21.02.2022 – Chronique du lundi

21 février 2022 § 2 Commentaires

Bricoler c’est aussi résister…

Ouvrir les yeux dans la pénombre de ces petits matins calmes au pied de mes montagnes préférées est à coup sûr un plaisir intérieur chaque fois renouvelé. Je ne sais comment exprimer la joie et l’excitation qui m’envahissent lors de ces réveils où je sais apercevoir la croix de Justin par la fenêtre de la chambre et de l’autre côté les sommets du Glandasse. Et même si la pluie s’invite timidement et claque sur les tuiles du toit, à travers ces deux phrases simples : le décor majestueux est planté. Il ne me reste plus qu’à vous indiquer l’heure pour être complet au moment où j’écris les premières lignes de cette nouvelle chronique du lundi, nous sommes le 21 février 2022, il n’est pas encore 5h du matin, je vous souhaite évidemment la bienvenue dans celle-ci.

Je sais nos jours comptés dans ce cadre familier qui m’a accompagné tant de villégiatures au cours de ces cinq dernières années. Si je les mets bout à bout j’arrive à presque quinze mois. Dans quelques semaines cette vieille maison tarabiscotée de village à l’allure presque provençale n’accompagnera plus nos séjours aux sources de la Drôme. Après Pâques, d’autres aventures et d’autres murs nous attendrons ici. Et quand bien même n’aurais-je plus Justin sous les yeux au réveil, j’espère avoir toujours ma pincée de Glandasse ou une petite pointe de Solaure à me mettre dans mes rétines à peine sorties de mes si paisibles sommeils diois.
En attendant, les lundis matins se suivent mais ne se ressemblent pas. Il y a sept jours j’étais encore dans l’épuisement total d’une émission marathon et performative de plus de 24h suivie d’une journée de travail aux dix-huit mille activités sans sommeil. Heureusement j’avais emmagasiné des tonnes de notes et de liens précédemment, ma chronique ne fut pas vide.
Hélas, par la suite et pour tout vous avouer : la semaine qui a suivi m’a vu ramer à travers le flux de toutes mes activités comme un beau diable à la soixantaine, flamboyante certes, mais la soixantaine tout de même. Ce qui est loin d’être la vingtaine, la trentaine ou même la quarantaine. Pour tout vous dire encore, je n’ai pas trop eu le loisir de m’attarder à observer l’actualité du temps qui passe sous mes yeux. Mes réflexions sur cette dernière seront extrêmement succinctes aujourd’hui. Ça m’évitera de vous assommer avec mes élucubrations politiques de comptoir souvent aussi énervées que puériles et roboratives.

D’autant que profitant de quelques vacances des enfants associées aux pratiques de télétravail que la technologie moderne nous confère, Thérèse [+] et moi avons laissé la capitale occitane pour un temps, histoire de prendre du recul et de gérer quelques trucs familiaux sur les bords de la Drôme comme l’aurez compris en lisant ce début de chronique. Il s’agit aussi surtout pour moi de préparer ma prochaine exposition avant de revenir sur les bords de la Garonne afin d’y ramener quelques centaines de tirages fac-similés tout chauds de mes dessins, augmentés par des positions géographiques idoine qui font partie du processus mis en œuvre dans mon labeur « Aiga – La cartographie sensible de l’eau », dont je vous ai parfois (souvent !) narré l’existence dans ces chroniques. Des tirages qui sont destinés à un grand mur du Quai des Arts [+], dans le cadre de la prochaine exposition de printemps de ce centre d’art contemporain, qui se vernit le 5 mars prochain et intitulée « Ricochet » [+]. Vernissage où vous êtes toutes et tous les bienvenu·e·s évidemment, comme vous le serez aussi tout au long de cette exposition où l’on retrouvera avec les miens, les travaux de Nicolas Tourte [+], de Christian Durante [+] et de Scenocosme [+]. Nous serons même au programme du prochain Week-End de l’art contemporain de Toulouse et métropole organisé par le réseau Pink-Pong [+], dont on doit saluer la ténacité depuis des années à travers le paysage déprimant de l’art entretenu par la stupidité récurrente des édiles locaux.

