19.12.2022 – Chronique du lundi

19 décembre 2022 § Poster un commentaire

Comme dans une France en roue libre !

Un nouveau petit matin s’offre à mes sens à peine en éveil et me voilà déjà ici à composer les phrases de cette nouvelle Chronique du lundi. Nous sommes bien dans un de ces fameux creux de la saison froide et humide. L’automne termine sa course et va céder sa place à l’hiver dans quelques heures. Hier le vent d’Autan est revenu en petite force, la douceur et l’éclat du Soleil aussi. Il fait bon dans la pénombre de cet appartement toulousain où tout le bonheur du monde se concentre à travers une famille aussi formidable qu’elle est recomposée. Nous sommes le 19 décembre 2022. Il est exactement 4h57 à l’heure très matinale et quasi insomniaque où ces mots sortent de ma tête embrumée d’un sommeil encore si présent, pour venir se coucher dans cette chronique du jour à l’intérieur de laquelle je vous souhaite une douce et chaleureuse bienvenue.

Alors dès à présent, même si aujourd’hui l’étau des activités qui m’ont occupé ces dernières semaines s’est desserré, il me reste tout un tas de menues affaires à traiter avant que ces satanés fêtes de fin d’année ne me pompe trop d’énergie, et surtout de subir un traitement contraignant qui me permet de faire face aux outrages d’une santé qui a beau être toute de fer, s’avère bien fatigante. Permettez-moi ces quelques private jokes, car comme l’a dit Chris Marker [+] : « l’humour est la politesse du désespoir ». Je sais, je me répète, il me semble bien l’avoir déjà placée un jour celle-ci… Enfin bref et ainsi dit en quelques mots comme c’eut pu l’être en mille, ma chronique d’aujourd’hui sera courte, très courte.

Je ne reviendrai pas sur la comédie planétaire que nous venons de vivre avec ce ballon rond roulant sur des pelouses dans le désert d’un pays qui n’est pas vraiment le parangon des droits humains [+]. J’ai déjà donné mon point de vue lors de mes précédentes chroniques. La stupidité étant montée crescendo en phase finale, je n’ai rien à y ajouter.
Je n’ai rien à ajouter, si ce n’est ma désolation atterrée de voir le désarroi que déclenche la défaite d’une équipe chez toutes et tous les sportifs autant que les sportives de salon que compte la planète. À part du côté de la Pampa, des gauchos et des tangueandos, oui je sais les clichés sont faciles, mais je n’ai pu m’en empêcher !

Et évidemment plus particulièrement en France je suis sidéré de constater la détresse de celles et ceux qui croyaient remonter les Champs Élysées en klaxonnant suite à la victoire, fortement médiatisée poussée jusqu’au plus haut des instances de l’état, d’une équipe de 11 jeunes gens en shorts, immatures et multi-millionaires, avec autant de remplaçants sur les bancs de touche. Je n’habite heureusement pas sur cette grande avenue parisienne, mais j’ai tout de même très bien dormi sans le bruit des avertisseurs d’automobiles manipulés par des opérateurs ou des opératrices aviné·e·s autant que décérébré·e·s. Je sais ce dont je parle, j’ai vu cette engeance regarder le match et gueuler comme des dératé·e·s en passant devant les bars des grands boulevards toulousains hier au crépuscule.
Croyez que je suis loin de m’en réjouir tellement je trouve cela lamentable de stupidité. Sans compter toute cette bonne conscience jetées aux orties des pulsions irraisonnées parfumées de passions nationalistes. Et ce même chez celles et ceux qui paraissent être les plus intelligentes ou intelligents de mes congénères et qui laissent des commentaires dans les canaux du babil mondial. Des commentaires qui ne sont ni beaux à lire, ni bons à entendre à mon avis énervé. D’ailleurs écouter des gamines de 14 ans expliquer doctement que ne pas regarder ce match de finale c’était comme si les milliers de travailleuses et travailleurs victimes [+] de la préparation de cette coupe du monde au Qatar étaient mort·e·s pour rien est bien symptomatique d’une décérébration consumériste [+] centrée sur le nombril des individu·e·s. Heureusement Constance, la fille de Thérèse qui a l’âge de ses camarades de collège, s’est vivement insurgée face à cette incroyable et écœurante méprise au sujet de la valeur des êtres humain·e·s. Désolé j’ai ce matin quelques poussées atrabilaires qui montent jusqu’à mon cortex insulaire antérieur [+], alors que tant de sapiens autour de moi ont perdu toute conscience.

