10.01.2022 – Chronique du lundi

10 janvier 2022 § Poster un commentaire

Le vieil homme, les patates et l’hiver

En hiver les lundis se suivent et se ressemblent bien souvent. Alors on aimerait que les jours soient plus rapides à s’allonger. Nous sommes en manque de soleil, même si le temps relativement clément dans nos contrées sudistes n’est pas vraiment avare en rayons. Quoiqu’il pleuve averse sans discontinuer depuis plus de 24h. La chaleur manque et une nouvelle fois je parle de pluie et du beau temps. Tout cela pour rendre grâce à la providence d’avoir un toit et des murs qui me protègent du froid, me souvenant sans regret et surtout avec angoisse des temps de vaches maigres qui ont jalonnés ma vie. C’est au cœur de la pénombre du réveil dans l’attente fébrile de la clarté du jour au chaud et au sec, que je vous souhaite à toutes et tous la bienvenue dans cette nouvelle chronique du lundi 10 janvier 2022. Je le sais, en ce moment même, tant d’autres femmes et hommes sur Terre ont bien moins de chance que moi.

En jetant un léger coup d’œil dans le rétroviseur comme on dit, l’année 2021 qui s’est achevée il y a déjà 10 jours n’a pas été pire que la précédente, ni qu’une autre, ni mieux. Et il y a fort à parier que celle qui débute avec ce présent janvier ne sera pas meilleure ou exécrable. Le temps qui passe c’est un peu celui que l’on aime voir passer. D’ailleurs si ces derniers mois m’ont parfois été horriblement tristes avec ces êtres chers qui ont disparus, d’autres moment furent intensément heureux jalonnés d’actions valorisantes et d’aboutissements réjouissants, comme les formidables projets que nous essayons de mener à bien avec ma compagne Thérèse Pitte [+], ou ces réflexions autour du tutorat artistique que je peux soutenir à travers Combustible [+] par exemple, ou encore mon humble travail au cœur des collections du muséum d’histoire naturelle de Toulouse [+] ainsi que de son espace pédagogique [+], ou enfin toutes ces belles pratiques développées avec mes chères et chers camarades de l’Atelier TA [+].

En fait nous vivons la vie, c’est tout et c’est simple. Tout ceci me fait penser à l’œuvre fondamentale de Lucrèce [+] : De la nature des choses – De rerum natura – [+], que j’avais eu tant de plaisir à lire dans ce lit d’hôpital qui m’avait pris si longtemps dans ses filets en plein milieu des eighties. Malgré mes blessures et ma totale impossibilité de marcher durant ces long mois, mués en année, entrecoupés d’interventions chirurgicales, la lecture (entre autres) de cet ouvrage majeur de la philosophie épicurienne avait favorisé mon évasion au quotidien [+].

Lecture salutaire qui avec la pratique du dessin me sauvait la mise au quotidien, tout en étant à l’écoute naturellement prolongée de cette bande son des eighties sur un vieux lecteur k7 d’une marque fabriquée aux Pays-Bas à cette époque d’avant les délocalisations. Un lecteur K7 qui jouait en boucle des copies enregistrées faits par mes ami·e·s de la Radio FMR [+] de groupes comme les Stranglers [+] avec les albums Feline [+], puis Aural Sculpture [+], ou les derniers soubresauts audibles de Human League [+], avec son Lebanon [+], ou encore Ultravox [+] avec son Dancing with Tears in My Eyes [+], mais aussi et surtout le magnifique album Purple Rain [+] de Prince [+]. Ou enfin pour viser loin de l’autre côté des Pyrénées : l’album Menos mal que nos queda Portugal [+] de l’excellent Siniestro Total [+].

