15.08.2022 – Chronique du lundi

15 août 2022 § 2 Commentaires

Boire une tasse n’est pas vraiment boire la mer…

Le petit matin pointe sa lumière à travers une odeur de bois brûlé comme si nous nous trouvions dans un bivouac au lendemain d’une soirée autour d’un feu de camp. Nous sommes le 15 août 2022, malgré la pluie abondante d’hier, le feu couve encore dans la montagne dont près de 400 hectares d’une précieuse forêt se sont envolés en dix jours dans la fumée de ce qui est loin d’être un feu de joie. Amies et amis internautes que vous soyez auditrices, lecteurs, auditeurs, lectrices, ou autre, malgré ces effroyables nouvelles d’une Terre qui brûle et étouffe, je vous souhaite la bienvenue dans cette nouvelle Chronique du lundi en ce cœur d’été qui part en pente douce.

Il y a des temps étranges où l’on sait percevoir les transformations du monde qui nous entoure. Cet été est un de ces moments charnières. Malgré l’irréductible déni de certain·e·s et l’incrédulité de beaucoup, la raison nous saute à la figure : nous avons vraiment fini par saloper ce monde qui était notre merveilleux écrin. Depuis des siècles nous surconsommons le monde animal. Depuis plus de quatre siècles nous sacrifions le vivant à l’autel du profit. Depuis des décennies nos édiles minéralisent les villes et les campagnes au lieu de laisser sa place au végétal [+] à l’image de Toulouse où le bon maire de cette ville pas si rose aime planter des arbres en pots comme sur ces pauvres allées Jean-Jaurès, pompeusement rebaptisée « Ramblas », où la chaleur de l’été a flirté avec les 50 °C, et où il a été installé il y a plus de deux ans une machine « innovante » qui « filtre l’air et remplace avantageusement les arbres ». L’imbécilité de cette municipalité est insondable. Heureusement des citoyennes et des citoyens toulousain·ne·s relèvent le niveau avec cette géniale action façon agitprop dans des golfs de la ville qui a consisté à remplir de béton les trous [+] de ces équipements sportifs pour classes aisées à qui, malgré l’extrême tension hydrique, il a été octroyé le droit à l’arrosage abondant.
Alors que même les cigales ne chantent plus dans les plaines et grimpent dans les montagnes quelle tristesse [+].

En fait, au cœur de cette guerre que la gouvernance capitaliste mène contre le vivant les forêts ne meurent pas de la sécheresse, elles meurent de la gestion que nous en faisons . En fait aussi, on plante des arbres pour palier la déforestation due à l’industrie humaine, mais des essences qui n’étaient pas « rentables » tant leurs croissances sont lentes ont été mises de côté, leur présence dans nos forêts reconstituées pourraient faire la différence à coup sûr comme l’explique bien le le botaniste et dendrologue Francis Hallé [+] dans cet article en lien [+] sur le média « La relève et la peste ».
Peut-être pourrions-nous planter plus d’oliviers, cet arbre que notre espèce a domestiqué il y a déjà plus de 7000 ans, pour nous abreuver de ce magnifique nectar qu’est l’huile d’olive, ainsi que l’on peut le lire en lien ici [+], sur le site web encyclopédique « Sapiencia » tout en occitan.

Nous sommes en été, et depuis le début de cette saison j’ai décidé de moins m’appesantir sur la stupidité qui gère le monde à l’aune du capitalisme triomphant. Mais quand je voyais notre montagne brûler sur nos têtes la semaine précédente et les efforts désespérés de soldates et soldats du feu pour contenir cette catastrophe, ici près des sources de la Drôme, comme partout en France et ailleurs en Europe, sans moyens avec juste leur courage, je n’ai pu m’empêcher de mettre en parallèle les moyens démesurés mis en œuvre par notre gouvernement pour combattre la moindre contestation par la violence d’état et toute la gamme des violences policières possible, face aux moyens alloués pour la protection civile.
Notre planète devient de plus en plus hostile pour notre espèce et c’est à elle-même que cette dernière doit cette situation. En France nous avons élu le gouvernement le moins adapté à la situation, chercher l’erreur, à lire l’interview du responsable de Greenpeace France, ici en lien [+].

