01.03.2021 – Chronique du lundi

1 mars 2021 § Poster un commentaire

Un air de printemps triste qui flotte…

Vous l’aurez compris un peu de tristesse envahit mon cœur, de la tristesse à la mélancolie il n’y a qu’un pas me direz-vous. Non promis, voici encore une courte chronique qui sera sûrement plus colérique que triste, c’est seulement l’air du temps qui paraît triste. Chers amies et amis internautes, bienvenue dans ma chronique du lundi 1e mars 2021.

Donc oui j’ai abandonné pour un temps les rivages radiophoniques, je m’en suis déjà expliqué dans la chronique de la semaine dernière. Aujourd’hui vous aurez seulement de l’écrit (et du dessin) à vous mettre sous les sens.

Après une journée de travail au cœur des collections d’un muséum [+], loin de mon atelier toulousain à TA [+] qui me manque sérieusement, loin de ma petite table à dessins improvisée sous les toits de Die dont je me languis tout autant. Loin aussi des collines tarnaises de ma jeunesse où j’ai fini par entreposer ces étranges boulots qui ont parsemés ma pratique hétéroclite au cours des décennies passées.
Une journée de lundi loin de notre doux foyer, où Thérèse [+] et moi travaillons avec enthousiasme sur nos projets communs, comme ces vidéos entre création et reportage intitulées « Des travailleuses et des travailleurs comme les autres », pour l’émission « Le doigt dans l’œil »[+] de la Web Télé de Lieu-Commun – Artist Run Space à Toulouse [+]. Un regard sensible d’artistes sur d’autres artistes et leurs lieux de travail.

Retour donc dans mes pénates après cette journée de travail loin du cœur de mes pratiques, mais il faut bien vivre dans ces temps noirs pour la création et les arts. Ce doux foyer que nous avons enfin récupéré après quelques travaux intempestifs, ce nid douillet qui me permet cette concentration nécessaire à l’écriture de ces quelques lignes hebdomadaires.
Au coin de ma petite table de travail toute aussi improvisée que celle qui supporte mes dessins pour mon travail de cartographie sensible de l’eau dans le Diois, mon regard traverse la fenêtre sur cour. Une cour si typique avec palmiers et figuiers ou autres vignes vierges, face aux briques bien plus rouges que roses de ces maisons toulousaines qui reflètent la couleur du soleil couchant sous les bruissements du vent d’Autan. Les arbres fleurissent depuis quelques jours.
Comme toujours le printemps arrive avec un peu d’avance, avant de se prendre une belle gifle par quelques gelées bien tardives ou par un interminable temps gris et pluvieux.

Perdu dans mes pensées, je me dis que cette ville pourrait être tellement chouette si l’emprise de la bourgeoisie boursouflée par ses hypertrophies provinciales ne l’étouffait pas.
C’est incroyable comme l’oubli d’une histoire flamboyante et de la culture qui l’accompagne tue tout présent et tout avenir dans une mélasse dramatique.
C’est incroyable comme nous avons envie de partir loin à force de nous trouver face à ces tristes imbéciles qui ne savent pas aligner deux idées l’une derrière l’autre. Même la première alignée n’est pas plus intelligente que celle qui pourrait éclore dans le cerveau d’un débile congénital.
Et oui voilà, nous le voyons, nous le palpons ce mouvement de départ vers d’autres lieux bien plus propices à l’épanouissement de la création et des arts. Ce mouvement, je le crains est bien devenu irréversible.
Plus grave ce mouvement s’amplifie depuis la claire prise de position des édiles locaux de la Cité Mondine en faveur des agents immobiliers contre les artistes qui créaient la foisonnante et future culture de la cité pluri millénaire qui me vit naitre.

Nous voyons ces édiles accompagné·e·s par toutes et tous les andouilles qui entonnent les chants vengeurs propres à l’idiotie des incultes. Les voilà qui crient, telles et tels des supporters ou supportrices aviné·e·s : « – Tant mieux qu’ils partent, ces traîne-savates c’est bien fait, nous ce que l’on veut ce sont des bureaux en verre, un gratte-ciel et un musée de l’Ovalie ! », ne comprenant toujours pas qu’ils deviennent la risée de ce monde.
Et dans tous les cas quand nous voyons cet incroyable délire d’un avocat toulousain résolument de droite certes, adjoint du maire et vice-président de la métropole, grand argentier de la ville, dans une intervention méprisante, au comble du mensonge sociologique, qui pourrait presque faire l’objet de plainte en diffamation à son encontre de la part de tout le secteur artistique et culturel toulousain, nous ne pouvons faire ce triste constat de l’affligeante vision qu’ont ces sinistres sires pour notre cité et nous en restons sans voix.
Ce que nous voyons enfin, c’est bien que la deuxième vague de toulousain·e·s vers la Méditerranée s’active. Ça faisait un moment qu’elle était dans les tuyaux, ça y est c’est définitivement l’exode. Heureusement j’adore Sète !