Je ne sais pas pourquoi ces souvenirs pénibles me remontent à la mémoire, les cauchemars de la nuit glacée et quelques vestiges du passé, comme ces carnets de dessins en miettes trouvés le week-end dernier dans un recoin de la vieille maison de famille.
Je me remémore que dans ces temps qui me furent lourds et physiquement douloureux, le dessin était une évidence de circonstance, ruminant et fulminant à l’encontre de mon immobilité forcée, mes yeux puisant dans les sources catalanes de Joan Miró [+] ou Antoni Tàpies [+], scrutant le travail de Miquel Barceló [+] dans les livres et les revues que m’amenaient mes maigres visites dans cet hôpital militaire délabré à moitié désaffecté. Jamais je n’avais eu tant l’envie de rejoindre la Catalogne et Barcelone ou même de revenir à Palma de Mallorca qu’à ce moment là. Bien sûr l’envie de repartir vers la capitale est toujours aussi tentante à présent, mais elle m’était quasi vitale à l’époque. Vous l’aurez compris : ma capitale est loin d’être Paris. C’est d’ailleurs à cette période là que j’ai découvert goulûment les premiers romans d’Edouardo Mendoza [+] comme La vérité sur l’affaire Savolta [+] qui renforçait mon sentiment pour cette ville que cet écrivain qualifiera de prodigieuse à l’aube des années 90.

D’ailleurs, en parlant de Barna, petit épanchement intime qui devient à coup sûr la marque de cette chronique du jour… Je suis assez furieux de voir s’éloigner les rives qui étaient les nôtres à cause de ce provincialisme délétère des imbéciles édiles aux commandes de la Cité Mondine presque sans discontinuer depuis la « dynastie Baudis » (comprise, cela va sans dire !). Et aujourd’hui plutôt que de construire une ligne à grande vitesse entre Toulouse et Bordeaux pour essayer de gagner quelques 30 à 40 minutes entre Matabiau et Montparnasse, et qui de plus est une aberration écologique [+], j’aurais préféré que l’on ne supprime pas le TGV direct vers Sants [+] et qu’à l’inverse cette liaison soit renforcée. Le Covid a bon dos.

Enfin nous n’y pourrons rien, l’histoire a ancré nos terres d’òc dans un giron brumeux nordiste qu’il soit géographique comme mental. Ça me rend souvent bien triste, mais le combat n’est plus là, même si le fédéralisme [+] reste mon horizon politique souhaitable avec l’anarchisme anti-autoritaire [+] comme gouvernance des peuples.
Sauter de ce coq à cet âne, vous le savez c’est mon sport préféré dans l’écriture de ces chroniques, cette dernière réflexion politique me fait penser à une blague de nouvel an que j’ai lue sur un petit strip de deux cases dessinées par Eneko [+], un dessinateur madrilène d’origine vénézuélienne que j’aime bien. Un comix qui met en scène deux protagonistes dans un dialogue en espagnol. L’un de ces protagonistes dit : « – Que la nouvelle année apporte le bonheur à toute l’humanité ! », ce à quoi rétorque l’autre : « – Pour que ça arrive, ce n’est pas d’année qu’il faut changer, c’est de système ! »…

Voilà assurément le fond du problème, notre survie collective dépend de notre système de gouvernance. Vous l’avez bien remarqué si vous êtes habitué·e·s à mes diatribes politiques, je n’ai que peu d’appétence pour les systèmes électoraux et de votations en usage dans ce que l’on nomme les démocraties occidentales et qui sont devenu l’archétype mortifère de l’organisation des sociétés mondiales [+]. Sous prétexte qu’elles en seraient la meilleure forme, elles sont en fait d’une extrême violence et ne servent qu’une classe sociale : le fameux bloc bourgeois, elles détournent toutes les autres des choix qui pourraient être faits lors de ces élections [+], et ce n’est pas qu’en France, c’est commun dans toute les sociétés de la civilisation mondialisée.
Peut-être, avant d’avoir la possibilité d’atteindre l’objectif anarchiste d’une humanité sans concentration de pouvoir, pourrions nous explorer des élections aux modes de scrutins alternatifs comme les fameux scrutins à votes pondérés, dont il me semble avoir déjà causé dans une de mes premières chroniques, et ce à quoi ce vieil article de plus de 15 ans, mais toujours d’actualité, que j’ai relu par hasard en lien sur Agoravox [+] m’a fait penser.

