05.04.2021 – Chronique du lundi

5 avril 2021 § Poster un commentaire

Double « Je » à travers un cul de poule

Nous somme lundi, il est pas loin de 7h du matin quand je commence à écrire cette nouvelle chronique. Je sais qu’il sera tard quand, après beaucoup d’intermittence, je l’aurai terminée. Mais il ne sera pas minuit. Rendez-vous en bas de ce présent texte pour le savoir.

Amies et amis internautes, bienvenue sur ma nouvelle Chronique du lundi 5 avril 2021 !

Une chronique toute aussi décousue que celle de la semaine dernière. Où je vous expliquais qu’elle était construite de mille morceaux rassemblés en un grand tout, pas toujours heureux mais finalement cohérent.
C’est ainsi pour la construction de ces textes éditoriaux depuis le début : tout au long de la semaine qui passe je récolte idées, observations et notes que je restitue dans un texte garanti tout aussi bancal que sincère…
Voilà donc ainsi que, depuis presque la moitié d’une année, j’ai commencé à écrire tous les lundis la vie qui passe sous nos yeux.

Une vie rythmée par une actualité sensationnaliste qui fait vendre de l’audience ou du papier. Actualité reprise à l’envie par des sinistres qui nous gouvernent à fortes doses d’imbéciles retournements hypocrites de surface comme : « – Tout compte fait, peut-être avons-nous pas assez investi dans la santé publique »… Encore des éléments de langage, on en re veut toujours plus du côté des rédactions.

Une vie rythmée à l’unisson par ces soi-disant élites gouvernantes qui vont se vautrer dans des restos clandés hauts de gammes en affirmant le contraire. Qui saura ? Juste un enchaînement de gros titres et de démentis prompt à faire vendre du temps de cerveau disponible, avec contre-feux artificiels ouverts à tout va et à travers des couvre-feux mortifères.
Des contre-feux qui stigmatisent des populations entières à propos des supposés séparatismes ou autres culpabilisations de masse. Qu’importe ces « gens » sont sales et ne votent pas, ils ne sont même pas blancs pour la plupart. Et quand ils sont les blancs, ils sont si incultes, si gilets jaunes…
Ce n’est juste que la masse gluante du « Lumpenproletariat », ce « prolétariat en haillons » honnis par la bourgeoisie dominante, plus la peine de se cacher pour le dire.
Ce bloc bourgeois qui ne prend plus la peine de se cacher pour montrer son racisme, son anti-sémitisme, son sexisme, sa haine du pauvre, qui ne prend plus la peine de masquer sa vulgarité.
La route est libre pour toutes les grossièretés de la bourgeoisie triomphante dans notre Monde globalisé.

Alors oui : ils laissent faire ceux et celles qui, bien propres, osent dire tout haut ce qu’il faut dire pour pousser encore plus les murs de l’ignoble, c’est bien moins grave que ce fameux islamo-gauchisme qui est bien plus dangereux pour notre république que les ligues factieuses, on le sait bien… Ce n’est pas comme si nous n’avions pas eu l’expérience d’un 30 janvier suivi d’un 27 février 1933 en Europe.
Alors ainsi, Ils les laissent entrer dans des assemblées d’élus, au sein même des représentations populaires, crier haut et fort la haine du prolétariat, comme ils les laissent entrer dans les esprits des classes moyennes en cours de décrochage. Ils savent qu’ils ont un boulevard ouvert. Les fameuses digues ont sauté depuis bien longtemps.

De plus il y aura toujours des gens de « gôôôche » pour expliquer que les extrêmes sont toutes pareilles, qu’il faut combattre ces extrémistes qui se luttent pour plus de justice sociale et d’avenir durable pour nos enfants. Alors que ces mêmes gens de « gôôôche » sont si prompt à commémorer l’anniversaire des 150 ans d’une commune dont ils et elles détruisent tous les jours la mémoire par leurs funestes agissements, avec l’aplomb autant que le toupet de se réclamer de figures tutélaires comme Jaurès. Le bloc bourgeois à l’œuvre est bien moche !

