29.08.2022 – Chronique du lundi

29 août 2022 § 1 commentaire

Comment j’ai ressuscité un tamagoshi !

Nous sommes le 29 août de cette année 2022. Même si les températures le font galéjer à se croire encore en pleine puissance, l’été entre dans son inévitable déclin. Enfin nous l’espérons un peu à travers la moiteur de ces chaleurs qui ne finissent pas.
Comme pour toutes les précédentes semaines, je vous souhaite une chaleureuse bienvenue dans cette nouvelle Chronique du lundi.

Une chronique encore bien estivale mais sûrement toute aussi énervée que les immédiates précédentes. Quoi qu’au moment où je commence à composer ces mots avant de les mettre dans leur forme globale et définitive, dans la pénombre de cette aube naissante, le ronron de notre petite minette sur mes jambes, le doux souffle de ma chère Thérèse [+] à mes côtés, je ne sais trop encore de quoi vais-je vous entretenir ou vous raconter.
J’avais plein de choses en tête tout au long de la semaine passée, pour diverses raisons je n’ai rien noté. Ce ne devait pas être assez intéressant. Non je dois être honnête : la raison principale s’avère que mon carnet de notes en cours était totalement plein de mes gribouillis ainsi que mes écrits autant informes que pléthoriques et que j’ai eu la flemme de m’en fabriquer un ou même de m’en procurer un nouveau. Quand au pad numérique que j’utilise aussi pourtant abondamment dans la préparation de ces éditoriaux hebdomadaires, je l’ai désespérément déserté ces dernières semaines. Signe des temps et de la lassitude peut-être ?

Alors au débotté comme on dit, je vais tout de même vous parler de cette incroyable polémique fascinante autour d’une pseudo course de karting, connue sous le nom de « Kholantesse dans la prison de Fresnes ». Voilà donc la nouvelle imbécilité politico-médiatique du moment une incroyable ânerie qui se bat pour le titre de « stupidité suprême du mois d’août », avec la fameuse corne d’abondance qui aurait fini par tarir, et cette nouvelle croisade contre les rodéos mécaniques chère au chef de la police du royaume de France.
Comment monter en épingle des affaires à propos de soi-disant dangers pour notre société alors que la Terre brûle et les gens crèvent de faim ?
À commencer à propos de ces fameux « loisirs carcéraux dans nos prisons cinq étoiles ». Super timing : juste quelques jours après la mise en liberté de Balkany et les aménagements de peine pour Sarkozy. Une affaire que résume bien Dominique Simonnot, contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, sur une polémique qu’elle trouve autant minable que lamentable, à lire et voir en lien ici [+]. Heureusement cette contrôleuse générale a pu intervenir abondamment dans la presse pour remettre les choses à leur place. Vous pouvez aussi voir son intervention ici [+], dans le 28mn d’ARTE.
Oui il m’arrive encore de regarder, d’écouter ou de lire parfois des médias de la bien-pensance, je l’avoue.

Tout le monde aura bien compris que pour investir l’espace médiatique dans le creux de l’été, et allumer des contrefeux face à sa vacuité et aux excès de son président, le gouvernement et son bloc bourgeois bien rassemblés derrière lui, lancent des polémiques juste pour cacher la forêt qui brûle parce que mal géré et la sécheresse qui tue par inaction climatique. Ministre de l’Intérieur en chevalier blanc [+], ou Garde des Sceaux tonitruant sous la pression de sa droite [+], nos guides suprêmes lancent des polémiques pour brosser le poil d’un socle électorat nauséabond. Un électorat très minoritaire mais qui ouvre bien trop sa grande gueule. Un électorat souvent bien armé de ses fusils de chasse [+], heureusement encore loin des armes d’assaut car nous ne sommes tout de même pas en Amérique. Un électorat avec ses idées moisies sorties de la fange la plus nauséeuse. Un électorat embrayant le pas du discours de l’extrême-droite et de la droite très conservatrice qui continuent à dicter leurs lois dans la presse. Ainsi se prépare la rentrée dite sociale cap à droite toutes voiles dehors, tout en lançant balivernes et fanfaronnades au sujet de l’action en faveur de l’avenir de notre planète, qui préoccupe pourtant l’écrasante majorité [+] de nos concitoyen·ne·s. Sans compter les autres annonces tonitruantes sur le plan social au sujet des plus pauvres que l’on va enfin mettre au travail tels les esclaves modernes [+] qu’ils méritent d’être.