En rebondissant sur ce mot « édile » au pluriel tel un enchaînement bien grossier, il y a tout de même un événement que mon énervement de citoyen me pousse à commenter. Cela concerne évidemment le président sortant, pas encore candidat au premier tour de la prochaine l’élection présidentielle de la République Française, mais à coup sûr dans sa tête ainsi que dans celles de ses stratèges et néanmoins thuriféraires, compétiteur du second tour.
En effet la semaine qui vient donc de se passer a vu débarquer dans la ville rose et qui plus est dans notre quartier, ce sémillant jeune premier de la belle foire aux larrons permanente qui se joue ici bas. Ou plutôt pour être honnête, il a débarqué mercredi dernier dans le quartier juste attenant, à quatre rues et quelques blocs. Il n’était pas seul le bougre, il avait amené quelques ministres et leurs aréopages dans sa besace, mais aussi et surtout un paquet de ministres de l’Union Européenne chargé·e·s de l’espace, comme nous le dit cet article de la Détresse [+]. Et oui, il existe bel et bien dans notre monde un tas de ministres et de responsables politiques qui s’occupent de l’espace, je me demande s’ils prévoient le super « crash fail » annoncé et déjà commencé des satellites de cet ineffable milliardaire d’origine sud africaine installé aux USA, on peut en lire un peu sur cet article du Siècle Digital en suivant ce lien [+], ou sur cet autre article en autre lien [+] du web magazine Korii.
Enfin, bon, tout ça pour nous confirmer à travers les bruits de bottes qui nous parviennent des frontières de l’Union, l’implantation finale de la guerre des étoiles à Toulouse avec le fameux centre de compétence et d’excellence spatiale de l’OTAN comme s’en vante le Ministère de la défense [+] de notre belle république si paisible.

Nonobstant le fait que personne dans la cité mondine n’ait été consulté pour valider ce choix, à part sûrement l’équipe municipale qui doit se frotter les mains de cette nouvelle opportunité immobilière, cette réunion dite « informelle » avait bouclé le quartier entre Chalets, Arnaud-Bernard et Compans tellement bien que tu ne pouvais même plus faire tes courses, aller chercher tes enfants à l’école ou garer ta voiture si tu en avais une. Si vous pensez que je galège, la radio France-Bleue nous expliquait bien la chose lundi 14 février dernier, c’est toujours en ligne [+]. Je ne parle même pas de circuler dans le coin les quelques heures que dura cette fameuse réunion dans un Palais des congrès aux airs du dernier bunker de l’apocalypse.
Je vous promets c’était impressionnant quand entre seize et dix-sept heures j’ai voulu circuler en bas de chez moi. Même mon attestation de sécurité sociale en cours en plus de mes papiers qui attestaient de mon identité ne me permettait pas de justifier ma présence dans mon quartier. Les robocops étaient bien dressés ce jour là.

Ce qui me paraît le plus étonnant, lors des déplacements de notre fameux édile jupitérien, c’est que personne ne s’étonne de ce déploiement de forces et de bouclages forcés décidés au dernier moment sans même prévenir les intéressé·e·s, même la voix de son maitre qu’est le journal Actu s’en est ému dans un article [+]. Je veux bien croire en une incontournable obligation de sécurité à déployer dans ces cas de grands raouts. Mais tout le monde s’accorde à dire que depuis l’été dernier dans la Drôme où le premier magistrat de la République croyant s’offrir un bain de foule s’était reçu une belle gifle, on s’en souvient en rouvrant là aussi quelques liens [+], notre jeune président, malgré tout son discours relativiste, se retrouve de plus en plus protégé par des escouades de gardes bodybuildés, casqués et armés jusqu’aux dents.
Mes raisonnements approximatifs autant que mon cerveau anarchique (anarchiste ?) un peu dérangé me font peut-être écrire et dire des perspectives un peu hasardeuses, mais ce règne républicain me fait penser à celui de Nicolas II, le dernier tsar de Russie, coupé totalement de sa population à qui l’on présentait ses provinces et ses sujets derrière des décors de carton pâte et dont la politique féroce réprimait durement la moindre contestation populaire.

Bon j’arrête là mes élucubrations politiques, il est dit que c’est trop con de se mettre la rate au court-bouillon. J’adore cette expression !
Et comme je n’ai pas trop envie de parler de l’actualité du moment, je me demande s’il n’est pas temps de faire place à des enquêtes et des faits divers qui auraient pu défrayer les chroniques plusieurs millénaires avant notre contemporaine époque.

En effet, je vous tanne régulièrement avec les origines de l’homme et la mémoire de sapiens. C’est un peu aussi le fond de mon labeur d’artiste. Dans cette logique de ma pensée du moment, bien moins foutraque que mes élucubrations politiques, je vous avoue être littéralement absorbé par l’histoire de ce malheureux assassiné il y a plus de 5 millénaires, au néolithiques de l’autre côté des Alpes, entre l’Italie et l’Autriche, deux pays dont les humain·e·s de l’époque n’avaient même pas le début d’une intuition qu’ils pussent exister un jour. Ötzi [+] est le nom que l’on a donné à cette personne, un individu inconnu aux mâles attributs, dont le corps trouvé il y a près de 30 ans dans cet environnement exceptionnel de conditions optimales pour la conservation, a été particulièrement bien épargné de la morsure du temps. L’enquête menée sur sa mort et les hypothèses attenantes bat son plein. Mais aussi et surtout cette autre enquête qui explore les secrets de la vie de nos ancêtres du néolithique en Europe, je vous laisse lire cet article en lien [+] sur le National Geographic qui nous informe de toutes ces passionnantes découvertes.