Alors du coup je vais vous parler un peu d’art avant de vous quitter, car je ne vais pas être trop prolixe aujourd’hui, quelques balades et du travail artistique nous attend avec ma chère Thérèse [+]. Et puis l’orage passé nous avons plein d’amis avec qui passer des bons moments.

Mais c’est tout de même avec tristesse que j’ai appris la mort de Jean-Jacques Sempé [+] ce précieux dessinateur de presse. Il avait 90 ans, même si à cet âge c’est un peu la nature des choses, c’est toujours bien triste de voir partir des gens talentueux quel que soit le domaine de l’art dans lequel ils exercent leurs talents. En ce qui concerne l’âge Sempé disait : « Il m’est arrivé de devenir par moment raisonnable, mais jamais adulte ». Pour ma part cette phrase contient tout ce qui faisait, et fait éternellement, le sérieux de sont art.

En parlant de sérieux et d’art, je vous conseille la lecture de cet article de l’artiste et théoricien de l’art Grégory Chatonsky [+] sur les rapports entre capitalisme et art, ici en lien [+], ainsi que cette triste complicité de marché qui s’y est instaurée au détriment de l’intelligence dans beaucoup de ces paradigmes de la création contemporaine. Heureusement ces pratiques mortifères n’ont pas pu s’immiscer partout, tellement les champs y sont vastes.
Une création contemporaine que dans notre petite vadrouille à faible empreinte carbone de l’été Thérèse et moi, en adorable compagnie de sa sœur aînée et de son compagnon, puis d’autres chères et chers ami·e·s au gré de nos escales, avons abonnement côtoyée la semaine qui vient de passer entre Sète et Nîmes.
Je vous conseille particulièrement l’exposition actuelle au Carré d’Art de Nîmes [+], où vous pourrez retrouver les œuvres emblématiques de Glenn Ligon [+], et aussi le formidable travail de la photographe Sam Contis [+]. J’ai adoré ces deux, je ne dirai rien du reste.
Je ne vous dirai pas non plus à nouveau tout le bien que je pense de « Fictions modestes et réalités augmentés », l’exposition actuelle au MIAM [+] de Sète, dont je vous ai déjà abondamment parlé dans mes chroniques d’avril denier. Il vous suffira de retourner un peu en arrière dans le temps de mes textes éditoriaux. Mais si vous n’avez pas vu cette exposition, un seul mot d’ordre : allez-y !
À Sète aussi , je vous conseille vivement les expositions actuelles du CRAC [+], tout d’abord cette exposition, tout compte fait assez foutraque, de l’artiste Pauline Curnier Jardin [+] intitulée « Pour la peau de Jessica Rabbit ». L’autre exposition dans ce Centre Régional d’Art Contemporain Occitanie, est « Canal Royal » [+] qui verra se succéder une quinzaine d’artistes jusqu’en fin septembre. La semaine dernière, nous y avons vu l’excellent travail d’Hugo Bel [+], un artiste qui a étudié à l’isdaT [+] (anciennement Beaux-Arts de Toulouse !) et qui ne fait que se bonifier avec le temps. Plein d’autres artistes suivront dont l’ami Yohann Gozard [+] et ses photos qui forment une documentation sensible des ces zones de la fameuse France périphérique…
Et puis surtout, sur les pentes du mont Saint-Clair, ne manquez pas la rétrospective François Boisrond [+] au Musée Paul Valéry [+]. François Boisrond [+] dont on retrouve une très belle exposition de dessins anciens et surtout de magnifiques encres récentes à la géniale Pop Galerie [+] sise Quai du Pavois d’Or dans cette bonne ville méditerranéenne et portuaire que nous apprécions tant et que nous espérons voir garder son côté populaire le plus longtemps possible.