Ça y est me voilà encore énervé, il y a de quoi. Comment chroniquer une vie fascinante d’imbécillité ? Une immense imbécilité crasse depuis qu’elle se déroule en pandémie pour paraphraser une excellente philosophe dont je me suis fait écho ici même il y a déjà pas mal de semaines.
L’avantage de ces chroniques écrites et disponibles sur mon site web est qu’elles sont consultables en mode « 24/24, 365 jours », vous n’avez donc aucune excuse si vous me dites que vous ne savez pas de quoi je parle !
Je stoppe là mon courroux pour revenir à la douceur d’un printemps inexorable qui s’éveille…

J’adore le temps d’écriture du début de mes chroniques du lundi, car il fait sombre, l’aube pointe son nez, les sons et les odeurs qui m’entourent témoignent encore de la douceur nocturne. Des fois quelques bruits de la rue viennent troubler cette quiétude, ils sont rares et furtifs, même quand nous sommes en ville et qu’il s’agit de ceux qui émanent du ramassage d’ordures.

Aujourd’hui les oiseaux en cette période printanière s’en donnent à cœur joie. Les piaillements joyeux se mêlent au doux souffle de ma douce qui dort encore à poings fermés avant que le premier branle-bas hebdomadaire d’un réveil général de la maisonnée ne viennent troubler cette douce quiétude.
Ce lundi le branle-bas n’aura pas lieu, les enfants ne sont pas avec nous, et c’est le matin d’un lundi de Pâques promis à devenir une belle journée de printemps.

La vie paraît belle malgré L’absurde situation dans laquelle nous sommes plongé·e·s (tiens ma première notation inclusive [+] !) depuis près de 13 mois.
Il y a un an, je m’en suis déjà épanché dans une chronique récente, j’avais appris que pour cause pandémique une luxueuse édition de mes dessins « Slow Gangs », sur laquelle je travaillais depuis deux longues années, était tout bonnement annulée. Même si compensation pécuniaire il y avait, le choc fut dur. Les expos qui devaient accompagner l’édition partaient elles aussi en fumée et de toute façon la fameuse compensation s’avérait être minable, surtout en regard de tout le travail et l’énergie mis en œuvre sur ce projet.

Du coup et de rage, loin de mon travail habituel, je m’étais mis à exécuter un dessin augmenté façon bd et extrêmement satirique chaque jour du 1er confinement, nous ne savions pas à ce moment-là qu’il ne serait pas le seul.

Il y a un an je n’étais pas loin de terminer la série de ces dessins « Nos super-héros (héroïnes) du peuple… » et décidais d’en faire une auto édition, un livre d’artiste. Le premier exemplaire est sorti en mai, début d’une série de cent façonnés à la main quand j’ai pu les fabriquer dans mon atelier.
Il est évident que ceci fut plus un acte épidermique de survie face au tsunami qui emportait nos vies bien réglées qu’un vrai travail plastique réfléchi, sensible et sensé. Mais contre toute attente j’en suis extrêmement fier et défend ce labeur bec et ongle. Pour faire une petite promo facile il en reste quelques exemplaires uniques et originaux à la vente en boutiques ou en vente en ligne…

J’écris ces lignes autour de ce boulot qui a émergé dans la tourmente parce qu’il était surtout une réaction à l’injonction immédiate qu’il avait été faite aux artistes de produire à tout pris du contenu numérique et de remplir à tout prix les territoires virtuels du web. Quand j’écris « à tout prix », ça veut évidemment dire : gracieusement !

Beaucoup de réflexions et de littérature ont été produites sur le sujet. Avec Thérèse [+] nous avons développé un travail critique et sensible sur le sujet à travers « Chamanie <> Navatar » dont nous avions présenté la 1re partie à « l’Été photographique de Lectoure » [+] l’été dernier. Et même grâce au formidable accueil que nous fait Laurent Redoulès pour le Salon Reçoit [+] de mai 2020 nous avons pu aller plus loin dans cette réflexion accompagnés d’une vingtaine d’autres artistes.

Tout cela pour dire que la barre aurait pu être redressée et la réflexion de mise.
Mais voilà pour les décideurs de notre nouveau Monde, le numérique est un grand tout, que l’on secoue et que l’on nous sert à toutes les sauces sans y rien comprendre. Son goût est aussi fade et froid qu’une lame de couteau chirurgical.
Hélas dans ce processus confus nous voyons le contenu confondu à l’outil. Pour arriver à la dernière et ultime étape où la communication prend le pas sur ce dit contenu.
Rien de bien différent, me direz-vous, de ce qui se passe dans la vie réelle où tout est devenu question d’éléments de langage. N’oublions pas le tigre à chevaucher et le jambon de Robinson Crusoe !
Dans tous les cas ce qui devait arriver arrive et nous voilà partout à confondre la production de contenu et la façon de communiquer son existence. Sous la pression commerciale d’une industrie du numérique toute aussi avide que cupide, le règne des gourous bat son plein à travers un immense océan de vacuité et d’incompétence.

