais (ou non !) développer dans ma prose de ce lundi, j’avoue que contre toute l’attente contenue dans le titre de celle-ci : je ne suis pas un grand fan de Sénèque.

Je me permets d’avoir l’outrecuidance de vous mettre en lien ici [+] quelques information de ce patricien romain qui, à travers cette espèce de morale stoïcienne, est loin d’être dans une ligne philosophique que j’apprécie. Même si son propos reste assez intéressant avec cet ouvrage [+] qu’il adresse à Paulinus son beau-père. C’est d’ailleurs bien pour cela que je me réfère à cette citation devenue un classique des locutions latines, pour juste signifier que ce n’est pas très cool de perdre son temps en broutilles non essentielles. Bon je ne vais pas me faire que des ami·e·s à simplifier ainsi un ouvrage de ce philosophe, dramaturge et néanmoins homme d’état conseiller du joyeux drille qu’était Caligula et précepteur d’un autre non mois joyeux drille qui s’appelait Néron. Sénèque a fini tout de même sa carrière par une sortie de route suicidaire, « o temporaire, o mores » !
Et là, à parler ainsi pour ne rien dire depuis le début de mon exercice éditorial du jour, alors que j’étais en train de vous dire qu’il ne fallait point se fourvoyer en propos dilatoires sans importance, je viens de me griller aux yeux de tout mon monde, y compris celui ou celle pour lequel philosopher n’arriverait qu’au bout d’un vingtième verre alcoolisé ad minima.

Mais tout cela est sûrement dû à des souvenirs d’enfance qui remontent à la surface de mes pensées. Des souvenirs qui convoquent les subtils propos d’un humoriste des temps jadis nommé André Isaac alias Pierre Dac [+] !
Je suis certain que ce génial comique-philosophe qui maniait les sophisme avec dextérité, aurait en effet beaucoup à dire du grotesque de la situation qui est en train de prévaloir à la tête de la République Française. Je ne peux aujourd’hui, toujours dans un travail de remplissage, que vous livrer une autre citation, du fondateur [+] de « l’Os à Moelle – Organe officiel des loufoques » [+], ce coup-ci : « En politique, parler pour ne rien dire et ne rien dire pour parler sont les deux principes majeurs de tous ceux qui feraient mieux de la fermer avant de l’ouvrir ! »

Dans tout les cas je suis bien content de toutes ces mobilisations qui commencent enfin à émerger partout en France [+], et évidemment à Toulouse où nous étions vraiment très nombreuses et nombreux à battre le pavé [+]. Des mobilisations malgré les efforts creux du gouvernement pour nous montrer le bien-fondé de la casse sociale [+] qu’ils mènent éhontément et de la chasse aux pauvres [+] mise en œuvre depuis des années et qui ne cessent de s’amplifier ad nauseum sous la pression du bloc bourgeois.
Sans compter tous les impensés évacués à chacune de leurs turpitudes. Des impensés qui rendent bien caduques ces contre-réformes sociales comme nous le rappelle Bon Pote ici en lien [+].
Je ne parlerai pas plus ici de ces mobilisations, mais comme prévu et surtout comme je vous en entretenais la semaine dernière, Art En Grève reprend du service. Restez connecté·e·s pour connaitre les rassemblements prévus en Occitanie pour le 31 janvier 2023, que ce soit sur le site d’Art En Grève Occitanie ici en lien [+] ou sur le groupe AEGO du réseau social au pouce bleu ici dans cet autre lien [+].

Quoiqu’il en soit pour accompagner ces mobilisations qui ne doivent pas s’arrêter au niveau de la résistance à la contre-réforme des retraites voulue par le gouvernement français actuel ainsi que toute sa droite de l’extrême à celle de gauche, nous devons nous battre contre tout ce qui tend à replacer toute femme ou tout homme dans la soumission et l’esclavage voulu par le capital. Je vous laisse écouter et voir l’excellent François Bégaudeau qui opère un beau cadrage-débordement sur le capitalisme prédateur ici en lien [+], dans une émission du Média [+].

À ce point de ma chronique de ce jour, je tenais à annoncer une très belle initiative de soutien dans cette lutte qui s’annonce primordiale. En effet Cinémutin [+], la formidable plateforme coopérative indépendante, intelligente et sociale de diffusions de films en VOD, met à disposition des films en collaboration avec des réalisateurs, producteurs, distributeurs pour qui veut organiser des projections avec collecte de participation au profit des caisses de grève, jusqu’au bout de la grève, suivre ce lien [+], pour en savoir plus.

