16.01.2023 – Chronique du lundi

16 janvier 2023 § 2 Commentaires

Sous la neige les pavés.

Nouveau lundi, nouvelle Chronique du lundi, c’est ainsi depuis 27 mois maintenant. Près de quelques 120 chroniques chaque semaine le lundi souvent écrites en réaction au monde des hommes et des femmes qui m’entourent ainsi que des turpitudes qui en découlent. Aujourd’hui n’échappera évidemment pas à cette règle. Mais il m’arrive aussi de rendre compte à travers mes yeux d’artistes de ces chouettes aventures humaines dans lesquelles nous plongent les choses de l’art, de la connaissance ou de l’imagination. Ainsi dit ces yeux, mes yeux, sont encore embrumés d’un sommeil interrompu, je ne sais pourquoi, dans le petit matin du 16 janvier 2023 aux heures très précoces où le soleil d’hiver n’est pas encore près de se lever. C’est même en écoutant le vent et la pluie au dehors dans un noir hivernal que je vous souhaite bienvenue sur les lignes de ce nouvel exercice éditorial du temps qui passe sous eux, mes yeux, ainsi que les vôtres…

Les semaines défilent et le temps file à une vitesse qui me semble effroyable. J’ai cette étrange impression de n’avoir que peu de temps à consacrer à mon temps. Je déteste les agendas plannings au-dessus desquels je plane. La semaine dernière se tenait plusieurs événements auxquels je n’ai pas eu le temps de consacrer un minimum de mon temps. Ainsi j’ai surtout raté le vernissage de l’exposition [+] qui débuta jeudi dernier à la galerie Barrès [+] de Toulouse. Une exposition en plusieurs volets qui débute avec celui de la formidable artiste plasticienne Lucie Laflorentie [+]. Alors que la semaine précédente j’avais aussi raté la présentation du Nouveau Printemps [+] par l’artiste Matali Crasset [+] qui accompagnera un temps cette manifestation qui succède [+] donc au Printemps de septembre. Bref, tout ceci n’est que partie remise, j’espère surtout que la semaine qui débute ce matin sera plus propice au ralentissement de la course qui se grippe à la moindre aspérité.

Pour tout vous avouer je m’aperçois à l’heure où je débute la rédaction de cette chronique, que je n’ai hélas pas eu vraiment le temps de réfléchir à son contenu, si ce n’est peut-être pour vous parler des luttes essentielles qui s’annoncent.
En effet l’actualité pourvoit la réflexion et parfois, en l’occurrence, la colère. Même si cette dernière est toujours très mauvaise conseillère. En effet vous n’êtes pas sans avoir pris connaissance de ces attaques incessantes contre la protection sociale dans nos sociétés dirigées par un capitalisme mortifère. Une protection qui fut difficilement et seulement partiellement mise en œuvre en France au siècle dernier grâce à ces longues décennies précédentes de luttes face aux prédations des classes dirigeantes depuis l’avènement de la première mondialisation [+] coloniale, puis de l’ère industrielle [+]. Aujourd’hui, comme un retour de balancier tout ce qui faisait le progrès social est en train de se faire laminer par une idéologie libérale [+] tout autant décomplexée que détestable.

Ainsi nous avons d’abord eu droit en France à une déconstruction systémique de l’assurance chômage [+] depuis plusieurs décennies de gouvernements. Des gouvernements du bloc bourgeois qu’ils soient issus de la droite la plus dure comme de la droite qui se dit à gauche, cette fameuse fausse gauche qui continue à laminer le Parti socialiste. Il faudrait un jour se souvenir, surtout dans notre Sud présidente de la région Occitanie et ses ami·e·s en tête, que ce parti fut celui de Jaurès [+], qu’il fut surtout celui qui porta tous les espoirs des classes ouvrières et laborieuses. Tout cela ne veut plus dire grand chose aujourd’hui quand on regarde les élections internes qui viennent de s’y passer. Nous y voyons tout de même plus de 20 % des militant·e·s qui continuent à soutenir une ligne digne de la droite conservatrice et 30 % une ligne faisant la part belle au libéralisme économique pour son prochain congrès [+]. Espérons un sursaut salutaire des adhérent·e·s de ce parti avant que ce dernier ne s’enfonce à nouveau dans les abysses de la stupidité crasse.