Ainsi dans cette rentrée qui pointe le nez dès aujourd’hui, nous les voyons venir avec leurs gros sabots décomplexés. Pas besoin d’être diplômé « ès islamo-gauchisme », pour s’apercevoir que ces sinistres individu·e·s vont encore tenter de mener leur monde dans un bateau d’immondices, comme ils le font depuis des années.
Leur petit jeu délétère et préféré est de nous abreuver de titres anxiogènes qui s’acharnent à démontrer qu’une majorité écrasante des françaises et des français, toujours entre 55 et 75 pour-cent, penseraient que l’Islam est incompatible avec la République, sans ce poser la question de savoir si les autres religions l’étaient, ainsi que le dénonçait Acrimed il y a déjà plusieurs années, ici en lien [+]. Une stratégie du choc avec des grosses ficelles ressorties il y a peu à travers l’affaire Rushdie, voir ma Chronique de la semaine dernière. Un travail de fond toujours relayé par les tenantes et tenants de la « laïcité comme je veux », ces idiots utiles pour le bloc bourgeois, sûrement celles et ceux que Lénine pointait du doigt comme étant ces fameux « petits bourgeois » [+].

Dans tous les cas la population est abreuvée d’informations sur le mode de l’affirmation émotionnelle [+] qui détournent facilement l’attention du grand public.
Gageons qu’encore un temps, les médias de masse n’hésiteront pas à envoyer du lourd sur la trilogie habituelle de leurs unes : Islam-Immigration-Insécurité. Alors que toutes les études sociologiques répétées depuis des mois et des années montrent que les françaises et les français préfèreraient parler de leur pouvoir d’achat, de la crise climatique, de l’extinction massive des espèces, de leur protection sociale, de l’épuisement des ressources, de la sécurité dans un monde en guerre, de la facture énergétique de l’hiver prochain, de l’avenir de leurs enfants, des risques de manque d’eau au robinet et j’en passe.

Pendant ce temps là notre sémillant président, au retour de ses vacances digne du meilleur des jet setters, toujours dans son immense vacuité, nous annonce la fin de l’abondance [+], enfin sûrement pas pour tout le monde, car beaucoup ont fait remarquer que cette annonce coïncidait avec une autre bien contraire de profits records pour le capital [+]. Encore un bel effet de manche qui nous annonce une rentrée très chaude à grands coups de boutoir dans la face des classes laborieuses.
Et à côté de tout ça notre histrionne de première ministre va nous monter vite fait bien fait de bien belles commissions [+] qui a leur tour prévoiront de non moins belles études pour savoir ce que l’on doit faire pour ne rien faire face aux défis environnementaux [+] qui nous étreignent.
Et là ce n’est plus la rentrée qui s’annonce bien chaude c’est notre survie. Enfin, encore une fois, plutôt la survie des classes sociales en bas de notre société de consommation et du spectacle [+].
Comment dire ? En fait, j’aurais surtout bien aimé connaitre quels furent les moments d’abondance pour ces dites classes à travers les 50 ans de crises [+] derrière nous ?
Quant en ce qui concerne l’état de notre planète et les solutions à apporter, j’aimerais bien savoir comment on justifie en haut lieu l’enterrement [+] en grande pompes de la convention citoyenne pour le climat ? Mais après tout je ne suis qu’un pauvre artiste visuel.