Et puis quand il s’agit de parler monde laborieux, je vois de droite et de gauche monter des contre-feux aux revendications et aux luttes, ainsi qu’une certaine idée conservatrice du travail. Sans remonter à l’étymologie [+] pénible du mot, il existe une grande fable moraliste autour du « travail qui émancipe » instrumentalisé par le bloc bourgeois. Il faudrait ici réaffirmer que toutes sortes de travail ne se valent pas [+], et que bien sûr on peut aimer son travail, mais pour beaucoup il n’est qu’un temps de la vie, la retraite en bonne santé en est un autre.
Pour compléter aussi ici ma succincte réflexion autour de ce mot travail, je retiendrai cette autre fable toxique et récurrente [+] du capitalisme qui voudrait nous parler de « coût du travail ». Les travailleuses et les travailleurs ne coûtent pas, ce sont des producteurs et productrices qui créent de la richesse que le capital s’empresse de capter à son profit.
Alors que l’on aura bien compris que toute productrice comme tout producteur de richesses se doivent d’être solidaires des plus démuni·e·s, c’est ainsi que devrait fonctionner la société sociale, fraternelle et engagée voulue au sortir de la deuxième guerre mondiale par le CNR et mise en place en partie par Ambroize Croizat [+].

Je vous parlais de Pierre Dac, juste avant de digresser à propos du capitalisme mortifère dans lequel nous sommes plongé·e·s jusqu’au nez, alors voilà un de ses texte intitulé « Discours pour ne rien dire », ici en lien [+], qui n’a rien à envier aux créations hasardeuses de cette application ChatGPT dont tout le monde se gausse, adule ou a peur. Une application bien recadrée ainsi par un autre humoriste que l’on peut écouter ici en autre lien [+]. J’ai ri et dans mon rire je me rend compte à quel point la gouvernance du monde basée sur ce capitalisme à la recherche outrancière du profit et à la compétition exacerbée est stupide. Sans compter que ses avatars numériques n’en sont pas moins imbéciles.

En effet, vous n’êtes sûrement pas sans vous être aperçu·e·s de toute cette effervescence autour de ce que l’on appelle l’intelligence artificielle, IA pour plus d’embrouillage. La société OpenAI, issue du capitalisme numérique et qui n’a d’ »open » que le nom, a développé ce fameux ChatGPT, une application qui s’est infiltrée dans l’imaginaire malade de nos sociétés de la consommation et du spectacle. Une application portée par la viralité crétinisante de tout ce que notre monde compte de thuriféraires technologiques. Voilà des mois que je fustige régulièrement cette grande stupidité que sont ces fameuses IA, vous trouverez un bon article d’opinion et de fond sur la question dans le média canadien « La Presse », ici en lien [+], dont je cite un passage : « Notons que si ChatGPT évite mieux que ses prédécesseurs de donner des réponses racistes, misogynes ou homophobes, c’est que des règles de conduite ont été ajoutées par les programmeurs afin que le logiciel se tienne loin de ce genre de propos. Il n’a pas appris l’art du raisonnement moral. » Bref l’intelligence artificielle, n’existe pas en elle-même puisqu’elle ne comporte en elle aucune trace de vie, toute la différence est là.

C’est d’autant plus flagrant quand on utilise ces nouvelles technologies dans le domaine de l’art, des IA comme DALL-E – bonjour le jeu de mots et les références crétines qui sont convoqués dans cet acronyme -, les résultats graphiques rendus par ces dernières sont aussi pauvres que le cerveau d’un général de l’OTAN. De fait elles n’ont aucun sens si ce ne sont ceux colportés par l’imaginaire déficient de notre société sous la coupe de la monoforme [+] et de l’horloge universelle holywoodienne, théorisées par Peter Watkins [+] et dont je vous ai mainte fois parlé dans ces chroniques. En fait une seule chose est sûre : ces applications ne sont ni plus ni moins que de nouveaux fers de lances pour la concentration capitaliste du profit.
Ensuite et bien sûr se posent les questions juridiques et en particulier à qui sont les droits d’auteurs [+] de ces images, ainsi que de la paternité des « œuvres » ainsi créées [+]. Et oui, à la fin des fins on se rend compte que l’IA fabrique des images mais pas de l’art [+]. À y voir de plus près ce ne sont juste que des outils de plus pour servir nos réflexions de Sapiens. Tout dépend de quel côté de la ligne qui sépare la stupidité et l’intelligence justement on utilise ces outils.

Voilà, je vais bientôt terminer ma chronique de ce lundi 23 janvier 2023, sous la neige (ou non !), je n’ai pas tellement parlé d’art. Ainsi va la vie parfois, il sera décidé que je n’en parlerai pas plus à part pour vous annoncer quelques expositions en cours ou à venir dans la capitale occitane, des exposition avec des œuvres issues de l’intelligence bien humaine, la vrai.

Tout d’abord cette exposition « Faire un Monde » [+] d’Emmanuelle Masson [+] qui a commencé la semaine dernière à Toulouse au centre culturel Alban Minville [+]. j’aime beaucoup le travail [+] d’Emmanuelle que je connais à travers ses très délicats dessins organiques. L’exposition est ouverte au public jusqu’au 12 mars 2023.
À noter que le 25 janvier prochain, un atelier [+] de dessin est organisé dans le cadre de cette exposition. Un atelier dirigé par l’excellente artiste plasticienne Edwige Mandrou [+]. En parallèle de cet atelier vous pourrez aussi suivre une visite commentée de l’exposition par Camille Prunet, docteure en esthétique et science de l’art.