Ainsi nous avons eu aussi droit à des décennies de casse du système de santé [+] hexagonal, de la casse des hôpitaux, de la casse du maillage de santé des territoires [+], du pillage de la sécurité sociale pour nous faire croire au fameux « trou de la sécu » [+] alors que cet organisme basé sur la solidarité a toujours fonctionné sans problème et surtout sans déficit sauf dans la rhétorique de la propagande du bloc bourgeois. J’en passe, la liste peut-être très longue jusqu’à l’abandon de la recherche [+] au profit de la rémunération du capital.

Ainsi encore nous avons droit depuis quelques années au retour insidieux de l’esclavage pour le profit de la concentration capitaliste partout dans le monde, y compris en France avec cette incroyable mesure anti-pauvres qui assujettit le versement du minimum vital qu’est le RSA à l’obligation de travailler [+] 15 à 20 heures, y compris dans une entreprise privée. Évidemment ces travaux forcés déguisés ne compteront pas pour un quelconque droit à la retraite [+].

Et puis ainsi enfin à parler de retraite nous vivons depuis un certain temps des attaques répétées et sans retenues contre le système de retraite solidaire qui prévaut à l’heure actuelle. Un modèle détruit dans nombre de pays sombrant dans le libéralisme économique éhonté [+], un véritable recul face au progrès social, mais qui tente de résister [+] en France. Contre toute cette folie contre-révolutionnaire, tout juste bonne à brosser le poil de l’électorat [+] de vieux cons bourgeois autant que de vieilles connes bourgeoises, il est clair que nous devons montrer notre détermination pour les empêcher de nous détruire. Car l’enjeu est tout simplement une question de survie, alors jeudi prochain, 19 janvier 2023, qu’il vente, qu’il pleuve ou qu’il neige : j’irai manifester !

J’irai manifester et ferai grève, quand bien même ce terme ne veut rien dire au regard de mon statut qui convoque plus souvent la notion d’artiste-auteur [+] que de travailleur salarié. Sûrement je battrai le pavé avec mes amis du collectif Art en grève Occitanie [+]. Un collectif dont je vous ai mainte fois narré les actions et qui pourrait réactiver ses préoccupations autour de la réalité des travailleuses et travailleurs de l’art pour l’occasion.

En parlant des travailleuses et travailleurs de l’art, si je vais battre prochainement le pavé ce sera aussi pour défendre celles et ceux qui s’usent au quotidien et sans moyens dans les écoles d’art françaises. Les forces vives de ces dernières lancent une mobilisation qui s’organise dans plusieurs établissements. Une lutte dont je ne peux que me faire écho aujourd’hui… En effet les écoles d’art et de design, face à des difficultés budgétaires et politiques qui surviennent à des degrés divers mais pour des raisons analogues, ont constitué une inter-organisations « Écoles d’art et design en lutte » [+] à l’initiative de syndicats, de collectifs de lutte, et d’écoles déjà mobilisées.
Pour une fois les médias sociaux permettent de fuir leurs habituelles futilités et vous pourrez suivre les relais en ligne de cette mobilisation, notamment via des comptes Instagram. Comme « Écoles d’art en danger » ici en lien [+], lancé par les travailleuses, travailleurs, étudiants et étudiantes de l’EDAA (Angoulême-Poitiers). Ceux du syndicat étudiant Massicot en lien ici [+] pour sa représentation générale, et dans cet autre lien là [+] pour ce qui concerne la mobilisation à Aix en Provence. On pourra trouver la Zone Étudiante Libre de l’Esad de Valenciennes dans ce compte en suivant ce lien [+]. Et enfin à Toulouse on pourra souscrire au mouvement « IsdaT en danger » sur ce dernier lien [+]. J’imagine que ce n’est qu’un début. Car une inter-organisations à l’initiative de cet appel va impulser en janvier des actions concertées dans les écoles et à destination des diverses tutelles de ces établissements.

Même si rien n’est parfait dans les écoles d’art françaises, imaginer clouer au pilori ces écoles va bien dans le sens de l’appauvrissement des masses. Je donnerai juste un exemple au sujet de ces écoles dont le labeur est essentiel et qui interrogent fort à propos le monde, il vous suffira de prendre connaissance du récent projet « Effondrement des Alpes » [+] des Beaux Arts d’Annecy, pour comprendre tout l’intérêt qu’elles prennent face aux rouleaux compresseurs mis en œuvre par le monde du profit et de l’info-spectacle.
Ainsi nous pouvons le répéter à l’envie lors de nos prochaines manifestations : « plus d’écoles d’art, moins d’école de commerce ! »