Ce qui ne fait que rajouter à mon état d’âme du jour, mélange de colère et de mélancolie voire de tristesse. Car pour ajouter à tout cela : voilà qu’au même titre qu’il n’y aura pas de neige à Noël, nous ne reviendrons, ni Thérèse [+], ni les enfant, ni moi, dans notre merveilleux pays Diois [+] pour ces fêtes : trop de contraintes d’organisation à travers des vacances scolaires bien mal synchronisées avec celles des adultes. C’est fou comme j’ai l’impression depuis plusieurs semaines d’être échoué loin de notre petit coin de paradis indispensable à ce régulier rituel de régénération mentale. Un rituel qui nous manque cruellement depuis la perte de certains de nos ancrages entre Glandasse et Justin. Fort heureusement nous reverrons nos montagnes bien prochainement et j’y reprendrai le cours des ruisseaux que l’hiver aura bien fini par redonner un peu de flots.

D’autant que la molle grisaille toulousaine (j’exagère toujours !) des deux dernières semaines n’a rien fait à l’affaire. On pourrait même croire qu’elle a juste accompagné l’inexorable avancé mortifère d’un gouvernement français déroulant son programme à l’encontre de tous les espoirs d’une population qui n’en veut pas. Des choix imposés à grands coups du fameux article numéro 49 alinéa 3 de la constitution du pays. Et quand cet outil aux dispositions régaliennes n’est pas utilisé, nos sémillants autant que sémillantes décisionnaires gouvernementaux s’allient aux forces les plus dures de la réaction pour faire passer des ignominies telles que le fameuse loi dite « anti-squat », ainsi que nous pouvons en prendre connaissance en suivant ce lien [+] pour visionner une vidéo récente de Mediapart [+]. C’est beau l’esprit des fêtes à la tête de l’état français décidément au service des plus riches…

Dans cette chronique extrêmement raccourcie je n’irai pas plus loin à m’insurger contre les imbécilités du monde qui passe sous mes yeux autant que sous les vôtres. Surtout quand on arrive en moins de trois heures à faire passer un simple joueur de football du rang de l’imbécile congénital riant comme un crétin face à une question cruciale environnementale, au statut de la divinité élyséenne devant laquelle même Jupiter s’agenouille sur une pelouse nourrie par le sang de plusieurs milliers d’esclaves morts pour son éphémère usage.
Du coup j’ai maintenant plutôt l’envie de développer un peu d’esprit critique avec le livre de l‘excellente historienne Laurence De Cock [+] détestée par tout ce que la fachosphère et les forces de la conservation compte de haine. Un livre intitulé « Une journée fasciste » [+] dont on peu trouver une super analyse en suivant ce lien [+] sur le site « Le café pédagogique ». Le travail rigoureux de cette historienne montre à quel point la ligne est ténue entre ce qui parait être bon autant que bien et l’exécrable ignorance.

Cette dernière réflexion n’a absolument rien à voir, mais dans un bizarre raisonnement sérendipien dont seul mon cerveau est capable au réveil, celle-ci combinée au sport peut-être me font penser au courage d’Annie Londonderry la première femme à avoir fait le tour du monde en vélo, sans argent armée d’un pistolet, une histoire à écouter en suivant ce lien [+] vers France Culture.
Tout cela, en sautant du fameux coq au non moins remarquable âne, pour exprimer que la radio d’investigation intellectuelle et ses avatars du monde des podcasts, sont des outils culturels que je trouve formidables.
Je vous en avais déjà parlé à travers une chronique pas si ancienne mais j’aime bien me répéter aujourd’hui : dans ce domaine du côté de l’intelligence humaine on trouve le projet « Amusa Bocca » du formidable Ludovic Roif pour ses Nouveaux Terriens [+]. Une ballade textuelle, sonore et poétique emplie de saveurs sublimes, à lire voir et écouter en suivant ce lien [+].