En fait, je vous le narrais juste avant, je suis plutôt fédéraliste et plutôt contre toute décision d’une majorité qui écraserait une minorité. Je suis certain que l’organisation politique de nos sociétés mondialisées pourrait tendre vers le municipalisme libertaire. Je vous aussi ai déjà parlé de Murray Bookchin [+] dans une ancienne chronique, peut-être serait-il temps de s’intéresser à la mise en pratique de ses théories [+], et pas uniquement avec les expériences du PYD au Rojava [+]
Dans tous les cas à décrire la partie politique qui se joue actuellement en France, je n’ai pas beaucoup de divergences avec l’analyse d’Olivier Todd sur la pantomime des élections présidentielles. À lire sa (presque !) juste tribune dans le magazine en ligne Élucid [+].
Et quand l’ineffable autre candidate blonde de droite, veut ressortir le fameux Kärcher du placard sarkosiste [+], combien de temps allons-nous encore vivre sous le diktat d’obsessions grotesques de femmes et d’hommes politiques malades qui nous imposent leurs névroses.

Ceci dit au niveau névrose on atteint un niveau grandiose quand notre président sortant a décidé d’emmerder les personnes non vaccinées. Dans la même foulée dans une interview [+], il assume sans complexe qu’il existe une catégorie de personnes dont la qualité d’irresponsable leur ôte leur citoyenneté. Il s’adresse à pas loin de 10 % de la population française, toutes classes confondues, sauf peut-être la classe des 1 % possédant·e·s super-riches pour laquelle il roule [+]. Je reste perplexe sur le fait qu’il puisse être un imbécile, ce que dont je doute en fait réellement. Bien sûr comme l’autre femme de ménage de droite, il y a de la névrose obsessionnelle dans ces propos. Mais on se demande quelle stratégie du choc ou du chaos il a voulu mettre en place pour garder le pouvoir dans les mains des dirigeant·e·s du bloc bourgeois. Dans tous les cas avec cette sortie il « hystérise » le débat [+], comme j’ai lu dernièrement, et divise encore plus une société française en décomposition avancée. Pire il donne du grain à moudre à toutes les fâcheuses et tous les fâcheux qu’il prétend combattre. Tout ceci me donne l’envie de relire Le Prince de Machiavel [+] !

Comme on peut le voir on est dans la merde jusqu’au cou et on a peur de bouger de peur de s’étouffer avec, cette citation n’est pas de moi mais de Coluche il me semble… Et en parlant de merde, toujours dans ces logique névrotiques d’un bloc bourgeois décomplexé, dans la Ville rose, les ordures s’accumulent. D’accord à un certain niveau cela fait longtemps que nous l’avions déjà remarqué. Mais, là, c’est dans la rue que cela se joue actuellement. Les éboueurs toulousains sont en grève, et du coup quoi de mieux que d’imaginer privatiser la collecte des ordures [+], réponse imparable à la hauteur de vue de celui qui restera notre bon et joufflu arracheur d’affiches provincial [+]. Heureusement d’autres élus locaux semblent avoir raison gardée, à l’instar du maire de l’Union, une des communes de la métropole, qui fait la synthèse de l’affaire en un post [+], on espère que ça sortira des paradigmes du méta-univers à la lettre f bleue bien connue pour se concrétiser dans la vie réelle…
Quand je pense qu’il y a eu du positif il y a quelques semaines à la tête de la mairie de la 4e ville de France… Encore un petit Covid ?