Je passe peut-être brutalement du coq à l’âne, comme on dit trivialement, mais proche de tout cela, tout du moins dans la sérendipité de mes pensées, je me fais aussi écho aujourd’hui de cette nouvelle et formidable aventure des éditions Lorelei [+] initiées par les non moins formidables Julie Martin [+] et Jérôme Dupeyrat [+] qui animent avec grand talent cet espace de création et d’art contemporain qu’est Trois‿a [+]. En ce début d’année 2023, ils font paraître les trois premiers titres de la collection « Frictions » de ces nouvelles éditions Lorelei qui publient, je cite : « des livres d’artistes et des publications dont l’écriture s’étend aux choix graphiques et éditoriaux, ainsi que des ouvrages critiques et théoriques sur l’art. Parmi ces ouvrages, ceux de la collection Frictions mêlent réflexions artistiques et politiques en vue de partager des outils de pensée avec celles et ceux qui traversent ces deux champs – et que ces deux champs traversent. »
Voilà qui est bien dit autant que réjouissant. Les trois premiers livres édités sont : « Terrorisme esthétique » d’Ana Samardžija Scrivener [+], « La Ciudad Del Sol » de Julia Ramírez-Blanco [+] et « Contre-visualités, Écarts tactiques dans l’art contemporain » co-écrit par Sara Alonso Gómez [+] et Julie Martin [+].
Il faut noter que mardi prochain 17 janvier 2023 à 19h, ces livres seront présentés à la librairie Terra Nova [+] de Toulouse, en présence de l’ensemble des autrices ainsi que des graphistes Huz & Bosshard [+].

Sinon toujours quand il s’agit d’interroger les méandres de l’art contemporain qui coule dans la société humaine actuelle, il y a peu je suis tombé sur un excellent podcast de cinq épisodes produit par Manifesto XXI [+] avec les moyens techniques de la super Radio Grenouille [+] de Marseille, qui s’appelle « Paye ta vie d’artiste » et que je vous conseille d’écouter en lien ici [+].

Voilà ainsi et sans aucune autre prévenance je vous laisse pour me mettre au chaud (ou non !), car il paraît que l’hiver a l’air de vouloir enfin se réveiller… Alors qu’il paraît aussi que la première dame de la République Française, bien que déjà à la retraite est très active sur tous les fronts en ce début d’année, on l’a vue d’accord [+] avec la proposition du parti nazi actuellement surreprésenté à l’Assemblée Nationale pour remettre l’uniforme à l’école. Une proposition de loi qui a fort heureusement été rejetée [+], ceci dit l’idée fait son chemin dans les esprits malades de la conservation. D’un uniforme à un autre, c’est une idée qui est somme toute cohérente avec les avantages donnés aux policiers et militaires, ne serait-ce qu’avec cette fameuse retraite qu’il peuvent prendre à 54 ans [+]. Mais il paraît enfin qu’il faut en finir avec les régimes spéciaux.

Comme promis la semaine dernière, alors que l’eau coule presque en abondance sur nos têtes, je ne vous présente pas un dessin extrait de mon labeur à long terme « Aiga – La cartographie sensible de l’eau », mais j’y reviendrai bientôt, et pour de bon à présent je vous laisse vaquer à vos occupations. Pour ma part, je vais vaquer aux miennes en compagnie de ma chère et tendre Thérèse [+], partenaire sur scène comme dans la vie, ainsi que l’expression consacrée le dit.
Alors que notre expo aux Herbes Folles de Toulouse s’est bel et bien achevée, et que nous préparons une prochaine édition de ce travail photographique à quatre yeux et quatre mains, je vous quitte avec un de nos duos, quasiment inédit, extrait de ces séries parallèles autant qu’inséparables et convergente autant que complices que sont « Bienvenue en Chamanie » [+] et « Ne va jamais à Navatar » [+].
Je vous souhaite une belle semaine d’hiver. Rendez-vous lundi prochain, même lieu, même temporalité.

Duo de photos de Thérèse Pitte et Philippe Pitet, dans le cadre du dialogue photographique "Ne va jamais à Navatar - Bienvenue en Chamanie" - Hors saisons
Duo « Hors-Saison » du dialogue photographique mis en œuvre par Thérèse Pitte et Philippe Pitet : « Ne va jamais à Navatar – Bienvenue en Chamanie » – Janvier 2021

La suite la semaine prochaine pour une nouvelle « Chronique du lundi »…

PhP

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