Bon je laisse ici les aveugles contempler le bout du doigt qui leur montre le Soleil. Cela ne sert à rien de s’énerver paraît-il. Sauf que tout a tendance à me mettre les nerfs en boule et puisque je suis revenu dans mes quartiers toulousains pour la rentrée, il y a cette histoire à propos de mineurs isolés et immigrés expulsés d’un bâtiment géré par la ville de Toulouse, je vous laisse prendre connaissance de l’affaire ici en lien [+]. Quels que soient les tenants et les aboutissants de ce difficile problème, même si des situations violentes ont pu y éclater, qu’un édile principal de la Ville rose adulant l’ordre et la loi plutôt martiale, discours après discours, tel un Mac Carthy d’opérette façon Tartarin, parte en roue libre sur la pente dangereuse de la droite extrême à travers ses prises de positions, ça me fout la trouille pour l’avenir. Jusqu’à quand devrions-nous supporter tant d’intolérance et d’ignominie ? Jusqu’à quand devrons-nous supporter ces discours d’exclusion et de rejets banalisés ? Alors que ces mêmes qui lancent l’anathème sont ceux et celles qui détruisent notre monde pour leur unique profit. Où se trouve réellement la violence ? Bref ça me daille sévère et vous aurez remarqué que je passe le temps de cette présente chronique à poser des questions !

Face à tout cela, heureusement les résistances se mettent en place. À l’image de cette affaire lors du festival « Touquet Beach Music » autour de l’excellent performeur musical nommé Marc Rebillet [+]. Un artiste américain [+] dont le père est français, assez atypique, provocateur et pas vraiment grand public qui s’est payé la tête du président [+] lors de cette manifestation culturelle au charmant nom anglicisé pour sûrement faire moderne. Ce qui lui a valu une interruption de concert et une mise à l’index par l’édile principal du Touquet, ami de notre jeune et survitaminé monarque républicain invité à ce dit festival.
Un vrai délire venu tout droit d’un autre âge (Louis XVI revient tout est pardonné !). Je vous laisse lire cette histoire documentée en lisant ce lien [+].
Dire que notre pauvre président venait au Touquet pour se détendre après le fiasco de son voyage en Algérie d’où il n’a pu rapporter la certitude du moindre litre de gaz supplémentaire [+] et où il s’est fait copieusement hué par une population bien hostile [+], on la comprend.

De toute façon, même quand ce ne sont pas des attaques directes de la censure, le temps est mauvais pour la culture, ainsi que nous l’annonce ici en lien [+] la Gazette des Communes, nous aurons droit à une chute de 20 % dans le budget primaire de celle-ci. Nous sommes loin des fanfaronnades de la précédente ministre de tutelle. Aujourd’hui nous raclons le fond du fond, nous voilà face à une nouvelle rivière totalement asséchée. Cela dit je ne sais même pas si cela va impacter l’éco-système des arts visuels et plastiques contemporains tellement nous n’avions déjà rien. Comme on dit zéro moins zéro égalera toujours zéro.

Je ne sais pas vraiment pourquoi, ainsi est la complexité de la sérendipité de ma pensée, mais tout ceci me fait penser à ces autoportraits aux visages grimaçants et multiples de l’artiste Yue Mijun [+], j’ai toujours aimé le boulot de cet artiste qui exploite à merveille ce médium qu’est la peinture à l’huile, même s’il s’adonne aussi à la sculpture, la gravure ou l’aquarelle. Il est né comme moi en 1962, mais la coïncidence s’arrête là, il a vu le jour dans la province de Heilongjiang tout au Nord de la chine. Il a souvent été associé au mouvement du réalisme cynique [+] chinois, ce qu’il ne revendique absolument pas. Avant de devenir l’artiste qu’il est à présent, il a travaillé dans l’industrie pétrolière. Dans sa bio il est dit que les événements de la place Tian’anmen en 1989 l’ont encouragé à rejoindre une colonie d’artistes du côté de Pékin.
Yue Mijun a rapidement acquis une notoriété locale pour ses portraits d’amis et collègues et surtout pour les peintures de son propre visage souriant à outrance et souvent reproduit sur de nombreux visages dans la même toile. Dès les années 2000, sa notoriété sort de Chine. Je me souviens avoir vu son boulot dans une biennale à Shanghai au début de ces années 2000. Je suis tombé fasciné par ses motifs. Aujourd’hui, je m’aperçois que mes dessins aux visages multiples présentés en début d’été pour Imagerie de Combat [+], et que l’on peut voir aussi dans ma page d’abonnement au blog de mon site, se déploient un peu comme un hommage au boulot de Mijun, ou tout du moins comme une citation appuyée.
En parlant d’Imagerie de Combat [+], après sa mise en veilleuse cet été ce groupe à géométrie variable va essayer de démarrer au plus vite son vieux moteur diesel, affaire à suivre…