Et de ce fait divers alpin du temps des âges farouches, je passe à d’autres passionnantes découvertes qui montrent que sapiens est peut-être arrivé plus tôt que prévu en Europe. Ceci dit il reste (nous restons) tout de même « l’envahisseur », n’en déplaise aux flippé·e·s du grand remplacement, vu que nous avons bel et bien remplacé Neandertal. Des découvertes dont on peut lire le résumé sur un récent article ici [+] du Huffington Post ou sur cet autre article de l’Huma [+]. Et on voit des traces de toutes cette histoire pas très loin d’ici dans la Drôme. Une affaire que je vais suivre à coup sûr avec délectation.

Un petit aparté tant que je suis à parler de la Drôme et à y être dans le temps de cette chronique du jour, il faut saluer une super initiative d’un temps qui lui se conjugue au présent plus que positif avec l’expérimentation de la sécurité alimentaire dans ce département dont je vous laisse, en lien vers Reporterre [+], la réjouissante lecture.

Et tant que nous sommes à nous réjouir de points positifs dans cette société pas toujours jolie jolie, alors que tout le monde nous assène l’inéluctable nécessité du nucléaire dans l’univers de l’énergie utile à l’activité de l’industrie humaine au moindre coût carbone, on peut aussi imaginer une gestion possible des énergies renouvelables, à lire sur Alternatives Économiques dans ce lien [+].

Je reviens à l’art, pour me souvenir qu’il y a plusieurs semaines je vous avais narré une discussion familiale intense sur l’art et ses définitions. Comme il m’arrive de poser mes oreilles sur un poste de radio ou des podcasts et pas uniquement d’en produire épisodiquement, je suis tombé sur un intéressant dossier thématique et philosophique à l’écoute de France Culture intitulé « Qu’est-ce que l’art ? » [+], bien sûr en tant qu’artiste, même humble et de province (vous aurez remarqué que je n’ai pas utilisé le terme provincial !), certaines affirmations entendues dans ces émissions me hérissent ou me font bondir, mais dans l’ensemble et comme à l’habitude sur France Cul, quand ils ne parlent pas de politique politicienne ou de société observée du point du bloc bourgeois, ils font du bon et beau boulot.

J’aurais pu vous parler encore plus d’art si ma semaine dernière passée dans la capitale occitane n’avait pas été aussi fournie en terme de tous ces boulots annexes et associatifs qui rognent mon temps d’artiste et aussi de tutorat d’artistes que je mène avec Combustible, notre fameux « labo des intrépides » [+], sur ces sujets de mobilités européennes (et ailleurs) qui me tiennent tant à cœur avec mes camarades de projet.

Alors me voilà un peu sec pour terminer cette chronique, si ce n’est pour vous renvoyer vers la lecture du philosophe Miguel Benasayag [+], un philosophe d’origine argentine et proche du courant libertaire dont j’aime beaucoup suivre les travaux et écouter la parole. On le retrouve sur le magazine politique et culturel belge « Agir par la culture » où il propose d’imposer l’altérité au monde numérique, vous pouvez lire l’article en suivant ce lien ouvert [+]. J’aime beaucoup ce qu’il dit à propos de la technologie qui a toujours accompagné sapiens il me semble : « […] on ne peut pas regarder le futur avec un rétroviseur : le numérique est là, il fait partie de la réalité […] le numérique est là ne signifie pas du tout qu’on est d’accord avec lui […] au lieu de se demander si l’on est pour ou contre, on doit se demander comment on fait avec ».
Cela rejoint les réflexions que nous avons pu avoir au cœur des interrogations posées pendant nos aventures bricologiques lors des deux biennales Bricodrama [+] qui ont eu lieue en Occitanie entre Toulouse et Montpellier il y a déjà bien trop longtemps, et qu’il serait peut-être intéressant de relancer comme je l’ai déjà rappelé mainte fois dans ces chroniques.

Je vais lâchement vous laisser ainsi, il n’est pas si tard dans cette fin d’après-midi, j’ai tout de même commencé très tôt ce matin. Ces quelques lignes du jour ne sont pas là pour prouver mon manque d’imagination, d’imaginaire ou autre inventivité, mais plutôt pour illustrer une certaine fatigue de mon cerveau qui ne sait pas toujours libérer le trio ocytocine / cortisol / dopamine [+] au bon moment… Quoique ces trois petites molécules savent bien bricoler mes neurones et jouer de moi quand je dessine. C’est donc ce que je vais faire de ce pas.

Je vous souhaite une agréable et douce semaine. Je vous donne rendez-vous lundi prochain sur les mêmes canaux de ma pensée. Adishatz amigas e amics.

Photo d'une page de carnet de dessins du projet "Aiga - La Cartographie sensible de l'eau" - Dans l'Hérault 2015
« Aiga – La Cartographie sensible de l’eau ». Carnet de dessin : Hérault – 2015

La suite la semaine prochaine pour une nouvelle « Chronique du lundi »…

PhP

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