À côté, parallèlement dirais-je ou écrirais-je, de mon travail d’artiste : depuis quatre décennies, depuis la fameuse « Agence Mystère » (remontez là aussi dans mes chroniques pour en savoir plus !), je recherche et j’enseigne dans le domaine de la médiation culturelle à travers les outils numériques et évidemment à travers le web. Quand je parle de médiation culturelle je l’entends dans les territoires de la culture artistique en premier lieu.
Ceci dit, il m’arrive d’étendre mes champs de compétences, je vous l’ai déjà narré : voilà plusieurs semaine que par le fruit de plusieurs heureux hasards, je me suis trouvé à accompagner le déploiement de contenus pour le service des collections et de la conservation du MHNT (muséum d’histoire naturelle de Toulouse).
Je vous le garantis, c’est absolument passionnant. Je viens de terminer une formidable mission de deux mois et vais sûrement embrayer sur d’autres missions très bientôt.
La tâche est ardue et je ne peux malheureusement constater qu’un triste paysage… On y côtoie des foyers d’incompétence en la matière attisés par une convergence de l’ignorance crasse de personnes en charge des projets avec la cupidité d’autres qui vendent leurs croyances imbéciles, à côté de l’aveuglement qui prévaut face aux réels enjeux d’intelligence et, disons-le, un certain désintérêt, voire une duplicité des décideurs.
En bref et en image, il y règne encore moins de réflexion sérieuse que dans la tête d’un général de l’OTAN ou de l’état major d’un parti d’extrême-droite.

C’est encore plus dramatique, les enjeux de savoir sont considérables tant il s’agit de donner les moyens de la connaissance comme outil d’émancipation à toutes et tous les citoyen·ne·s quelles que soient leurs origines.
Déployer le numérique pourrait être un atout formidable s’il reste dans l’esprit des pionniers de l’Internet : un grand terrain de partage de connaissances.
Hélas, même loin du web commercial, l’inversion de priorité nous conduit droit vers une impasse avec idiotie et « putes à clics » garanties.
J’alerte et je crie, pour l’instant je n’entend que l’écho du vide.
Fort heureusement, il y a tout de même l’écho des producteurs de savoir qui ont compris l’enjeu de cette nouvelle économie de la contribution.
L’Écho des réserves [+] est un bel exemple. Exemple qui fait tache d’huile au sein de ce bien aimé muséum. Espérons que l’huile sera suffisante face aux technocrates de la techno parade qui anime les idiot·e·s d’en face.

Me voilà bien avancé dans cette chronique d’aujourd’hui et je n’ai toujours rien dit des racines de l’art qui m’animent. Et bien je vais vous décevoir et reprendrai la semaine prochaine la description de mon panthéon artistique personnel. Je vous promets revenir dans ma prochaine chronique sur ce sujet, sûrement pour une mise en perspective entre Art brut et Bad painting de ma jeunesse.

Je vous prie de bien vouloir excuser mon pas à côté d’aujourd’hui. Cela m’apprendra à mettre tous mes œufs dans le même panier !
Ce jour, j’ai bien trop déblatéré sur le fait numérique institutionnel, c’est épuisant. Surtout quand on y hurle sans même y entendre le moindre bruit de sa voix en retour.
Mais heureusement d’autres projets d’accompagnement au déploiement de contenu artistique sur le web, avec le projet musical de one arm [+]. Un projet qui avait déjà mobilisé un de mes dessins de la première série de « Aiga – la cartographie sensible de l’eau ». Un projet plus proche des préoccupations de l’artiste-auteur que je suis, qui va m’affairer ces prochains jours avant de reprendre au muséum et après une large pose de travail en résidence dessinée et photographiée avec Thérèse dans nos chères montagnes de la Drôme.

Bref du pain sur la planche, comme on dit, mais surtout de fortes préoccupations dans la tête.
Alors, j’arrive à la fin de cette chronique et il n’est pas si tard en ce soir du lundi de Pâques 2021. Je n’ai pas vraiment explicité le titre d’aujourd’hui, je n’ai parlé ni d’œufs, ni d’art… Je vous laisse lire pour cela ma chronique de lundi dernier si vous ne l’avais pas déjà lue et vous souhaite une bonne semaine malgré l’enfermement dans lequel nous nous trouvons, laissons nous envouter pas les effluves du printemps.

« Aiga » v.2.1

 

La suite la semaine prochaine pour une nouvelle « Chronique du lundi »…

PhP

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