Je change de sujet et d’artiste pour terminer mes élucubrations du jour. Voilà des mois et même des années que je voulais vous parler du formidable artiste qu’est André Mérian [+], et de l’admiration que je porte au travail de ce photographe. Il y a quelque chose de l’ordre d’une simplicité incroyablement belle dans son écriture et sa composition photographique. À chaque rencontre entre mes yeux et ses images j’ai comme l’impression de me plonger dans un environnement aussi familier qu’inconnu. Le voyage devient simple, la poésie est construite ou vice-versa la construction est une poésie logique. L’image se précise dans l’imprécision de la situation. Les couleurs et les sujets sont parfaitement étranges, surannés et si proches… Bref, je suis un peu une bille pour parler des travaux photographiques aussi chouettes. Je ne dirais qu’une chose, dès que vous le pourrez : allez voir le travail de cet artiste.
Vous pouvez déjà en avoir l’occasion car André participe à l’exposition des collections dans le cadre des 50 ans du musée Nicéphore Niepce [+] à Chalon-Sur-Saône. Une exposition « Penser/Classer » [+] en hommage à Georges Perec que l’on peut voir depuis le début juillet et jusqu’au 27 septembre 2022.

Avant de définitivement clore cette très courte et dernière chronique d’août 2022, avant de vous laisser jusqu’à la prochaine, je viens de me souvenir d’une note que j’avais mise en marge d’un de mes petits carnets, et du coup Je vais vous abandonner avec une pensée pour ces piscines municipales qui disparaissent au profit masqué de l’individualisation des équipements à contresens de l’urgence écologique et dont les classes les plus défavorisées font les frais, comme à l’habitude.
Ainsi que cela s’est passé il y a des années à Fiac [+] du côté de ma maison familiale ou comme ce qui se passe à Lectoure [+] dans le Gers cet été. On se doute que les grandes villes ne sont pas épargnées par ce mouvement imbécile [+]. Une histoire cousue de fil blanc quand les édiles locaux prétextent des problèmes techniques ou financiers, mais ont en ligne de mire la prolifération des piscines privées afin d’acter la fermeture des piscines publiques.
Pour tout vous dire cela a été un des moteur, ou plutôt déclencheur, de mon labeur « Aiga – La cartographie sensible de l’eau ». Fort heureusement quelques municipalités éclairées connaissent les enjeux, à l’instar de la ville de Die dont la piscine bien entretenue a absorbé le population de baigneuses et de baigneurs que l’assèchement des points de baignades dans la Drôme et ses affluents avaient laissé·e·s sur les cailloux [+].

Sur ce je vous souhaite une belle semaine de rentrée des classes et vous donne rendez-vous lundi prochain, même canal, même procédure. Sinon pour le tamagoshi, je ne sais plus vraiment, adissiatz…

Dessin de Philippe Pitet "Aiga - La Cartographie sensible de l'eau" - Série "Les piscines" Fonsorbes 2010
« Aiga – La Cartographie sensible de l’eau ». Série « Les piscines » – 2010

La suite la semaine prochaine pour une nouvelle « Chronique du lundi »…

PhP

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