Et puis ce qui a été vraiment chouette est bien que cette ballade nous a permis de disserter longuement avec nos ami·e·s à propos du travail des artistes et de la perspective de leurs labeurs à travers l’histoire de l’art. Pour nous régaler d’une discussion, qui nous a amenés à nous délecter de la mémoire de Piero de la Francesca [+] ou de Giotto [+]. Ce qui me rappelle mon projet ancien, évidemment jamais mis en œuvre jusqu’alors, que j’avais intitulé « De Giotto à Monet, la mémoire de la représentation », peut-être un jour je m’y attellerai pour de bon… En attendant d’autres projets sont en cours, et toutes ces aventures à travers les rencontres artistiques nous mettent en appétence pour enfin finaliser nos travaux communs avec Thérèse, comme cette édition de « Ne va jamais à Navatar <> Bienvenue en Chamanie » depuis bien trop longtemps dans les tuyaux. Je vous en reparlerai bien prochainement.

En attendant, comme je vous le disais quelques phrases en amont, je ne vais pas rester longtemps en votre compagnie en ce jour férié en France pour cause mariale, comme quoi même si on se veut en république on est encore loin du grand remplacement prôné par ces imbéciles autant que stupides zélateur de la conservation chrétienne, blanche et patriarcale.
Si, tout de même, avant de vous quitter, je vous laisse lire cet entretien sur Frustration Magazine avec la sociologue Haude Rivoal en lien ici [+], à propos du rapport intime entre capitalisme et patriarcat. Et tant que nous sommes sur cet excellent média bien gauchiste qu’est Frustration Magazine je vous conseille d’y lire aussi cet article en autre lien [+], à propos du mythe du « self made man » à l’épreuve de l’inflation.
Et pour finir enfin, dans une espèce de lien improbable créé par mes neurones engourdis de chaleur, c’est bizarre qu’en parlant de mythes je me remémore ma détestation de ces mythes véhiculés par une histoire de France nationaliste et cocardière. Sûrement ma mémoire occitane parle à mon subconscient, dans tous les cas s’il y a bien un mythe à dégommer c’est bien celui du péril musulman. En fait j’aurais tendance à dire : « quel con ce Charles Martel ! », à écouter sur France-Culture ici [+].

Bon je vous laisse pour de bon toujours avec une photo de mes carnets de dessins en cours qui à défaut de mémoire historique me parle de cette mémoire de l’eau qui nous manque tant. Je vous souhaite une nouvelle fois une bonne semaine au soleil d’été, et je vous dis à la semaine prochaine… Adissiatz !

Photo d'une page d'un carnet "Aiga - La cartographie sensible de l'eau" du plasticien Philippe Pitet - Carnet de Sète 2022
Aiga – La cartographie sensible de l’eau, photographie d’une page du carnet Sète – 2022

La suite la semaine prochaine pour une nouvelle « Chronique du lundi »…

PhP

Voir les autres chroniques du lundi

Tagué :,

§ 2 réponses à 15.08.2022 – Chronique du lundi

  • Veropit dit :

    Merci pour cette chronique toujours aussi dynamique malgré la chaleur et la fatigue qui peuvent rendre difficile l’inspiration… Même si je ne suis pas tout à fait d’accord avec toi sur les expositions de Pauline Curnier Jardin et de Hugo Bel… Juste une demande : pourrait-on cliquer sur tes liens de façon à ce qu’ils ouvrent un autre onglet ? Des bisoux, Véro

    • Coucou Véro, merci pour ton commentaire. En ce qui concerne les liens externes dans les articles, ils renvoient bien vers des nouvelles fenêtres, excepté quand l’article est ouvert à partir du lien initial via les app des plateformes de médias sociaux comme FB. Dans ce cas là c’est l’appli qui gère le code html et là on n’y peut pas grand chose. Il faut ouvrir mes articles à partir du navigateur de base, par exemple quand tu es sur FB app chercher et cliquer sur « ouvrir dans le navigateur » 🙂
      Des bisous

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Qu’est-ce que ceci ?

Vous lisez actuellement 15.08.2022 – Chronique du lundi à Philippe Pitet.

Méta