Ce printemps s’annonce morose en tout point, quand en plus la strate supérieure de l’état ne sait toujours pas où elle va, et rajoute à l’idiotie locale des mesures qui prennent les citoyennes et les citoyens pour des quiches, c’est encore plus flippant comme on dit…
Samedi dernier j’ai posté sur une plateforme de réseau social bien connue commençant par un f et finissant par un k (c’est vrai ça pourrait être : fuck !), deux photos de la rue piétonne principale de l’hyper-centre de la Ville rose bondée de monde avec des queues interminables devant ce fameux magasin inauguré en grande pompe il y a à peine un peu plus de deux ans par notre édile local principal. Soyons honnête il y avait aussi grande queue devant la boutique du Stade Toulousaine sise en face du magasin précédemment cité.
J’écrivais qu’à Toulouse l’interdiction dès ce jour là de flâner au Soleil sur les bords de la Garonne, n’empêchait pas un large public de se contaminer en faisant les boutiques du côté des grands magasins de la rue Alsace, ces deux poids deux mesures me faisant bondir de rage. Beaucoup de réactions à cette publication avec beaucoup de différentes appréciations. Et voilà il y avait une clarification à porter à ce post. Non je ne stigmatisais absolument pas les personnes qui vont faire leurs achats dans ce fameux magasin de la chaîne irlandaise. Pour beaucoup ce sont les seules boutiques où ils peuvent acheter des fringues pas chères et un peu à la mode.
Dans notre société une multitude vit en-dessous du seuil de pauvreté ou très peu au-dessus, ils n’ont pas d’autres choix. Et en guise de double peine, comme tout ce monde laborieux travaille en semaine, le couvre-feu étant à 18h, ils ne peuvent que s’agglutiner le samedi.
C’est un peu comme quand on reproche à une certaine population d’aller manger dans des restaurants de grande chaînes de fast-food, toutes les études faites sur le sujet nous rappellent que c’est seulement dans ces lieux que les actuelles classes populaires ne se sentent pas stigmatisées en raison de leurs appartenances sociales et ethniques par une vision méprisante de leurs contemporain·e·s des autres classes sociales.
Bien sûr et évidemment, le diktat de la consommation a une responsabilité dans ces comportements. Mais franchement, ce sont les décisions absurdes qui régissent les règles de la cité que nous devons fustiger, et que je fustigeais dans mon post dont il est propos. Je ne fais donc surtout pas de condescendance « de classe », d’autant qu’en tant qu’artiste, je suis tout aussi précaire que la plupart des travailleuses et travailleurs que l’on peut voir s’agglutiner dans les queues de ces magasins low-cost. La seule chose à blâmer c’est la bêtise systémique mise en œuvre par le « bloc bourgeois »depuis des longues décennies, plus d’un siècle et demie à présent, à travers le capitalisme stupide qui guide nos sociétés.

Je n’ai pas parlé d’art ou peu. Ou plutôt de ce face à face de l’art et du bloc bourgeois où l’artiste est toujours perdant. Un jour il y aura sûrement un vrai printemps pour l’art et les artistes. Comme l’écrivit un poète il y a sept siècles : « Al cap dels sèt cent ans, verdejara lo laurèl »…

Oui, c’est sûr, je n’ai pas parlé d’art et d’une certaine part de son histoire qui guida certains de mes pas. Il y a plusieurs mois que je veux vous entretenir (j’adore ce mot : entretenir) d’artistes qui ont marqué mes jeunes années, des artistes comme : Jean Dubuffet, Louise Bourgeois, Robert Malaval, Pauline Boty, Kiki Kogelnik, Jann Haworth, Nikki de Saint Phalle, Antoni Tapiès, Derek Jarman, Robert Filiou, Joseph Beuys ou plus adulte le Groupe Bazooka, Javier Mariscal ou aussi Miguel Barceló, ou encore Ouka Lele qui sont à peine plus agé·e·s que moi. Des artistes que j’ai pu approcher (très peu) pour certaines et certains. Cette liste est loin d’être exhaustive, elle peut vous paraître très peu cohérente. C’est donc promis je vous expliquerai un jour pourquoi tout ceci est cohérent dans ma tête, c’est déjà ça !
Allez je m’y attelle dès mes prochaines chroniques.

Avant de vous quitter, vous le voyez : j’use et abuse de l’écriture inclusive, c’est bien fait pour celles et ceux qui ne supportent pas ce langage épicène et je vous mets en lien ce sketch radiophonique d’un humoriste helvète nommé Blaise Bersinger, que je trouve fort bien à propos [+]

Il est tard et je vais vous tirer ma révérence en pensant à ce printemps qui arrive pour de vrai et qui, je l’espère, tuera la tristesse qui nous assaille de toute part. Je vous laisse sur quelques uns de mes dessins de printemps d’un autre temps pas si lointain.

Dessin - Drawing - Philippe Pitet La branche de prunier (détail) | Plum tree’s branch (detail)

La suite la semaine prochaine pour une nouvelle « Chronique du lundi »…

PhP

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