Une autre exposition à voir est évidemment la toute dernière, et ce n’est pas un vain mot, de la Fondation écureuil pour l’art contemporain [+] de Toulouse, une exposition nommée « Horizons Olfactifs » [+] dont le commissariat a été donné à la critique d’art Sandra Barré [+], où comme son nom l’indique l’œil n’est plus roi et qui interroge cet autre sens qu’est l’odorat. Cette exposition est donc la toute dernière de cet espace d’art contemporain qui vibrait depuis 1994 au cœur de Toulouse et qui est déjà regretté avant qu’il ne soit totalement clos.
Car décidément le développement de l’art n’est raisonnablement pas compatible avec le marché et les banques. Je n’y reviendrai pas j’ai déjà exprimé mon opinion sur la question en début d’automne quand j’avais appris ce beau lâchage en plein vol de cette fondation par sa banque de tutelle. Je tenais juste à vous signaler qu’il existe un projet participatif nommé « Chère Fondation écureuil », dont vous trouverez ici en lien [+] les accès en ligne, sur lesquels on peut témoigner de sa solidarité avec l’équipe de la fondation qui se trouve à la rue.

Je reste définitivement à Toulouse cette semaine et je vous y indique une ou plutôt deux dernières expositions à voir, à la Fabrique – CIAM, l’une dans son « Cube » « 1/72ème LandART » [+] et l’autre dans le Tube « De()mesure() » [+].
La première est une exposition collective rassemblant 20 artistes organisée par le Master CARMA (Création Artistique, Recherche et pratique du Monde de l’Art) et le CIAM (Centre d’Initiatives Artistiques du Mirail) dont le commissaire d’exposition est cet autre excellent artiste et enseignant Alain Jousseau [+]. La seconde exposition est celle des étudiant.e.s en deuxième année de ce Master Création Artistique, Recherche et pratique du Monde de l’Art de l’Université Toulouse Jean Jaurès dont les travaux interrogent les enjeux du changement d’échelle dans l’œuvre d’art. Bref c’est au CIAM – La Fabrique [+] jusqu’au 22 février prochain.

Quand on parle de ces territoires où l’on enseigne l’art nous ne devons pas oublier que les écoles d’art et de design en France sont toujours en danger et donc en lutte. Comme je vous en disais déjà quelques mots la semaine dernière. La mobilisation est de mise là aussi. Suivez donc le lien [+] pour en savoir plus si vous vous sentez concerné·e·s.

Pour terminer, je me permets de citer un communiqué de presse sans autre forme de procès : « Des gens dans la tourmente de migrations périlleuses, des gens noyés dans le flux de l’info, des êtres semblables, sur une planète avec des frontières naturelles et administratives et un énième conte abstrait pour tenter de déplacer le centre de nos empathies. »
Je cite extenso ce communiqué parcequ’il annonce cette autre manifestation à voir et entendre en fin de semaine dans la Ville rose, une création pour la journée de soutien à S.O.S Méditerranée à la Grainerie [+], samedi 28 janvier 2023 à 17h deux performances sous le titre « Nous, eux, statistiques et vague à l’âme », tout d’abord une performance sonore et visuelle dans les conditions du temps réel de 1ka [+], puis un mix vidéo et peinture projetée de la super artiste visuelle qu’est Na/da [+] dont l’univers foisonnant est décidément à appréhender. Des expériences sensibles et sensées qu’il ne faudra pas manquer si vous êtes dans le coin.

En cette fin de chronique j’allais oublier de vous soumettre une toute dernière info toulousaine. En effet le jeudi 26 janvier 2023, si vous êtes déjà ou encore dans la Cité mondine passez donc du côté de Borderouge au Cinéma Utopia [+] pour un apéro de la Radio FMR [+] avec à 18h la projection d’un reportage de 30 minutes que TV Bruit [+] avait réalisée il y a un peu plus d’un an pour les 40 ans de cette radio libre historique de la bande FM hexagonale. Puis vers 18h45 de la musique en concert, dont celui des super sympathiques « Lélés » [+], le tout arrosé de quelques verres d’apéritifs. Voilà, on ne me reprochera pas d’avoir fait le job comme on dit !

Sur ce je vous souhaite une belle semaine mobilisée, avec une toile de ma série « Anthropocène(s) » que j’avais commencée dans le cadre des travaux menés avec « Imagerie de combat » [+]. À lundi prochain même canaux de lutte… Adissiatz !

Dessin extrait de la série : "Anthropocène (s)" de l'artiste plasticien Philippe Pitet - 2019
Technique mixte, photo détournée, feutre, peinture, impression numérique sur bâche 1,00×1,00 m

La suite la semaine prochaine pour une nouvelle « Chronique du lundi »…

PhP

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