Bon ceci dit je ne devrais jamais partager un quelconque propos tenu sur FB, en effet depuis que l’on sait comment l’entreprise du jeune Mark Elliot Z. développe ses algorithme qui pour maximiser sa rentabilité favorise clivages des opinions et polarisation de la réflexion publique, on n’a pas vraiment envie de participer à cette ronde imbécile. Je vous conseille de lire cet article que je vous mets en lien vers AOC Média [+] à propos de clics de la colère.
Et tant que nous y sommes avec les fameuses GAFAM, payons nous un peu la tête de nœud d’Amazon et de son boss, merci ATTAC pour ces actions de quasi agit-prop [+] salutaires. Des actions qui mettent en évidence, parmi tant d’autres il faut être honnête, les agissements de prédations à tous les niveaux de ce parangon du capitalisme moderne.

Pour finir avec mes litanies style commentateur politique de comptoir, et parce que j’ai vu passer ce thème dans des articles de la presse bourgeoise voire dans des médias alternatifs comme ici sur Le Média [+], pour celles et ceux qui sont soit disant de gauche et qui votent à droite, je pourrais vous renvoyer à une de mes précédentes chronique qui vous a parlé du piège que comporte ce mot « gôôôôche », mais je préfère vous partager un peu d’histoire et de philosophie politique avec ce cher vieux Gramsci [+], un des fondateur du Parti Communiste Italien, théoricien de la critique des médias que l’on peut retrouver sur Acrimed [+].
Il faudra tout de même un jour dire haut et fort que mettre au même niveau des idéologies rances qui prônent l’inégalité sous des prétextes de pragmatisme avec celles qui prônent une organisation d’un monde faisant la promotion de l’égalité, de la connaissance et de la solidarité est totalement honteux, sauf qu’un un jour la pensée devint unique comme nous le rappelle le Monde Diplomatique [+].

J’en suis vers la fin de cette chronique et après y avoir parlé en début de mes horizons artistiques catalans, je ne pouvais pas vous quitter sans vous dire certaines joies à découvrir un artiste. L’un n’ayant absolument rien à voir avec l’autre, mais que voulez-vous il me faut bien faire quelque effets de styles dans mes transitions textuelles hasardeuses. Pour revenir à l’art et à toutes ces choses de l’art qui m’intéressent, c’est à dire le travail des artistes, j’aime prendre connaissance de boulots que je ne connaissais absolument pas, comme celui de l’artiste hollandais conceptuel Bastiaan Johan Christiaan Ader [+], plus simplement appelé Bas Jan Ader [+], que j’ai assez récemment découvert au hasard d’une émission sur France-Culture [+]. Un artiste né en pleine guerre en 1942, qui fit ses études d’art et de philosophie aux Pays-Bas, puis en Californie, disparu en mer en 1975. Il eut une carrière courte voire fulgurante, maniant performance, photos, installation ou vidéo dans cette scène artistique foisonnante de la Californie des années 60 et 70. Bas Jan Ader développe en peu de temps une œuvre marquée par des thèmes récurrents, tels que la disparition, l’échec et la chute. Il a fini par disparaitre réellement dans une traversée transatlantique entre l’Amérique du Nord et l’Europe avec un petit voilier en solitaire. Bref je suis un peu nigaud de ne pas avoir connu plus avant le travail de cet artiste, mais c’est toujours chouette d’être enthousiasmé par une belle découverte, quitte à en avouer son inculture crasse.

Sur ce je vous laisse avec un dessin de la série « Slow Gangs », une série de dessins qui interroge les relations entre les utopies de l’image et la propagande politique ou commerciale. Série réalisée en 2018 sous forme de kits de mise en œuvre autodidacte d’exposition d’art contemporain, et dont l’édition sera très bientôt disponible sur la boutique de ce site.

La pluie a fini de faire ses claquettes, mais la Garonne déborde. Je pense que je vais manger des patates, ce qui n’est pas si mal et qui n’a rien à voir avec le reste de la chronique de ce lundi. Mais vous devez commencer à en avoir l’habitude. Je vous souhaite une belle semaine et vous donne rendez-vous lundi prochain, même endroit avant minuit.

Dessin de Philippe Pitet "Soucieux Sociaux" de la série "Slow Gangs"
Dessin de la série « Slow Gangs » – 2018

La suite la semaine prochaine pour une nouvelle « Chronique du lundi »…

PhP

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