À ce point de ma prose du jour il me vient à l’idée de vous interroger et de vous poser cette question triviale : « combien ça paye d’être artiste ? »… Je suis sûr que la grande majorité d’entre-vous ne vous êtes jamais penché sur le sujet. Et bien il ne vous reste qu’à vous rattraper en suivant ce lien [+] vers le magazine « Le Quotidien de l’Art » qui pourra vous éclairer. Vous y verrez peut-être l’immense précarité dans laquelle notre écosystème des arts visuels est plongé.
Le monde du capital est ainsi fait que le spectacle d’imbéciles en bandes qui courent derrière un ballon à l’intérieur de stades climatisés construits en briques de sang dans le désert soulèvera toujours plus d’enthousiasme qu’une œuvre exposée dans un lieu d’art ou d’une performance qui interrogeraient le monde dans lequel nous vivons.
Ce n’est pas une question de « culture populaire », c’est juste la réalité voulue par la société du spectacle et de la consommation produite par la gouvernance capitaliste du monde. Une gouvernance qui n’aura toujours comme intérêt de laisser les femmes et les hommes qu’elle exploite dans une misère intellectuelle suffisante à sa survie. Ainsi, sans fin et à outrance les finales de coupe du monde de football se succèdent aux élections de miss France dans les écrans de l’information en continu, pour combler le vide de notre société humaine en manque de transcendance.

Or donc à part de nous interroger sur la valeur des artistes, je n’ai pas encore parlé d’art dans cette chronique du jour. Pour la clore je voulais vous dire quelques mots de l’exposition qui se termine bientôt au Parvis [+] de Tarbes. Je voulais vous en parler depuis quelque temps, car ainsi que vous le savez il y a quelques semaines alors que je m’activais sur des éléments de présentation du nouveau travail de céramique de l’artiste Jeanne Lacombe [+], je l’avais accompagnée pour une rencontre avec les élèves de l’ESAD [+] sise dans cette capitale de la Bigorre. J’ai du coup pu musarder rapidement et de loin sur le travail présenté dans le cadre de l’exposition « Entrez en matière ! », qui est une large sélection d’œuvres réalisées par des étudiants des 3e et 5e années de cette école d’art si attachante. L’exposition au Parvis réunit, je cite : « […] une génération d’artistes en devenir qui produit déjà des formes sensibles et signifiantes. Comme autant de témoins de leur époque, ces jeunes créateurs abordent les principaux enjeux qui agitent le monde contemporain […] chacun à sa façon, développe de nouveaux imaginaires […] qui revisitent notre espace-temps à l’heure de l’anthropocène […] ». L’exposition est visible jusqu’au 31 décembre 2022. N’hésitez pas à vous y rendre, car à l’heure où les écoles d’art sont partout en difficulté, voire en danger, comme celles d’Angoulême [+] ou de Toulouse [+], c’est toujours bien de voir à quel point elles sont précieuses.

Et puis encore comme depuis quelques jours jusqu’au 8 janvier 2023, si vous êtes à Toulouse, n’hésitez pas à aller voir l’exposition « Ne va jamais à Navatar – Bienvenue en Chamanie » [+] que Thérèse et moi avons en cours aux Herbes Folles [+] dans le quartier Bonnefoy de la cité Mondine. Pour y accéder avec notre médiation, n’hésitez pas à envoyer un petit message à travers ce site sur ma page Contacts ici en lien [+], ou sur le site de Thérèse, ici dans cet autre lien [+], nous vous y accueillerons avec plaisir.

Ainsi s’achève la chronique de ce lundi. Je vous souhaite de joyeuses fêtes. Malgré mon fond de sincère mécréant ne croyant à aucun arrière monde, je vous souhaite de joyeuses fêtes qu’elles soient animistes avec le solstice d’hiver, ou monothéistes entre Hanoucca et Nativité. Je vous dit à la semaine prochaine. Je vous laisse encore une fois en compagnie d’un de mes dessins de carnets autour de mon labeur « Aiga – La cartographie sensible de l’eau » qui n’est pas loin de voir son dénouement, et qui suit les eaux tumultueuses de la vie.
Je vous souhaite une belle semaine, il me reste à vous donner rendez-vous lundi prochain selon le même processus. Adissiatz.

Reproduction d'une pages d'un carnet "Aiga - La cartographie sensible de l'eau" du plasticien Philippe Pitet - Carnet "Pesquiers Susfacias Rebats" - 2015
Aiga – La cartographie sensible de l’eau, reproduction d’une pages du carnet « Pesquiers, Susfacias & Rebats » – 2015

La suite la semaine prochaine pour une nouvelle « Chronique du lundi »…

PhP

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